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croire qu'il s'était mépris, et ils arrivèrent heureusement au quartier de Boucaï (i).

Argoun se revêtit d'une armure, et alla sur le champ avec Boucaï, au quartier d'Alinac, qu'ils tuèrent dans sa tente; ils le mirent en pièces, avec la cage de crin qui le garantissait des insectes. Quelques-uns de ses gardes saisirent leurs arcs. Boucaï leur cria: « Jusqu'à présent nous avons obéi « à Ahmed; nous venons de tuer Alinac, « par l'ordre de Houladjou. » Les gardes jetèrent leurs armes, et se prosternèrent. Arouc et Houladjou courant au quartier du prince Yessar, le trouvèrent plongé dans le sommeil de l'ivresse, ainsi que plusieurs de ses gens, et les tuèrent (2). Cara-Boucaï, Biac, Taboui et d'autres officiers furent arrêtés; le lendemain on mit à mort plusieurs d'entre eux; les autres furent relâchés.

Un cavalier s'échappa du camp, au milieu de la nuit, et courut apprendre ce qui venait de se passer, à Ahmed, qu'il atteignit à quatre fersenks au-delà d'Esféraïn (3). Le sultan avait auprès de lui le prince Kin

(i) Raschid.
(3) Raschid. —(2) Vassaf, 1. c.
Vassaf, I. c.

schou, les émirs Mektchin, Acbouca et Lékézi. 11 avait déjà rebroussé chemin, pour aller châtier les rebelles, lorsqu'il apprit que ses principaux officiers étaient tués, et que toute l'armée s'avançait contre lui. Il ne lui restait d'autre parti que celui d'une prompte fuite; il tourna bride et alla passer la nuit à Calbousch, auprès de Toudaï Khatoun; il prit ensuite la route du Coumouss et de l'Irac, pour se rendre à l'Ordou de sa mère Coutouï Khatoun, près de Sérab (i). Dans cette route, les généraux, les officiers, les petits souverains, qui composaient son cortège, restaient, l'un après l'autre, en arrière; à chaque station sa suite était diminuée. Le vézir, separé de ses gens, arriva à Djadjérem avec un seul palefrenier, et prit le chemin- -d'Ispahan. « C'était, dit Vassaf, une véritable « déroute, dans laquelle le trouble, la peur, « la confusion étaient telles que les balischs « d'or et d'argent, les vases garnis de pier« reries, les paquets de robes de drap d'or « et de soieries peintes de la Chine, étaient « parsemés sur le chemin, comme des pierres « et des feuilles, sans que personne, tant

(i) Sérab est un bourg de l'Azerbaïdjan, situé entre Tébriz et Ardbil.

« était grande la frayeur, se souciât de les « ramasser. Les fuyards jetaient à terre les « perles et les bijoux qu'ils portaient au « cou et aux oreilles, couraient à pied çà et « là, et se cachaient dans des vallons et des « cavernes. »

Sougoundjac, qui escortait les bagages et le trésor du sultan, avait pris la route de Mosslémi, et allait rejoindre le sultan à Sérab; il fut atteint et attaqué sur cette route, par Taïdjou Couschdji et Kitouga Couroudji. A la suite d'un combat, ces derniers firent rétrograder le trésor, et restèrent à Mosslémi pour le garder (i).

Après avoir envoyé deux corps de troupes à la poursuite d'Ahmed, les princes du sang et les Oméras s'étaient réunis à Kharkan, auprès d'Argoun, pour tenir conseil sur l'élection d'un nouveau souverain. Les princes Kinschou et Houladjou y arrivèrent le lundi, 10 juillet. Il y avait trois partis: Boucaï était pour Argoun; Arouc, pour Tchouschkab et Bekta, pour Houladjou. Bekta alléguait en faveur de ce dernier prince, qu'il était fils de Houlagou, et que les fils devaient passer

(i) Vassaf, 1. c.

avant les petits-fils. Arouc et Couroumisch observaient que Tchouschkab possédait le grand Yourte, et qu'il était l'aîné. « Le Caan, disait « à son tour Boucaï, qui est le maître de la « terre, et \dca (l'aîné) de la maison de « Tchinguiz-khan, a déféré à Abaca, après la « mort de son père, la souveraineté de l'Iran; « elle appartient de droit à son fils Argoun. « Si l'on eut suivi l'ordre de la succession, « on aurait évité tous ces troubles. » Comme Bekta commençait à s'emporter, Boucaï tira le sabre et s'écria: « Tant que je tiendrai cette « arme, personne autre qu'Argoun ne sera « notre souverain. » On demanda à Tenguiz Kourkan quelles étaient les intentions d'Abaca. « Moi et Schingtour, répondit-il, nous lui avons « entendu dire qu'il laisserait le trône à Man« gou-Timour, et après lui, à Argoun. — Tu « inventes ces paroles, lui cria Bekta, où les « as tu entendues? » Alors Argoun dit qu'il ne voulait pas du trône, qu'il se contentait du Khorassan, son apanage. Boucaï se tournant de son côté, lui dit: « Prince! pour« quoi voulez vous prolonger les troubles? « Au reste, ajouta-t-il, à quoi bon tous ces « débats; l'ennemi n'est pas encore en notre « pouvoir. Il faut marcher à sa poursuite; « quand nous l'aurons pris, nous nous réu- « nirons auprès d'Oldjaï Khatoun et des aua tres princesses, pour élire un nouveau Khan. « Ahmed a voulu perdre Argoun; il faut « qu'Argoun parte avec l'avant-garde. » Tous se rangèrent à cet avis; Argoun et Boucaï partirent le ii juillet; les autres princes les 25 suivaient à la tête de trois corps.

Cependant Ahmed, arrivé le i3 à Schérouyaz, que les Mongols appelaient Councour Olang, avait fait piller l'Ordou de Boucaï, et aurait égorgé sa famille, si Sougoundjac Aca ne l'en eut empêché. Il repartit le lendemain, et arriva le mardi, 18 % juillet, à ses Ordous. Il alla embrasser sa mère et l'instruire de ce qui se passait; il avait l'intention de fuir vers le Derbend (i). Coutoui lui dit qu'il ferait mieux de rester dans son Ordou, et d'engager les généraux qui s'y trouvaient à le soutenir. Mais déjà les derniers événements étaient connus de tout le monde; chacun en raisonnait. Le lendemain Cara-Boucaï et Schingtour allèrent faire leur cour au sultan, et lui demandèrent pourquoi il était venu si à la hâte, sans troupes ni cortège. Ahmed leur répondit

(i) Raschid.

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