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l'une des veuves d'Abaca, prit la précaution de placer un corps d'armée dans le Diarbékr, pour empêcher la jonction des troupes de Bagdad avec celles qui étaient dans le Roum (i). Il chargea ensuite Alinac, gouverneur de la Géorgie, renommé pour sa bravoure, d'aller porter au prince Argoun l'ordre de se rendre au Couriltaï qui allait être assemblé. Alinac se laissa gagner par Argoun et lui prêta serment de fidèlité; à son retour auprès du sultan, il chercha à faire valoir les excuses alléguées par Argoun pour ne pas se rendre à la cour; mais le vézir Schems-ud-din était informé du pacte conclu entre le prince et le général. Ahmed voulant détruire, par une insigne faveur, l'effet des séductions ennemies, accorda à Alinac la main de sa fille Soultan-Coutchouc, et l'éleva, par un édit, au rang le plus élevé.

Peu de temps après, Argoun envoya Djouschi à la cour pour dire au sultan, que lorsque l'Ilkhan Abaca, sur l'accusation de Madjdul-mulk, s'était montré courroucé contre Schems-ud-din, ce vézir s'était engagé par écrit à livrer, dès qu'il en recevrait l'ordre,

(i) Raschid.

tout ce qu'il possédait, en espèces, en effets, en terres, comme appartenant de droit à son maître; en conséquence, Argoun priait son oncle de lui envoyer le vézir avec Djouschi, afin qu'il pût l'interroger et terminer cette affaire. « Il a, disait-il, long-temps administré « les Etats de mon bon père, et jamais il n'a « rendu compte des recettes et des dépenses; « il doit aussi s'expliquer là-dessus. » Ce n'était pas seulement aux biens du vézir qu'en voulait Argoun; mais, dès la mort de son père, le bruit s'était répandu que le vézir, pour sauver Alaï-ud-din des poursuites acharnées de Madjd-ul-mulk, et se garantir lui-même des nouvelles attaques qu'il prévoyait de la part de cet ennemi de sa famille, lorsqu'il en aurait fini avec son frère, avait gagné quelques officiers de la maison d'Abaca pour empoisonner ce prince, et la mort de Mangou-Timour, qui suivit de près celle de son frère, attribuée de même au vézir, avait paru confirmer ces rumeurs publiques. Argoun en avait conçu des soupçons qui aigrirent ses autres motifs de mécontentement contre Schems-ud-din; mais le sultan lui manda que le vézir ne pouvait pas s'absenter sans que les affaires de l'administration générale en souffrissent, d'autant plus qu'il n'y avait personne dans le Di

van royal qui pût le suppléer, et Djouschi s'en retourna avec cette réponse (i).

Au printemps, Argoun partit pour l'Irac Adjém. Il fit donner la bastonnade au préfet de la ville de Raï, qui fut conduit à la cour d'Ahmed, monté sur un âne. Ayant besoin d'argent pour augmenter les forces avec lesquelles il voulait tenir tête à son oncle, il s'en procurait par toutes les voies possibles. On lui dit que le vézir du Khorassan, Vedjihud-din Zengui, s'était considérablement enrichi, pendant sa longue administration des finances de cette province; rapport qui était inexact. Argoun le fit arrêter, et ses commissaires parvinrent à arracher de ce financier la somme de cinq cents toumans. Argoun lui témoigna sa satisfaction par le don d'une robe d'honneur, et lui laissa l'administration du Khorassan. Ce prince insista sur la demande que le vézir lui fut envoyé. Les deux princes s'animaient et tout annonçait une guerre civile (2).

Peu content d'avoir conservé le Khorassan, que son père lui avait donné en apanage, Argoun fit demander au sultan la cession des

(i) Vassaf, 1. c. (2) Raschid.

domaines royaux dans l'Irac et le Fars, lui mandant: « Puisque vous possédez, en vertu « de vos droits et des suffrages unanimes, le « trône de mon bon père, il me faut un « territoire qui puisse fournir à l'entretien « des troupes que je commande. Si vous m'ac« cordez les provinces qui appartiennent main« tenant au domaine privé (i), la meilleure « intelligence règnera entre nous; si non, ce « but désiré ne sera pas atteint. » — Le sultan répondit: « Par un effet de notre affection et « de notre sollicitude à son égard, nous lui « confirmons la possession du Khorassan, son « apanage. S'il désire que nous y joignions « une autre province, qu'il vienne au Cou« riltaï; après avoir conféré avec lui, nous « ne lui refuserons pas nos faveurs; mais s'il « persiste dans sa désobéissance, nous ferons « marcher contre lui (2). »

Ahmed avait reçu des mains de ses ambassadeurs la réponse du sultan Kélavoun. D'Alatac, où il se rendit vers l'été de l'année 1283, 682. il fit partir pour l'Egypte le scheïkh Abd-ur

(1) La plupart des districts de l'Irac et du Fars appartenaient alors au domaine privé. (2) Vassaf, 1. c.

rahman, afin de conclure la paix avec cette puissance.

Il avait mandé au prince Coungcourataï de venir le trouver, sous le prétexte d'un Couriltaï. Ce prince se rendit à Alatac, et à son arrivée, il envoya en présent des raretés du Roum au prince Argoun, qui en retour lui

-, fit remettre deux colliers de guépards. L'in

time liaison qui s'était formée entre ces deux princes, avait déjà excité les soupçons d'Ahmed; il reçut alors l'avis que Coungcourataï était convenu avec Argoun de se saisir de la personne du sultan, le jour d'un festin, et qu'il avait gagné plusieurs chefs de l'armée. Ce complot lui fut révélé par l'un des conjurés. Le matin du jour fixé pour son exécu

27 sch. tion, c'était le 18 janvier 1284, le général Alinac arrêta Coungcourataï, qui fut mis à mort; on lui cassa l'épine du dos. Ses complices ayant avoué leur projet, dans les tourments de la torture, furent, six jours après, également exécutés. En même temps les chefs des troupes cantonnées dans le Diarbékr reçurent l'ordre d'arrêter les officiers et les intendants d'Argoun, dans la province de Bagdad (i). Les généraux Togatchar, Tchaogour,

(i) Raschid.

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