Imatges de pàgina
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« pays et de le mettre à feu et à sang. « J'arrivai à Ispahan, où j'attendis le re« tour des députés que j'avais envoyés aux « trois princes dont il a été fait mention. « Ils revinrent avec des réponses favorables; « les contingents arrivèrent; je les fis partir « sous le commandement du substitut du vé« zir, pour Cazvin, qui est la ville la plus « proche du pays d'Alamout. Ils y restèrent, « et j'entrai dans ce pays.

« Le sultan était fort irrité contre le prince « Ala-ud-din, pour plusieurs raisons, dont la « principale était qu'il avait manqué à sa « promesse de lui remettre son frère Ghiath« ud-din. Le message dont il me chargea était « donc conçu en termes très-durs. Le sul« tan m'avait prescrit de ne point entrer dans « Alamout, si Ala-ud-din ne consentait à ve« nir en personne à ma rencontre; de ne « point lui baiser la main, en l'abordant, et « d'omettre, en général, toutes les marques « de respect que commandent l'étiquette et « les règles de la politesse. Lorsque je fis « part de ces instructions à l'intendant de « l'Irac, il me dit qu'il ne voyait de difficulté « que sur le point de venir à ma rencontre, « parce qu'il y avait une certaine limite que « les princes du pays ne pouvaient dépasser « avant un certain âge, qu'Ala-ud-din n'avait « pas encore atteint. « Si vous en faites, « ajouta-t-il, une condition absolue de votre « entrée à Alamout, et qu'ils n'y puissent con« sentir, cela arrêtera la conclusion des affai« res dont vous êtes chargé; mais voici un « expédient: je leur enverrai quelqu'un pour « les prévenir de ce qu'exige le sultan; vous « suivrez mon messager et vous entrerez sans « attendre la réponse. S'ils y consentent, ce « que j'ai peine à croire, ce n'en sera que « mieux; sinon, du moins les affaires n'en « souffriront pas. Je suivis son conseil; j'en« trai dans Alamout; il ne vint à ma rencon« tre que les seigneurs de la cour d'Alaï-ed« din; car la chose était comme Schéréf-ud« din me l'avait exposée. Le vézir Amad-ud« din el-Meuhtéschem vint d'abord me trouver « et me pria de lui communiquer le message « dont j'étais chargé, afin qu'il pût en con« certer la réponse avec son maître. Je m'y « refusai. Au bout de trois jours je fus ad« mis, de nuit, auprès d'Ala-ud-din sur le « sommet de la montagne. Le vézir Amad« ud-din était assis à la droite du prince; on « me fit asseoir à sa gauche; je lui adressai, « de la part du sultan, un discours qui con« tenait plusieurs demandes et griefs.

« Je demandai, en premier lieu, que le « nom du sultan fut inséré dans la prière « publique (Khoutbé), comme l'avait été celui « de son père, le grand sultan. Je savais qu'ils « niaient ce fait; mais le Cadhi Modjir-ed-din « vivait encore; c'était lui que le grand sultan « avait envoyé à Djélal-ud-din Hassan, père « d'Ala-ud-din Mohammed, avec l'ordre de « mettre son nom dans le Khoutbé, ce qui « fut accordé; je m'étais muni d'une déclara« tion écrite du Cadhi, constatant cette cirét constance. Lorsque je la présentai, on pré- « tendit qu'elle était fausse. Le vézir répondait « sur chaque point, et Ala-ud-din répétait sa « réponse La discussion fut longue au sujet « du Khoutbé. Ils ne persistèrent cependant « pas dans leur dénégation; la chose était « trop manifeste et trop récente; tout le « monde savait qu'ils payaient jadis au sul« tan un tribut annuel de cent mille dinars.

« Il fut ensuite question des arrérages du « tribut; ils dirent que le commandant de la « forteresse de Firouzkouh leur avait enlevé « une somme de quinze mille dinars, qu'on « transportait du Couhistan à Alamout. Je « leur répondis que ce fait était antérieur à « la conclusion de la paix et aux engagemens « qu'ils avaient pris. Et quand, s'écrièrent-ils, « avons nous été ennemis de la cour khoraz« mienne, ou plutôt quand n'avons nous pas « été ses amis. Le sultan nous a éprouvés dans « sa mauvaise comme dans sa bonne fortune. « Nos compagnons ne l'ont ils pas servi dans « l'Inde, après son passage du Sind, lors« qu'il était réduit à la dernière faiblesse. « (Lorsque ces paroles furent rendues au sul« tan, il en reconnut la vérité). J'observai que « ce n'étaient point des raisons pour dimi« nuer le tribut. Ils alléguèrent enfin que le « vézir Schéréf-ul-mulk en avait retranché « dix mille dinars, et produisirent le titre « écrit de ma main et muni de sa signature. « Je leur dis que le sultan, à qui ces deniers « appartenaient, pouvait seul en disposer. Ce« pendant, répondirent-ils, le vézir dispose, « par sa signature, de tous les revenus du suivi tan; il les dispense à son gré, sans aucune « restriction, les prodiguant même pour ses pro« près fantaisies; n'aurait-il les mains liées « qu'à notre égard. Il fut enfin convenu qu'ils « me pèseraient vingt mille dinars, et quant « aux dix mille restants, qu'il leur serait ac« cordé un délai, pour consulter les inten« tions définitives du sultan (i). »

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Lorsque Ala-ud-din eut atteint l'âge de l'adolescence, son esprit se troubla; il donna des signes d'égarement; mais les médecins, les gens sensés n'osèrent ni lui administrer les remèdes nécessaires, ni déclarer que telle était son infirmité; ils se seraient exposés à être massacrés par les sectaires fanatiques, qui ne permettaient pas de croire que l'imam pût être atteint d'aliénation mentale. Son mal ne fit qu'empirer et il devint complètement fou. Néanmoins ses adhérents lui persuadaient que ses actions et ses discours étaient des inspirations divines. Il profita de leur crédulité pour leur débiter toutes sortes d'impostures. Gâté, dès son enfance, il ne tolérait pas la moindre contradiction. Personne n'osait lui annoncer une nouvelle désagréable, de crainte d'éprouver les terribles effets de sa colère; aussi lui laissait-on ignorer ce qui se passait dans son pays et au dehors. Ses Etats étaient infestés de brigands, ses sujets livrés à l'oppression.

Ala-ud-din eut à l'âge de dix-huit ans, un fils nommé Rokn-ud-din Khourschah, qu'il institua son successeur. Lorsque celui-ci eut passé l'âge de l'enfance, les sectaires le regardant comme l'imam futur, l'honorèrent à l'égal de son père. Ala-ud-din en fut jaloux

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