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CHAPITRE II.

Ravages des Mongols dans la Mésopotamie, le Courdustan, l'Azerbaïdjan , l'Arménie, la Géorgie, et sur les confins de l'Irac-Aréb. — Leur invasion dans le Roum. — Déroute de l'armée du sultan Keï-Khosrou. — Conquête d'une partie du Roum. — Traité de soumission de ce royaume. — Evacuation du Roum par les Mongols. — Sac d'Erzendjan. — Expédition d'un corps mongol vers Alep. — Sommation des Mongols à plusieurs princes mahométans. — Soumission du roi de la PetiteArménie. — Nouveaux ravages en Mésopotamie , dans le Diarbékir , et la partie septentrionale de l'IracAréb. — Partage de la Géorgie entre deux princes David. —Les fils de Keï-Khosrou se disputent le trône.—• Intervention du grand Khan dans ces querelles. — Seconde invasion de Baïdjou dans le Roum. — Le sultan Yzz-ud-din vaincu et détrôné. — Son frère Rokn-ud-din placé sur le trône de Conia. — Voyage de Hethoum à la cour de Mangou.

-iiii • a.

Lorsque Djelal-ud-din eut été surpris près

d'Amid, ses troupes se dispersèrent, et les soldats khorazmiens furent enlevés isolément par les paysans, les Curdes et les Bédouins. Alors les Tatars ravagèrent les provinces d'Amid, d'Erzen et de Meyafarikin. Ils prirent,

an bout de cinq jours de siége, la ville de Sa'red, située à deux journées à l'est de Mardin, et quoique elle eut capitulé, ils firent main basse sur tous ses habitants, au nombre, dit-on, de quinze mille. La ville de Tanza subit le même sort, ainsi que Mardin, dont le souverain se réfugia dans la citadelle. Le district de Nassibin fut désolé; mais la ville même ne tomba point au pouvoir des Mongols, qui entrant dans le pays de Sindjar, saccagèrent El-Khabour et A'raban. Un de leurs corps prit la route de Mossoul, et alla piller le bourg d'El Mounassa, situé entre cette ville et Nassibin. Ses habitants et ceux du plat pays s'étaient réfugiés dans un Khan, au milieu du bourg; ils furent tous égorgés. « Un homme de ce pays, dit l'historien con« temporain Ibn-ul-Ethir, m'a raconté que, « s'étant caché dans une maison, il apercevait « par une ouverture ce qui se passait au dehors; « chaque fois que les Mongols allaient tuer « quelqu'un, ils criaient La illahi. Le mas« sacre fini, ils pillèrent le bourg, et emmenè« rent les femmes. Je les voyais, dit-il, folâtrer « sur leurs chevaux; ils riaient; ils chantaient « en leur langue, et disaient: La illahi. »

Une division marcha sur Bidliss, dont les habitants se retirèrent, les uns dans la cita

délie, les autres dans les montagnes. Les Mon

11gols brûlèrent la ville. Ils prirent d'assaut la ———forte place de Balri, dans le pays de Khelatt, et tuèrent tout ce qui s'y trouvait. La grande ville d'Ardjisch eut le même sort.

Un autre corps mongol avait mis le siége devant Méragha. Cette ville se rendit, à condition que ses habitants auraient la vie sauve; néanmoins les Barbares en tuèrent un grand nombre. Ils saccagèrent l'Azerbaïdjan, passèrent dans le pays d'Erbil, firent main basse sur les Turcmans Ivaniyés, les Curdes, les Tchébourcans qui l'habitaient, le mirent à feu et à sang, et y commirent des atrocités inouïes. Le prince d'Erbil, Mozaffer-ud-din, assembla ses troupes, et reçut du secours du prince de Mossoul; alors les Mongols évacuèrent son pays, et il ne se donna pas la peine de les poursuivre. Ils marchèrent sur Dacouca.

Dans l'espace de deux mois après la disparition de Djélal-ud-din et la dispersion de ses troupes, les Mongols avaient saccagé le Diarbékir, la Mésopotamie, les pays d'Erbil et de Khelatt, sans rencontrer un homme armé. Les princes de ces petits Etats restaient cachés dans leurs retraites, et les peuples étaient stupéfiés. « On m'a raconté, à ce sujet, « dit l'historien Ibn-ul-Ethir, des traits que « l'on a de la peine à croire; si grand était « l'effroi que Dieu avait jeté dans tous les « cœurs. On rapporte, par exemple, qu'un « seul cavalier tatar entra dans un village « très-peuplé, et se mit à en tuer les ha« bitants l'un après l'autre, sans que per« sonne osât se défendre. J'ai ouï dire qu'un « Tatar n'ayant sur lui aucune arme, et voua lant tuer un individu qu'il avait fait pri« sonnier, lui ordonna de se coucher à « terre, alla chercher un sabre et tua ce « malheureux qui n'avait pas bougé. Quel« qu'un m'a raconté: J'étais en route, avec « dix-sept personnes; nous vîmes arriver un « cavalier tatar, qui nous ordonna de nous « lier les uns aux autres les mains derrière le « dos. Mes compagnons se mirent en devoir « de lui obéir; je leur dis : Cet homme est « seul; il faut le tuer et nous enfuir. Nous « avons trop peur, répondirent ils. Mais cet « homme, repris-je , va vous tuer. Tuons-le, « peut-être Dieu nous sauvera. Par ma foi, « aucun d'eux n'osa le faire. Alors je le « tuai d'un coup de couteau; nous primes la « fuite, et nous sauvâmes. On pourrait citer « beaucoup de traits semblables. »

Trois mois après la mort de Djélal-ud-din on ignorait encore s'il avait été tué, s'il se tenait caché, ou s'il avait passé dans d'autres contrées. Les Mongols étaient au cœur de l'Azerbaïdjan. Leur chef posa son camp près de Tébriz, et somma cette ville de se rendre. Elle lui offrit une forte somme d'argent, quantité d'étoffes, beaucoup d'autres articles et même du vin. Le cadhi et le maire, accompagnés des principaux habitants, se rendirent au camp du chef mongol, qui leur ordonna de lui envoyer des fabricants d'étoffes, parce qu'il voulait en commander pour son souverain. Il fut obéi, et la ville paya le prix de ces riches étoffes. Il demanda aussi une tente pour son maître. « On lui en « fit une, dit Ibn-ul-Ethir, qui n'a jamais eu « sa pareille; elle était couverte d'une étoffe « de soie et or, et tapissée de peaux de zibe« line et de castor. » Tébriz se soumit à payer une contribution annuelle en argent et en étoffes (i).

Lorsque les Mongols saccagèrent le pays d'Erbil, qui était un fief du Khaliphe, Mostanssir leva des troupes et appela à son secours les souverains mahométans ainsi que les tri

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