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qu'après s'être saisi de la personne d'Argoun, et l'avoir mis sous bonne garde, il était venu pour faire préparer les vivres à l'armée. Naïtan, assis hors de la tente, ayant entendu ces paroles, dit à haute voix: « Ce n'est pas « cela. Dix princes du sang et soixante officiers « supérieurs se sont ligués avec Argoun, et « Ahmed est arrivé ici en fugitif. Le bien de « l'Etat, et le repos public exigent qu'il soit « détenu. » Les deux généraux sortirent de la tente, et la firent entourer de gardes (i). Schingtour Aca manda à Coutouï Rhatoun que les piinces réunis en conseil, avaient expédié l'ordre d'arrêter Ahmed, et qu'il fallait, jusqu'à leur arrivée, le consigner chez lui. Coutouï Khatoun commit trois cents hommes, sous les ordres de Schingtour, à la garde du Khan (a).

Cependant Boucaï avait expédié Bouré, sur un dromadaire, vers Sougourlouc, pour porter l'ordre aux Caraounass de garder la route par laquelle devait passer Ahmed; il chargea Allamisch Couschdji, d'aller porter aux Couschdjis (3) l'ordre de faire main basse sur tous ceux de la suite d'Ahmed qu'ils trou

(i) Vassaf, 1. c.' (2) Raschid.

(3) Ce nom signifie, en turc, oiseleurs.

veraient, et de publier partout qu'Argoun allait paraître avec cinq toumans (i).

Peu après arrivèrent les Caraounass, qui sur l'avis reçu par Bouré, s'étaient mis en marche, et avaient tout pillé sur leur passage. Ils fondent sur l'Ordou; ils entrent dans les tentes des femmes et les dépouillent de leurs vêtements et de leurs bijoux. Tout ce qu'il y avait dans le camp royal de tapis, de meubles, d'or, d'argent, d'habits et d'étoffes, devint leur proie. On ôta à Coutouï Khatoun même les bijoux qu'elle portait à son cou et à ses oreilles; on lui tira des pieds ses bottines. Cette princesse, Toudaï et Erméni-Khatoun, furent laissées nues. Enfin cette horde féroce commit toutes les abominations imaginables. Une loi du Yassa défendait aux Mongols de maltraiter les femmes et les enfants, dans les troubles civils; mais ici rien ne fut respecté. Les Caraounass finirent par se saisir de la personne du sultan, lui ôtèrent ses habits, et le gardèrent dans sa tente.

Cependant Argoun, lorsqu'il voulut partir pour achever son entreprise, sut que les cavaliers manquaient de chevaux et que les troupeaux étaient dispersés au loin. Il vit que

(i) Vassaf, 1. c.

s'il attendait le temps qu'il fallait pour se procurer des vivres et des chevaux, il risquerait de manquer son but ; il partit avec seulement trois cents cavaliers. Quand il arriva près de Mosslémi, Cara Boucaï et Schingtour, à la tête des troupes Caraounasses, lui amenèrent Ahmed garotté. Il était d'usage chez les Mongols, lorsqu'ils se disputaient un prix, que le vainqueur battit des mains, et criât Mériou. Dès qu'Argoun aperçut Ahmed en cet état, il se mit à crier Mériou, et ses officiers suivirent son exemple. Ils célébrèrent sur le champ, le verre à la main, la capture de l'ennemi, et félicitèrent Argoun (i).

Ce prince ayant passé la rivière Moor, le iodj.-i. mercredi 26 juillet, s'arrêta, le dimanche suivant, à Abschour, près de Yuz Agatch. Les généraux Togatchar, Coundjoucan et Touladaï, déjà délivrés par son ordre de leur captivité à Tébriz, et d'anciens officiers du prince Coungcourataï, furent chargés d'interroger Ahmed. Ils le jugèrent coupable d'ingratitude envers Coungcourataï et envers plusieurs généraux, anciens serviteurs d'Abaca, qui avaient contribué à son élévation au trône.

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Ils lui reprochèrent ses sentiments hostiles envers Argoun, qui, malgré ses droits à la succession de son père, lui avait laissé le pouvoir suprême et s'était contenté du Khorassan. Ahmed confessa ses torts. Argoun et les Oméras voulaient lui faire grâce de la vie, en considération de sa mère Coutouï Khatam1, qui était très-respectée; mais, comme la mère de Coungcourataï, les enfants de ce prince, ses parents, criaient vengeance, et que d'ailleurs Argoun était alarmé de la nouvelle que les princes Houladjou et Tchouschkab rassemblaient des troupes à Hémédan, il donna l'ordre de faire mourir Ahmed, pour venger le sang de Coungcourataï. On lui ôta la vie de la même manière qu'il avait fait périr ce prince, en lui rompant l'épine du dos, le lundi, 10 août (1). 2ôdj.-1

(1) Raschid. — Le 10 août était un jeudi. — Vassaf dit : « Argoun instruit par l'expérience que venait de « faire Ahmed, voyant quel fruit amer avait porté sa « négligence, ordonna aux fils de Coungcourataï, nommés « Timour et Ildouz, de demander vengeance de la mort « de leur père; en conséquence, la peine du talion fut « appliquée au sultan; on lui cassa l'épine du dos. « Il fut enterré dans un lieu nommé Cara-Coundjougaï... « L'histoire n'offre pas un second exemple d'une révo

Le zèle d'Ahmed pour le mahométisme avait contribué à indisposer contre lui les généraux mongols. On a vu qu'il avait envoyé en Egypte, l'année précédente, le scheïkh Abd-ourrahman, pour conclure un traité de paix entre les deux royaumes. Cet ambassadeur, en partant, prit dans le trésor royal, pour les présents d'usage, des pierreries, des perles magnifiques, de riches étoffes et des toiles de tentes tissues d'or. D'Alatac il se rendit à Tébriz, où il engagea à son service des artistes distingués de diverses professions, et s'entoura d'un appareil royal. Au bout d'un mois, il prit la route de Moussoul; il y fit venir de Bagdad un touman d'or et partit pour Mardin. Il fut joint, dans cette ville, par un officier que lui avait envoyé le sultan Kélavoun, peur le presser de se rendre à Damas, parce que ce prince voulait retourner incessamment en Egypte. Abd-our-rahman lui manda qu'il allait partir et le pria d'ordonner qu'il fut traité sur son territoire avec les égards dûs à son caractère public, surtout

« lution aussi subite; elle fut amenée par l'imprudence « d'Ahmed; l'amour causa sa perte. » — Selon Bar Hebraeus (p. 572), ce prince fut mis à mort le mercredi, 2 de djomada 2, qui répond au 16 août.

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