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A l'arrivée de Houlagou en Syrie, le prince eyoubite de Hamat, Manssour Mohammed, avait quitté sa capitale, et passé à Damas, laissant le commandement de Hamat à l'eunuque Moureschid, qui partit pour le rejoindre, après la catastrophe d'Alep. Les notables de Hamat allèrent présenter les clefs de cette ville à Houlagou devant Alep, et lui demandèrent sûreté pour les habitants de la principauté, le priant de leur envoyer un préfet. Houlagou y consentit et leur donna un persan nommé Khousrewschah (i).

Le prince Nassir était encore dans son camp, près de Berzé, lorsqu'il apprit le sac d'Alep. Ses généraux lui conseillèrent de se retirer à Gaza, et d'appeler à son secours le sultan Couttouz. Il partit avec Manssour, prince de Hamat, et le peu de monde qui était resté auprès de lui (2), laissant Damas sans défenseurs. Par son ordre les principaux habitants et les militaires, tous ceux qui pouvaient émigrer, partirent précipitamment pour l'Egypte, quelques-uns, après avoir vendu leurs propriétés à vil prix. Alors un chameau se

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louait jusqu'à sept cent dragmes d'argent (i). Nassir s'arrêta quelque temps à Nablous. Après son départ de cette ville pour Gaza, deux officiers qu'il y avait laissés avec des troupes furent surpris par les Mongols et tués. L'approche de l'ennemi le détermina à se retirer jusqu'à El-A'risch, d'où il envoya le cadhi Borhan-ud-din au Caire, pour presser le sultan Couttouz de venir à son secours.

Après son départ de Damas, l'émir Zeïn- ud-din Soleïman, fils d'Ali, plus connu sous le nom de Zeïn-ul-Hafizzi, avait fermé les portes de la ville, assemblé les notables, et décidé avec eux de livrer Damas aux Mongols, pour épargner le sang de sa population, de la remettre à Fakhr-ud-din El-Merdégaï, fils du prince d'Erzen-ur-Roum, et à Schérif Ali, qui avaient été envoyés par Houlagou à Nassir, dans son camp de Berzé. En conséquence , une députation composée des principaux citoyens, partit avec de riches présents et les clefs de la ville, pour le camp mongol devant Alep. Houlagou fit revêtir d'une robe d'honneur de drap d'or le cadhi Mohayi-eddin, fils d'Ez-Zéki, chef de cette députation,

(i) Macrizi.

19 saf. et le nomma grand-juge de Syrie. Ce ma3 fév. gistrat revint aussitôt à Damas, convoqua les docteurs de la loi et les notables, parut dans cette assemblée revêtu de sa robe d'honneur, et donna lecture du diplôme de sa nomination. Il communiqua ensuite un édit, par lequel Houlagou assurait la vie sauve aux habitants de Damas. Malgré cette promesse, la frayeur et la consternation étaient générales. Houlagou envoya à Damas deux commandants, l'un mongol, l'autre persan, qui avaient l'ordre de suivre les conseils de Zeïn-ul-Ha16 rb.-i fizzi, et de bien traiter les habitants. Peu de iermars. temps après, arriva le général Kitou-boga avec un corps de troupes mongoles. La ville envoya à sa rencontre une députation de scheïkhs et de notables, qui portaient des drapeaux et des Corans. Le nouveau gouverneur fit proclamer l'édit de sûreté. Il devait faire respecter les personnes et les propriétés (i).

Les Chrétiens de Damas, lorsqu'ils virent la ville occupée par les troupes mongoles, produisirent une ordonnance de Houlagou, qui leur accordait sa protection, et s'en prévalurent pour braver leurs oppresseurs. Les

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historiens mahométans rapportent, avec indignation , qu'ils buvaient publiquement du vin, même en ramazan; qu'ils en aspergeaient, dans les rues, les habits des Musulmans et les portes des mosquées; qu'ils forçaient les Musulmans de se lever, lorsqu'ils passaient avec la croix devant leurs boutiques, insultant ceux qui s'y refusaient; qu'ils parcouraient les rues chantant des psaumes et proclamant que la foi du Christ est la vraie foi; qu'ils détruisirent même des mosquées et des minarets voisins de leurs églises. Outrés de ces insultes les Musulmans s'en plaignirent au gouverneur mongol; mais il était chrétien (i); il les traita avec mé* pris , en frappa même plusieurs; il témoignait, au contraire, beaucoup d'égards aux prêtres, visitait les églises, protégeait les chefs des Chrétiens. De son côté Zeïn-ul - Hafizzi se faisait livrer de grosses sommes par les habitants, en achetait des étoffes dont il fai

(i) « Guiboga (Kitou-boca), dit Haïton [Hist. or., « ch. 3o), aimait beaucoup les Chrétiens; car il était « lui-même de la race des trois rois qui vinrent adorer « notre Seigueur, à sa nativité. » — Kitou-boca était Kéraïte, nation de la Tartarie, qui, depuis plusieurs siècles, professait le christianisme.

sait présent à Kitou-boga, à Baïdera et aux autres officiers mongols; il leur envoyait chaque jour des charges de vivres pour leurs festins (i).

La citadelle de Damas ne s'était pas ren6rabi-a, due. Kitou-boga en commença le siége dans la nuit du 21 mars, et battit la place avec une vingtaine de catapultes, jusqu'au 6 avril qu'elle capitula. Les Mongols la pillèrent, en brûlèrent les édifices, démolirent la plupart de ses tours, et y détruisirent toutes les machines de guerre. Zeïn-ul-Hafizzi écrivit à Houlagou pour demander ses ordres à l'égard du commandant de la citadelle et de son adjoint, faits prisonniers; il reçut en réponse leur arrêt de mort, et l'exécuta de sa propre main, en leur coupant la tête, à Merdj-Bargout, où Kitou-boca venait de poser son camp.

Le prince eyoubite Aschraf (2), petit-fils de Schircouh, qui, après le départ du prince Nassir pour l'Egypte, était allé rendre hommage au conquérant mongol, dans son camp devant Alep, et avait été réintégré par ce

(1) Macmi.

(2) Aschraf Mozaffer-ud-din Moussa.

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