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rent souvent à séduire, à suborner les principaux citoyens. Le butin fait sur les Perses avait augmenté les richesses; elles furent prodiguées avec l'insouciance de gens quiles ont acquises facilement (1). Une fois que l'ennemi commun n'inspira plus la crainte, les Grecs se divisèrent en factions, et se mirent à s'égorger entre eux. Sparte tâchait de conserver la suprématie en mettant obstacle à la reconstruction d'Athènes incendiée; elle prétextait l'inconvénient d'avoir, hors du Péloponèse, une ville dont l'ennemi pouvait s'emparer à son gré. Mais ses habitants y étaient revenus, et ils apportaient autant d'ardeur à la réédifier qu'ils avaient éprouvé de douleur en la voyant détruire. Quand il s'agit de relever ses murailles, Sparte s'y opposa plus vivement encore; mais Thémistocle trompa les Lacédémoniens par ses parjures, etfit travailler nuit et jour jeunes et vieux, hommes libres et esclaves, en employant les débris des palais et des temples antiques. Grâce à lui, le vieux et misérable port de Phalère fut bientôt remplacé par le port du Pirée, vaste et commode, qui devint comme une seconde cité que deux longues murailles réunissaient à Athènes. Ses brillantes promesses attirèrent dans sa patrie des étrangers et des artisans; il persuada à ses concitoyens d'ajouter, chaque année, vingt galères à leur flotte,et tous ses efforts eurent pour but de placer Athènes à la tête de la Grèce.

Préoccupé de cette pensée, il déclara un jour, dans une assemblée du peuple, qu'il avait à faire une proposition de la plus

(I) Depuis Solon jusqu'à Démosthène, la valeur des denrées quintupla dans Athènes. A la moitié du quatrième siècle avant J.C., un médimne de blé valait 5 drachmes; un bœuf en coûtait 80, un mouton 16, un agneau 10. Au commencement de ce même siècle, la journée d'un ouvrier était payée 3 oboles; un cheval de selle, 1,200 drachmes; un manteau, 20 ; une paire de chaussures, 8 ; un porc, 3. Au temps de Solon, un bœuf ne valait que 5 drachmes. En 410, Lysias plaidait contre un tuteur qui avait évalué à 16 drachmes un agneau acheté pour les fêtes de Bacchus, et réputait exorbitante une dépense de 5 oboles par jour pour l'entretien de deux jeunes garçons et d'une jeune fille. Une maison était estimée 500 drachmes. Un ami de Socrate se plaignait un jour de la cherté de la vie à Athènes, où le vin de Chios coûtait 1 mine; 3 mines, un vêtement de pourpre; S drachmes, une petite mesure de miel. Socrate le conduit chez un marchand de farine, chez un vendeur d'olives, chez un fripier, et lui fait voir que l'on peut avoir une tunique pour 6 drachmes, et, pour très-peu de chose, de la farine et des olives.

Dans les Mémoires de l'Institut ( t. XII, 1836 > est insérée une dissertation de M. Dureau de la Malle, sur le rapport existant entre le prix du grain et la valeur de l'argent; il prouve que, depuis Périclès jusqu'à Alexandre, le médimne de blé (81 livres) valait à Athènes 5 drachmes, et que le rapport de l'argent au grain était comme 1822 est à 1 ; tandis que, dans le dernier siècle de la république, il était à Rome comme 2268 est à 1.

haute importance, mais qu'il était nécessaire de la tenir très-secrète; il ne devait donc la confier qu'à celui qui serait désigné à cet effet, et l'on choisitAristide d'unevoix unanime. Illui expliqua donc comment, les navires de la Grèce entière se trouvant alors réunis dans le port d'Athènes, rien ne serait plus facile que d'y mettre le feu et d'assurer ainsi la prééminence de leur patrie. Aristide reparutdevant le peuple, et lui déclara que la mesure proposée était très-avantageuse, mais injuste; il n'en fallut pas davantage pour qu'elle fût unanimement rejetée. Tel est le récit de tous les écrivains, qui nous semble, à nous, un morceau de rhéteur. Si une telle proposition était jamais sortie de la bouche de Thémistocle, Aristide aurait pu dire : « Athéniens, Thémistocle devient « fou. Lui qui vous a persuadé que l'unique salut de la Grèce « était dans les murailles de bois, c'est-à-dire la flotte; lui qui « vous a décidés à mettre tout votre espoir sur les navires; lui « qui, au risque de compromettre sa propre réputation, vous a « exhortés à vous défendre contre les Perses par une flotte com« mune, il propose maintenant de l'incendier, ce qui équivaut « à livrer à Xerxès non-seulement Athènes, mais toute la Grèce. « Son conseil est le pire qu'un ennemi puisse donner. » ,

Thémistocle émit un avis plus honorable et non moins utile lorsque, les Spartiates ayant proposé d'exclure des amphictyons les peuples qui n'avaient pas combattu contre les Perses, il s'y opposa en démontrant que l'exclusion s'étendrait sur un trop grand nombre, et que la Grèce resterait à la merci de deux ou trois cités. Bien qu'il eût ainsi parlé à cause de sa jalousie contre Sparte, il ne rendit pas moins un grand service au pays tout entier, dont il resserra les liens au lieu de les briser. Ce fut en effet par cette union seule que la Grèce parvint à tant de puissance qu'elle affermit son autorité en Italie, étendit sa domination de Chypre au Bosphore de Thrace et sur les îles de la mer Égée; qu'on la vit s'établir en Thrace et dans la Macédoine, sur les côtes de l'Euxin, depuis le Pont jusqu'à la Chersonèse Taûrique ( la Crimée), et devenir la protectrice de la liberté ionienne.

La flotte grecque fut d'abord dirigée contre Chypre et Byzance, pour en chasser les Perses. Aristide et Cimon, fils de Miltiade, commandaient les Athéniens, et Pausanias , tuteur de Plistarque, fils de l'héroïque Léonidas, était à la tête des Spartiates. Chypre fut délivrée, Byzance prise, les Perses mis en fuite, et plusieurs parents de Xerxès restèrent prisonniers. Pausanias, qui, enorgueilli de la victoire de Platée, aspirait au pouvoir suprême, résolut de mettre à profit leur captivité. Il les renvoya sans rançon au roi de Perse, et les chargea de lui dire que, s'il voulait luidonnersa fille en mariage, il lui livrerait la Grèce. Xerxès, auquel la proposition souriait, flatta l'espoir de Pausanias, qui, dissimulant peu ses projets, s'habillait déjà, se nourrissait et recevait à la manière des Perses. Les Ioniens et les autres confédérés, auxquels déplaisaientcesfaçons d'agir, se détachèrent de Sparte pour s'allier à Athènes, attirés qu'ils étaient d'ailleurs par les vertus d'Aristide et de Cimon. Athènes recouvra ainsi sa prééminence sur mer (1). Pausanias, accusé de trahison, se fit absoudre à prix d'argent; mais, sous main, il cherchait toujours à se faire des partisans, surtout en caressant les ilotes et les Messéniens. Enfin les éphores réunirent assez de preuves contre lui pour le condamner à mort. Comme il s'était réfugié dan3 le temple de Minerve, asile inviolable, les issues en furent murées, et sa mère apporta la première pierre, ne reconnaissant plus pour son fils celui qui trahissait sa patrie.

On a prétendu que Thémistocle était d'accord avec Pausanias; mais il n'existe d'autres motifs pour le croire que sa soif du pouvoir et les immenses richesses dont il faisait étalage au milieu de ses con citoyens. Il déplaisait par son faste, et aussi parce qu'il avait élevé un petit templeàDiane deBon Conseil, en reconnaisancede ceux qu'elle lui avait inspirés dans la dernière guerre; en outre, il parlait sans cesse des services qu'il fut assez grand pour rendre, qu'il ne fut pas

(1) Diodore De Sicile (VII, 13) donne, comme il suit, la liste de ceux qui eurent l'empire de la mer, depuis la guerre de Troie jusqu'à l'arrivée de Xerxès:

1" Les Lydiens et les Méoniens, durant.. 92 ans.

2° Les Pélasges 85

3° Les Thraces 1 79

4° Les Rhodiens 23

5° Les Phrygiens 25

6° Les Chypriotes 33

7" Les Phéniciens 45

8° Les Égyptiens (Nombre perdu. )

9° LesMilésiens 18

10° Les Cariens 61

11° Les Lesbiens , 68

12° Les Phocéens 44

13° Les Sainiens ( Nombre perdu. )

14° Les Lacédémoniens 2

15» Les Naxiens 10

16* Les Êrétriens 15

17° Les Éginètes 10

Celte liste est tout à fait incomplète et n'a aucune authenticité, car on n'en connaît pas l'origine. Elle ne saurait, en tout cas, concerner que la suprématie dans la mer Égée.

assez grand pour oublier. Les îles de la mer Égée, qu'il avait rançonnées, faisaient entendre des plaintes. Sparte, mue peut-être par la vengeance, se porta son accusatrice, et les Athéniens l'appelè- Cn ctu.'—°*ts. rent en jugement; mais il prit la fuite. On lui confisqua cent talents (1) au moins, bien que ses amis eussent caché une grande partie de ce qu'il possédait. Il s'était réfugié près d'Admète, roi des Molosses, et sans doute il se rappela ce que lui avait dit un jour son père, en lui montrant une vieille barbue qu'on laissait pourrir sur la plage : Voilà comment le peuple abandonne ceux dont il n'a plus besoin.

Mais la haine des Lacédémoniens le poursuivit même dans cette retraite; voyant qu'il n'y était pas ert sûreté, il s'enfuit à Pydna, „_ en Macédoine, d'où il fit voile pour l'Ionie. Poussé par la tempête' sur la côte d'Asie, il osa se présenter au roi de Perse. Soit qu'il eût en effet des intelligences avec lui, ou qu'il se fît un mérite des conseils perfides donnés à son prédécesseur, au temps de l'invasion, soit qu'il lui apportât l'espoir de le seconder dans la conquête de la Grèce, ou qu'enfin la générosité du monarque perse honorât la valeur même dans un ennemi, Artaxerxès Longuemain, qui avait succédé à Xerxès, l'accueillit généreusement. Il lui assigna le revenu de trois villes et lui fit faire un mariage illustre. woThémistocle finit ses jours dans ce pays, où les uns disent qu'il së tua parce qu'il ne voulait pas ou ne pouvait pas exécuter les promesses qu'il avait faites au grand roi; d'autres assurent qu'il mourut naturellement, et que ses restes furent rapportés dans sa patrie par ses amis. Thémistocle fut l'un des plus grands hommes dont l'histoire fasse mention : il prévoyait longtemps d'avance les événements ; fertile en expédients dans les circonstances extrêmes, il savait profiter des idées d'autrui et faire adopter les siennes à force d'éloquence; il fut indomptable dans les revers, mais il ne sut pas résister aussi bien à la prospérité.

Ainsi, l'ambition avait conduit à une fin malheureuse deux des Hor, héros de la guerre contre les Perses. Aristide, au contraire, t1'An:'"|r conserva jusqu'à la fin sa pauvreté sans tache; bien qu'il eût entre ses mains le trésor de toute la Grèce, il mourut dans une telle *87 indigence que la république dut faire les frais de ses funérailles et pourvoir à l'éducation de ses enfants.

La suprématie était passée des Spartiates aux Athéniens, et cet f,1TM'^^ événement, de haute importance , fut l'origine de longues rivalités entre les deux plus grands États de la Grèce. Athènes, qui

(I) Environ 450,000 francs.

montra toujours des intentions plus larges et plus généreuses, organisa une ligue perpétuelle entre les principales républiques et les îles grecques, sauf le Péloponèse, pour continuer la guerre contre les Perses. L'argent nécessaire à cette guerre nationale était d'abord levé arbitrairement, ce qui entraînait des mécontentements et des plaintes fréquentes ; Athènes en régularisa la perception selon les revenus de chacun des États confédérés, et le fit déposer à Délos (1). Aristide, parcourant le pays et examinant les choses de près, avait su contenter tout le monde; après lui, l'administration du trésor passa en d'autres mains, qui, toujours athéniennes, ne furent pas toujours aussi pures.

Comme Thémistocle l'avait prévu, l'empire de la mer donna eelui de la terre; or la primauté dans la Grèce, qui d'abord avait été une simple prééminence dans la guerre contre les Perses, devint un moyen de direction politique, prompt à dégénérer en domination absolue. Lorsque le danger d'une attaque des Perses fut écarté, la continuation de la guerre et les contributions devinrent vexatoires pour les alliés, qui refusèrent leur concours. Athènes leva les contributions par force, regarda comme rebelles les alliés qui ne voulurent pas les acquitter et les soumit par les armes. Les autres États, devenus hostiles, se rapprochaient des Spartiates, qui constituèrent une ligue opposée à celle d'Athènes, indépendamment de leur influence dominante sur le Péloponèse. Mutation» Athènes et Sparte avaient cependant adopté de grandes innomtérifurei. va(jons. sans changer positivement les institutions de Lycurgue et de Solon, elles se relâchaient sur leurs prescriptions, négligeaient certains usages ou bien leur en substituaient d'autres. Désormais les rois de Sparte n'étaient plus rien, et les éphores décidaient de tout; les choses se passaient entre eux comme, à Venise, entre le doge et les inquisiteurs d'État. Dans Athènes, Aristide avait obtenu que la quatrième classe du peuple fût aussi admise aux emplois; mais le pouvoir populaire ne s'affermit pas davantage. L'autorité des dix stratéges, généraux élus annuellement, s'étendit au contraire avec l'accroissement des relations extérieures, et ces magistrats attiraient à eux la direction des affaires, tout en affectant de favoriser la multitude. «»-Mo. Victorieuse des Perses, investie du généralat de la Grèce, Athènes voulut se montrer digne de ce rang, en s'entourant de toute la splendeur de la civilisation, et, dans les quarante années

( I ) La contribution s'élevait alors annuellement à 160 talents : ella monta à 600, sous Périclès, et plus tard à 1,300.

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