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Le christianisme n’avait pas donné naissance seulement à une philosophie nouvelle, mais encore àune littérature toute différente de l’ancienne ; elle eut pour source les quatre Évangiles, les Épitres canoniques et l’Apocalypse , formant les vingt-sept livres du Nouveau Testament, qui, avec les quarante-cinq de l’Ancien, complètent le nombre mystique de soixante-douze. Une partie de ces livres se réfère plus spécialement à la révélation de l’éternelle parole de vie; d'autres ont pour objetdétablir la divine communion des fidèles, en nous montrant la formation de l’Église , la première organisation qui lui fut donnée par les apôtres, -et ses futures destinées. Ce qui dans YAncien Testament était figure, vision et prophétie, se trouve dans le Nouveau expliqué et accompli, la sublimité

du premier se change dans le second en tendresse affectueuse, et le

lion de J uda se montre dans les Évangiles un agneau plein de donceur, qui bientôt dans les Épitres s’elance sur les ailes de l’aigle (I).

Le Nouveau Testament se distingue de toute autre composition par une simplicité Œexpression vulgaire et naïve, sous laquelle se cache une vsublimité de pensée inexprimable. Afin d’en mettre le sens profond à la portée de l’intelligence commune, Pallégorie se change en parabole; explication sensible du précepte divin, qui, bien éloignée de la recherche de Pallégorie poétique et du symbole mystérieux, expose les vérités pratiques avec des formes simples et sous l’aspect d’événements ordinaires, et qui devint, comme art, le modèle des nombreuses légendes, production exclusive de la littérature moderne.

Le premier évangile fut écrit par saint Matthieu , né dans la Palestine. Son récit est le plus populaire; il est abondant en faits , en préceptes moraux et en vérités locales: c’est celui d’un homme qui écrivait au su de tous, et qui connaissait les choses ou pour les avoir vues, ou pour les avoir ouïes de la bouche de témoins très-récents. Luc, médecin, et Marc, disciple de Pierre (2), écrivirent en grec

(l) SCHLEGEL, Hist. de la littérature, leçon VI. (2) Venise prétendait posséder dans l'église de Saint-Marc le texte latin de saint Marc écrit de sa main, et ayant fait partie d’un recueil des quatre évangi

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Pliistoire divine, telle qu’ils l’avaient entendu raconter par saint Paul ou lue dans saint Matthieu; le premier est un narrateur régulier et analytique, l'antre est précis et sommaire. Jean, Juif de nation, avait pris part aux événements de la rédemption ; philosophe, théologien, martyr et poële, il étaitdéjà vieux quand il rédigea son évangile , a la

prière des évêques d’Asie et d'un grand nombre d’églises (l) , dans '

l'intention surtout de combattreceux qui niaient la divinité de Jésus-Christ, notamment Ébion et Cérinthe (2). Plus que tous il pénétra dansla pensée du divin Maître ; son style est pathétique et doux , de même que celui de Luc l'emporte sur lui en pureté et en dignité, versé qu’il était dans les lettres et dans la société des hommes instruits.

Saint Épiphane explique le caractère différent des quatre évangélistes, en disant que Dieu attribua à chacun d'eux quelque chose de particulier, de manière pourtant qu'ils pussent se trouver d'accord entre eux sur certains points , afin qu’il ne restât aucun doute sur la source divine à laquelle ils puisèrent également; chacun en même temps rapportant quelque chose que les autres avaient né

les, conservé dans Aquilée. Quand l’empereur Charles IV passa, en i354, dans cette dernière ville, il obtint du patriarche les deux derniers cahiers de cette relique, comprenant du vingtième verset du chap. Xii jusqu’à la fin; il en lit (ion à l'église métropolitaine de Prague, en ordonnant qu’ils fussent reliés en or avec des ornements en perles, dépense pour laquelle il assigna 2000 ducats; il voulut en outre que l'archevêque et le clergé vinssent au-devant du saint manuscrit, et qu’il fût porté chaque année au jour de Pâques en procession solennelle. Les cinq autres cahiers furent ensuite apportésà Venise, par l'ordre du doge Tliomas Mocenigo , en i420. Mais Pliumidité endommagée tellement le manuscrit qu’il n’était plus lisible, de sorte que l’on disputa sur le point de savoir s’il était en latin, sur parchemin ou sur papyrus. Les doutes furent résolus pai‘ Lorenzo della Terre, dans le tome li de Plivanvgeliarium quadruplcw de Bianchini (Rome, 1749 ), pag. DXLVIII et suivantes. Ce qui démontre encore que ce fragment appartenait au manuscrit d’Aquilée, c'est qu’on lit, à l’endroit oùfinii l'évangile de saint Mattliieu : Eæplicit evangelium secundunt Maltheum, incipit secundum Marcum, et qu’il n’y a pas de suite. En i778, Joseph Dobrowslii fit imprimer à Prague, sous le titre de Fragmcntunt Prageuse evangelii sancti Marci, vulgo aulographi , les seize feuillets donnés par Charles lV ; et il en résulta que ce n’était pas même l’ancienne version italique, mais celle qui avait été corrigée par saint Jérome.

(l) IRÉNÉE, Ill, i ; EusÈnn , ili, 26.

(2) EPINIAN. , I1ær.,li, i2; XXX, 3. Uinilium de son évangile est une réfutation (les doctrines gnosliques, ou les diverses opérations spirituelles sont expliquées par les paroles qu'il répète de àpxù , 1670;, novoïévm, E0671, ŸÔÇ, principium, verbum, unigenit-us, vita, lux, etc.

gligée. Saint Matthieu s'applique à donner des détails sur la naissance et sur la généalogie du Sauveur, détails sur lesquels s’appuya Cérinlhe pour croire que Jésus-Christ était simplement un homme. Alors FESprit-Saint commanda à saint Marc de composer un second évangile trente années plus tard. Il était l’un des soixantedouze disciples qui s’étaient dispersés sans avoir pu entendre le commandement du Christ. de manger de sa chair et de boire de son sang. Son ouvrage fut destiné entièrement àdémontrer la divinité du Sauveur; mais comme il ne s'était pas expliqué sur ce point

avec assez de clarté, les hérétiques persistèrent dans leur erreur.«

Alors l’Esprit-Saint contraignit presque saint Luc à achever ce que ses deux devanciers n'avaient pas entièrement accompli. Mais il ne parvint pas non plus à ramener les hommes plongés dans l’erreur; le Saint-Esprit inspira donc à saint Jean, qui était revenu de Patmos, d’écrire le quatrième évangile, dans lequel il s'arrêta peu sur la vie de J ésus-Christ , déjà racontée par ses prédécesseurs, sappliquant davantage à réfuter les erreurs répandues sur la nature divine du Sauveur (l).

(i) Uattaque la plus audacieuse contre les évangiles a été dirigée dans ces dernières années par des protestants allemands, et surtout par le docteur Strauss dans la Vie du Christ (Tubingue, i835). Ce que Wolf avait fait avec Homère, et Niebuhr avec l'histoire romaine, les exégètes allemands prétendirent le faire avec le récit évangélique, en le supposant un ramas d'idées, d'inventions, de préceptes, appartenant a des temps divers, et le produit d’intenlions dilférentes. 1l résulte de leurs travaux que Jésus-Christ et les évangélistes n’ont jamais existé, et le tout se réduit a un mythe métaphysique. Ce n’est plus là Patiaqile railleuse dirigée contre les évangiles par Voltaire, réchauffant les qnolibets et les arguties mis en œuvre quinze siècles auparavant par Celse, Porphyre, Julien, et tendant à faire ressortir partout la fraude et la tromperie. C'est ici une interprétation allégorique et scientifique, telle qu'il convient à l’Allemagne méditative de la tenter. Ce travail critique fut d’ahord fait sur les livres anciens. Dès i790, Eichorn considéra comme emblématique le premier chapitre de la Genèse, et comme étant composé de fragments dans lesquels Jehovah était distinct d’Éloïm. En i803, Baner publiala Mythologie de la Bible. ll entieprit ensuite le même travail de décomposition sur Flîvangile; den Sohn amalg/siren, comme disait Herder avec une tranquillité merveilleuse pour quiconque songe au vide immense que laisserait dans l’histoire, comme dans la conscience, la démonstration qui ferait du Christ un être idéal. Schléiermacher, mort en i834, philosophe et philologue célèbre, dépouilla l’Ancien Testament des prophéties . le Nouveau des miracles , et sîngénia à concilier ce qui crestait avec la philosophie et avec ses théories particulières sur l'humanité. s'aperccvant enfin du résultat, il s’eiïraya tout à coup en contemplant d’un coté le christianisme avec la barbarie et la superstition , de l’autre la science avec

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Les Épitres sont de petits traités adressés aux Églises ou aux compagnons les plus zélés des apôtres, avec des éloges, des censures, des avis, des exhortations et des préceptes de conduite. Elles ne traitent pas un sujet unique, mais elles passent d’un objet à un autre, comme il est d’usage dans les lettres, et on y trouve des choses qui tiennent aux affections personnelles. Pierre ne s’y montre ni littérateur, ni homme de discussion, mais le chef de la hiérarchie, dirigeant l’Église par la puissance de l’unité. Paul, l’apôtre des nations , voit et pèse les idées des différents peuples. Jean eut en par

_tage le troisième genre d’enseignement, celui d’un gardien des tra

ditions, qui du point le plus élevé contemple le lien au moyen duquel se réunissent tous les phénomènes et toutes les idées dont se compose le mouvement de l’univers. Relégué par Domitien dans l’ile de Patmos, l’une des Sporades , il y eut des visions surnaturelles, que Dieu lui ordonna d'écrire et d’envoyer aux sept Églises principales d’Asie : celle d’Éphèse, pleine de persévérance, bien que sa ferveur primitive se fût attiédie; celle de Smyrne, pauvre et patiente dans Padversité ; celle de Pergame, souillée par le voisinage du temple d’Esculape; celle de Tiatyre, pleine de foi, de charité et de résignation; celle de Sardes, qui avait besoin de remédier par la pénitence aux péchés d’un grand nombre de ses fils; celles enfin de Philadelphie, restée ferme dans la véritable route , et de Laodicée, qui, tiède et pauvre d’esprit, se croyait parfaite parce qu’elle était exempte de certains vices matériels.

Dans ce grand drame, où il révèle mystérieusement les mystères qui se déroulent devant lui, il voit le triomphe de l’Église, ses persécutions imminentes et éloignées, ainsi que ses vicissitudes et l union mystique de l’Agneau avec son épouse céleste; puis la destruction du monde, elles jouissances que Dieu réservedans la J érusalem éternelle à ceux qui l’auront aimé, jouissances qui seront Plus parfaites alors qu'il aura renouvelé la terre et les cieux. L’obs

curite de ce livre a donné lieu à de longs commentaires et à beaucoup dextravagances.

Fimpiété; et, penché surPahime, qu’il avait creusé, il s'écria u. Heureux nos pères, qui, étrangers encore àl’exégèse, crovaient , hommes simples et loyaux, tout ce quileur était enseigné! Uliistoire y pérdait, la religion en profitait. Ce n’est pas moi qui ai inventé la critique! mais puisqu'elle a commencé l'ouvrage, il faqt lachever. Le génie de l’humanité veille sur elle, il ne lui enlèvera pas ce qu elle a de plu

s précieux z que chacun opère donc conformément à son devoir. u

Les Actes des apôtres sont un genre d’histoire nouveau , sublime dans sa simplicité, et tel qu’il convenait à des pêcheurs devenus des héros marchant a la conquête du monde, non pas en leur propre nom, mais en celui de Dieu. Bien n’est beau comme ces récits sans colère des luttesengagées contre Fobstination juive et Pindifférence païenne : « Pendant que Paul les attendait a Athènes , son esprit se « sentait ému et comme irrité en lui-même, en voyant que cette n ville était si attachée à Fidolâtrie. ll parlait donc dans la synaa gogue avec les Juifs et avec ceux qui craignaient Dieu , et tous u les jours dans la place avec ceux qui s’y rencontraient. Il y eut a aussi quelques philosophes épicuriens et stoïciens qui conféraient u avec lui, et les uns disaient: Qu'est-ce que veut dire ce discou« reur? Et les autres: ll semble qu’il prêche de nouveaux dieux; « ce qu’ils disaient parce qu'il leur annonçait Jésus et la résur- rection. Enfin ils le prirent et le menèrent à FAréOpage, en lui di« sant: Pourrions-nous savoir de vous quelle est cette nouvelle u doctrine que vous publiez? car vous nous dites de certaines « choses, dont nous n’avons point encore entendu parler. Nous - voudrions donc bien savoir ce que c’est. Or tous les Athéniens a et les étrangers qui demeuraient à Athènes ne passaient leur « temps qu’à dire et entendre quelque chose de nouveau. Paul n étant donc au milieu de l’Aréopage leur dit : Athéniens, il me «semble qu’en toutes choses vous êtes religieux jusqu’à l’exu ces. Car ayant regardé en passant les statues de vos dieux , a j’ai trouvé même un autel sur lequel il est écrit : au DIEU m« CONNU. C’est donc ce Dieu que vous adorez sans le connaître , « que je vous annonce.... Mais lorsqu'ils entendirent parler de la u résurrection des morts, les uns s’en moquèrent, et les autres dia rent : Nous vous entendrons une autre fois sur ce point. Ainsi « Paul sortit de leur assemblée. Quelques-uns néanmoins se joignia rent à lui , et embrassèrent la foi (i). n

Hermas, contemporain des apôtres , apprit beaucoup de vérités par la révélation, et les consigne dans son livre du Pasteur, divisé en visions, préceptes, similitudes; ce livre fut, durant un temps, considéré comme canonique. Il trouva à Bome, racontet-il , une femme que des son enfance il avait aimée comme une sœur, et il lui sembla qu'il atteindrait au comble de la félicité s’il pouvait la posséder. Ses yeux s’étant fermés sur cette pensée , il

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Actes.

llcrmas.

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