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Égyptiens, il y en eut cependant un grand nombre qui devinrent les victimes de la cupidité du soldat, et furent tués, ou pillés ou réduits en captivité. Mais Abaca , instruit de ces infractions à ses défenses expresses, fit munir un prêtre et un moine d'une ordonnance qui les autorisait à parcourir son camp et à délivrer les Chrétiens captifs du pays de Roum (i).

Abaca laissa dans ce royaume, une armée sous les ordres de son frère Coungcourataï, et retourna à Alatac. On rapporte que lorsqu'il passa près du château de Baïbourt, un Scheïkh lui demanda la permission de lui parler librement, et l'ayant obtenue, lui dit: « Seigneur, votre ennemi est « entré dans votre pays, et n'a pas fait de « mal à vos sujets; il n'a pas répandu une « palette de leur sang; vous avez marché « contre cet ennemi, vous l'avez suivi dans « sa retraite, et parce qu'il vous a échap« pé, vous avez tué vos propres sujets, ra« vagé et ruiné leur pays; et quel Khan « parmi vos prédécesseurs a agi de la sor« te? » On ajoute que ces paroles firent une

(i) Bar Hebraeus, p. 557.

vive impression sur l'esprit d'Abaca; qu'il s'emporta contre les généraux qui l'avaient si mal conseillé, et ordonna de relâcher tous les captifs musulmans, qui étaient au nombre de quatre cent mille (i).

Dès qu'il fut de retour à sa résidence d'Alatac, il fit traduire le Pervané devant un conseil de généraux, qui le jugèrent coupable sur trois chefs; il avait fui devant l'ennemi; il avait trop tardé à instruire Abaca de l'invasion des Egyptiens, et après la défaite d'Aboulistin, il ne s'était pas rendu tout de suite auprès de ce prince. Il fut arrêté. Quelque temps après ceux qu'Abaca avait envoyés en Egypte avec un message menaçant, étant revenus, rapportèrent à ce souverain, qu'on les avait assurés au Caire que l'expédition dans le Roum n'avait été entreprise qu'à l'invitation du Pervané, qui avait ensuite trompé le sultan Beïbars, en fuyant à son approche, au lieu de lui livrer le royaume. Alors le Pervané fut condamné à mort, et exécuté à 'Alatac le a3 juillet 1378 (2). Mo'yin-ud-dia

(1) Novaïri.

(2) Raschid. — Selon Novaïri, Abaca s'était décidé à le renvoyer dans le Roum, lorsque les veuves des mili

Soleïman était originaire du Deïlem, d'où son père, Mohazzab-ud-din Ali, était venu, jeune encore, chercher fortune dans le Roum.

taires mongols qui avaient péri à Aboulistin, s'assemblèrent devant la demeure royale et se répandirent en pleurs et en gémissements. Abaca en demanda la cause; on lui dit que ces femmes ayant appris que le Khan avait l'intention de rendre la liberté au Pervané, pleuraient sur les mânes de leurs maris qui ne seraient pas vengés. Alors Abaca résolut sa mort; il ordonna à l'un de ses officiers nommé Gueukdji Bahadour de conduire le Pervané dans un lieu qu'il lui indiqua, et de lui ôter la vie. L'officier dit au Pervané que le Khan voulait monter à cheval et avait ordonné que le ministre et les personnes de sa suite l'accompagnassent. Le Pervané partit avec trente-deux de ses gens, et Gueukdji Bahadour, suivi de deux cents cavaliers, le mena au lieu fixé où il le fit entourer. Le Pervané connut alors le sort qui lui était réservé; il demanda un instant de répit, qu'il employa à faire un Namaz de deux rék'ats, et lorsqu'il eut fini sa prière, il reçut la mort. Avec lui furent tués tous ceux qui l'accompagnaient. — « A l'égard du traître Perce vané, dit Haïton (Hist. on, chap. 34) > Abaca le fit « couper par le milieu du corps, suivant la coutume des « Tartares, et ordonna que dans tous les mets qu'on lui « servirait, on mit de la chair de Pervané, dont il « mangea lui et les principaux de son armée! » — Selon Macrizi (ire partie), Mo'yin-ud-din Soleïman était un homme courageux, prudent, généreux et instruit, mais rusé et artificieux.

Protégé par Sa'd-ud-din, ministre des finances du sultan Alaï-ud-din Keï Cobad, qui lui donna sa fille en mariage, cet Ali fut élevé, après la mort de son bienfaiteur, à la dignité de vézir, et fraya la route des honneurs à son fils Soleïman, qui gouverna le Roum avec un pouvoir absolu sous le règne du sultan Keï-Khosrou, fils de Keï-Cobad (i).

Une quinzaine de jours après l'exécution du Pervané, le vézir Schems-ud-din partit pour le Roum. Il parvint à rétablir l'ordre

(i) Novaïri. —Le sultan Rokn-ud-din Kelidj Arslan avait affermé au vézir Mo'yin-ud-din Soleïman la ville de Sinop , en récompense de ce qu'il en avait fait la conquête, lui permettant de transmettre ce fief à son fils. En effet, après l'exécution de Soleïman, son fils Mo'yin-ud-din Mohammed lui succéda, et à sa mort qui eut lieu en 1297 (696), il le laissa en héritage à son fils Mohazzabiid-din Mass'oud. Ce dernier s'empara de Djanik et de Samssoun. En 1299 (698), il arriva à Sinop deux navires européens avec des marchandises; un jour, les Francs qui les montaient fondirent à l'improviste sur le palais du Bey, le firent prisonnier, le transportèrent à bord et le conduisirent en Europe. Il se racheta pour neuf yuk aktc/tcs (neuf cent'mille aspres), et revint dans son pays, où il mourut en i3oo (700). Alors le territoire de Sinop passa au pouvoir des Beys de Casttamouni. — (Tarikh Monédjim-Baschi, t. II).

dans ce royaume, et revint à la cour par le Derbend, le mont Al-Bourz et le pays des Lekzes, après avoir soumis, par sa sagesse, à l'autorité d'Abaca ce peuple montagnard, qui, ajoute l'historien Raschid, n'avait jamais reconnu de maître.

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