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emmener de ces deux pays plusieurs petits
princes qui avaient fait leur soumission. Le
général Kélilat partit avec ce cortège. C'était
la première fois qu'on voyait à Caracouroum
des princes de l'Iran ; Ogotaï apprit leur ar-
rivée avec une extrême satisfaction. Il com-
parait la conduite de Tchintimour avec celle
de Tchormagoun, qui, maître depuis plusieurs
années de vastes régions, ne lui avait jamais
envoyé aucun des souverrains de ces pays. Il
nomma Tchintimour gouverneur du Khoras-
san et du Mazendéran , lui associant Kélilat ,
et le rendant indépendant de Tchormagoun
et des autres généraux.. Ogotaï donna des
fêtes à ses hôtes, les combla, pendant leur
séjour, de marques de distinction, et les con-
firma, à leur départ, dans la possession de
leurs principautés.
Tchintimour donna la place de grand maître
des sceaux (Ouloug Biticoudji), dans son nou-
veau gouvernement, à Schéréf-ud-din de Kho-
razm, et celle de Sahib-Divan ou de ministre
des finances, à Behai-ud-din Mohammed de
Djouvein, père de l'auteur de l'histoire de
Tchinguiz-khan. Les chefs des troupes qui
appartenaient aux trois autres branches de la
famille impériale, placèrent chacun un inten-
dant dans le conseil des finances, pour y veil-

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ler aux intérêts des princes, leurs maîtres.

Tchintimour étant mort, en 1235, eut pour successeur Noussal (1), général mongol presque centenaire, qui fut bientôt remplacé par Keurgueuz. Celui-ci, chancelier de Tchintimour, avait été envoyé par ce gouverneur, avec Mohammed de Djouvein, à la cour d'Ogotaï, pour lui rendre compte de l'ordre qui avait été établi dans l'administration du Khorassan et du Mazendéran. Interrogé par l'empereur sur l'état de ces provinces, Keurgueuz l'assura : « que ses su« jets y jouissaient du calme et du bonheur; « que l'oiseau de leurs cœurs voltigeait dans « l'horison de ses bienfaits; que les lieux où « règnait jadis l'hiver présentaient l'image du « printemps; qu'ils étaient remplis de fleurs et « de parfums comme les jardins du paradis, » et d'autres choses de ce genre. Ce langage, entremêlé de bénédictions, produisit l'effet désiré. Keurgueuz plut au souverain ; il était d'ailleurs protégé par le ministre Tchincaï, son compatriote, qui était en grande faveur, et il quita la cour assuré des bonnes graces du monarque.

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(1) Ce nom est écrit Yéschil dans Raschid.

Keurgueuz s'était élevé par son mérite. Né dans un village des environs de Bisch-balic, capitale du pays des Ouïgours, il s'appliqua dans sa jeunesse à l'écriture ouïgoure, et entra au service d'un officier du prince Djoutchi. Un jour qu'il accompagnait son maître à une partie de chasse de ce prince, Djoutchi reçut, par un courrier, une lettre de son père. Il n'avait auprès de lui aucun de ses secrétaires; on chercha parmi les gens de sa suite | quelqu'un qui sut lire. Keurgueuz fut amené à Djoutchi et lui donna lecture de la lettre; en récompense le fils de Tchinguiz-khan le prit à son service. Ayant une belle main, il fut chargé d'enseigner l'écriture aux enfants; emploi qu'il exerça jusqu'à l'époque où Tchintimour fut nommé gouverneur du Khorazm. Keurgueuz lui fut donné en qualité de secrétaire; il ne tarda pas à obtenir sa confiance et devint son ministre.

Il était à peine de retour en Mazendéran, que la mort enleva Tchintimour. Sous le gouvernement de Noussal il conserva son poste; mais il fut appelé à la cour pour y rendre compte des affaires du Khorassan. Danischmend Hadjib, adversaire de Tchincaï, travaillait alors à faire donner à OngouTimour, fils de Tchintimour, la place de son père, tandis que Tchincaï protégeait Keurgueuz. Ce ministre profita d'un moment où il était seul auprès de l'empereur, pour lui persuader que les seigneurs du Khorassan désiraient la domination de Keurgueuz, et il obtint de ce prince une ordonnance , qui autorisait provisoirement Keurgueuz à percevoir les impôts des deux provinces, et à faire le dénombrement de leur population, sans que personne pût le troubler dans l'exécution de ces mesures, avec la promesse d'une récompense s'il s'acquittait bien de sa commission. Keurgueuz revint en Khorassan, muni de cette patente, et commença ses opérations. Noussal, que ce même ordre destituait, était un vieillard insignifiant; son collègue Kélilat avait, au contraire, beaucoup de capacité; mais dès qu'il élevait la voix, Keurgueuz lui donnait de sa patente sur la bouche, disant : « voici l'ordre « que personne ne se méle de ma commis« sion. » Il organisa l'administration du Khorassan et du Mazendéran, et y réprima les exactions d'une foule de petits tyrans. Cependant le vézir Schéréf-ud-din et Kelilat, que les plein-pouvoirs et le caractère ferme de Keurgueuz laissaient sans autorité,

engageaient Ongou-Timour à solliciter vivement la place de son père, et Schéréf-ud-din ne cessait de l'animer contre Keurgueuz, tout en paraissant l'ami de ce dernier. Entraîné par ces intrigues, Ongou-Timour fit partir un messager pour porter à l'empereur de fausses accusations contre Keurgueuz; elles furent vivement appuyées par le parti opposé à Tchincaï, et Ogotaï expédia Argoun avec deux autres officiers pour prendre des informations sur les lieux. Mais Keurgueuz ayant appris l'envoi d'un émissaire par Ongou-Timour était parti pour aller lui-même plaider sa cause, laissant l'intendant Behai-ud-din à la tête de l'administration dans son gouvernement. Il rencontra, à Fénakét, les commissaires de l'empereur, qui lui signifièrent de rebrousser chemin; comme il refusait, il s'ensuivit une rixe dans laquelle Keurgueuz eut une dent cassée. Il se vit contraint de suivre ces officiers ; mais dans la nuit, il dépêcha un de ses affidés à la cour, avec son habit teint de sang. A l'arrivée des commissaires dans le Khorassan, les chefs des troupes, Kélilat, OngouTimour et Noussal firent sortir, à coups de bâton, de l'hôtel de Keurguez, ses secrétaires

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