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CHAPITRE m.

Attaques dirigées contre le vézir Schems-ud-din. — Poursuites contre son frère Alaï-ud-din. — Entreprise des Égyptiens sur Cal'at-ur-Roum. — Invasions des Nigoudariens dans le Fars. — Détrônement du sultan Sa'ïd. — Élection de Sélamisch. — Élévation au trône de Kélavoun. — Entreprise de Soncor le roux. — Invasion des Mongols en Syrie et sac d'Alep. — Soumission de l'émir Soncor le roux. — Nouvelle invasion des Mongols en Syrie. — Bataille de Himss. — Déroute des Mongols. — Irruption de troupes turcmanes et curdes en Cilicie. — Rigueurs contre Alaï-uddin. — Mort d'Abaca. — Mort de Mangou-timour.— Mort de Nassir-ud-din de Thouss. — Relations entre Abaca et la chrétienté.

Le crédit du vézir Schems-ud-din commençait à décliner par l'effet des intrigues d'un certain Madjd-ul-mulk, fils de Safi-ulmulk, ancien vézir des Atabeys de Yezd. D'abord attaché au Khodja Bahaï-ud-din, gouverneur d'Isfahan, il passa sous les ordres de son père le vézir Schems-ud-din, qui le chargea de plusieurs commissions importantes, entre autres, de faire le dénombrement des habitants de la Géorgie. Toutefois ce vézir ne put jamais lui accorder sa confiance, et bientôt il le négligea. Madjd-ulmulk eut recours à Bahaï-ud-din, et par sa recommendation obtint du vézir une commission dans le Roum; à son retour, il resta encore quelque temps auprès de ce ministre, et ce fut alors qu'il forma le projet de le perdre (i). Il avait accès auprès de quelques seigneurs mongols; il s'étudia à capter leur bienveillance (a). Un jour, il alla annoncer à Yessou-Boca Kourkan, que Madjd-ud-din Ethir, le substitut d'Alaï-ud-din, frère du vézir, entretenait, au nom des deux frères, des intelligences avec les Égyptiens, et qu'ils méditaient de leur livrer Bagdad. Abaca, informé par Yessou-Boca de cette dénonciation, fit arrêter et interroger Ethir; mais quoiqu'on appliquât à cet accusé près de cinq cents coups de bâton, on ne put pas en arracher un aveu. Espérant désarmer un ennemi dangereux, le vézir fit nommer Madjd-ul-mulk gouverneur de Sivas, et lui donna un balisch d'or, ainsi qu'une assignation de dix mille dinars sur

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les revenus du Roum; mais, implacable dans sa haine contre les deux frères, le vézir et le gouverneur de Bagdad, il s'appliquait à gagner de plus en plus la confiance de Yessou-Boca, épiant une occasion favorable pour porter les grands coups.

Abaca était parti de Tébriz pour le Khorassan> au mois de mars de l'année i279. Son fils Argoun étant venu le trouver à Cazvin, Madjd-ul-mulk parvint à se faire introduire auprès de ce jeune prince par l'un des officiers de sa cour. « Il y a un an, lui dit-il, « que je cherche à donner un avis important « au monarque; mais toutes les fois que je « me suis adressé aux seigneurs de la cour, « le vézir, qui en a été instruit, a su leur « fermer la bouche avec l'or même qu'il « dérobe à son maître. S'ils vendent les in« térêts de leur souverain, vous ne vendrez « pas les vôtres. Je viens donc vous instruire « que Schems-ud-din, non content d'avoir « acquis d'immenses richesses aux dépens « du trésor, joint à sa cupidité la plus noire « ingratitude. Il est d'intelligence avec le « sultan d'Egypte; c'est lui qui a engagé le « Pervané à appeler Boundoucdar; c'est lui « qui a causé la perte de tant de braves sol« dats. Son frère Alaï-ud-din s'est rendu ab

« solu dans la province de Bagdad. Il s'est « fait faire une couronne garnie de pierreries, « qui est digne d'un souverain. Enfin si l'em« pereur l'ordonne, je prouverai que le vézir « s'est acheté pour quatre cent toumans de « propriétés, et qu'il possède en outre deux « mille toumans en espèces, en bijoux et en « bétail; et si tous les trésors du souverain, « non compris ce qui a été emporté de Bagdad « et des châteaux des Ismaïliyens, s'élèvent à la « valeur de plus de mille toumans d'or, je « veux perdre la tête comme un criminel. « C'est parce que le vézir sait que je suis « bien instruit de toutes ces circonstances, « qu'il a voulu me fermer la bouche, par « une somme d'argent et le gouvernement « de Sivas. »

Argoun rapporta ces paroles à son père, qui lui recommanda le secret, voulant prendre ses mesures avec précaution. Pendant le séjour que fit Abaca à Schérouyaz (i), dans le printemps de cette année, Madjd-ul-mulk parvint, par le moyen du général Togatchar,

(i) C'est un canton dans le nord de l'Irac-Adjém, entre Zendjan et Ebher, qui a de belles prairies, et où fut bâtie, dans la suite, la ville de Solttaniyé.

et de son intendant, Sadr-ud-din de Zindjan, ennemis secrets du vézir, à obtenir une audience de ce prince, qui le reçut au bain (i). Madjd-ul-mulk s'exprimait avec facilité, et avait les manières élégantes d'un courtisan. Il adressa au Khan les mêmes discours qu'il avait tenus à son fils. Il soutint que Schemsud-din, depuis qu'il était ministre, n'avait jamais rendu un compte fidèle des revenus du royaume, et qu'il regardait l'empire comme son propre domaine; que son frère Bahaï-uddin, depuis qu'il administrait l'Yrac, avait levé dans cette province, outre le montant des impositions fiscales, la somme de six cent toumans, dont il n'avait pas employé un dinar aux dépenses publiques, ni aux besoins des troupes.

Ces accusations agirent vivement sur l'esprit d'Abaca. Il traita Madjd-ul-mulk avec beaucoup de bonté; il lui fit même l'honneur de lui présenter une coupe et de le faire revêtir d'une de ses robes. Aux questions que le prince lui adressa sur des matières d'administration générale, Madjd-ul-mulk répondit d'une manière si satisfaisante qu'Abaca

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