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Caïdou avec les deux fils d'Algou (i). Ces princes se mirent à piller et ravager la Transoxiane, qui commençait à refleurir par les soins de Mass'oud-Bey, et livrèrent plusieurs combats aux troupes de Caïdou, dans lesquels ils furent toujours vaincus. Attentif à ces troubles, le vézir Schems-ud-din exposa à Abaca que la Transoxiane étant une pomme de discorde entre les descendants de Tchagataï et le petit-fils d'Ogotaï, et faisant toujours éclore, dans la tête de celui qui en était le maître, des projets d'ambition sur le Khorassan, il fallait ruiner ce pays, pour en écarter les compétiteurs. Docile à ce conseil, Abaca fit marcher sur Bokhara un corps d'armée commandé par Nikbey Bahadour, Tchardou et Akbey Turcman, et envoya dans le Khorazm un second corps, sous la conduite de Youssouf et de Cargadaï, fils de Tchintimour, de Tchourgadayi et d'Ila-bouca. Ces chefs reçurent l'ordre de dévaster les deux contrées. Les fils de Tchintimour saccagèrent Korkandj, capitale du Khorazm, Kbiva et Caracousch. Apprenant la marche des troupes d'Abaca, Mass'oud-Bey prit la fuite; la plupart des habitants de Bokhara et de Samar

(1) Tchouya et Cayan.

cand émigrèrent. Nikbey entra dans Bokhara 7 redj. le 29 janvier 1273, et ses troupes, au nombre de dix mille hommes, n'y firent, pendant sept jours, que tuer, piller et brûler (i). Elles incendièrent le collège fondé par Mass'oud-Bey, où l'on comptait environ mille étudiants. Lorsqu'elles eurent fini de piller et d'égorger, elles chassèrent devant elles, vers le Djihoun, cinquante mille captifs des deux sexes. Mais les deux fils d'Algou, Tchouba et Cayan, les suivirent et reprirent près de la moitié de ces infortunés, qu'ils ramenèrent à Bokhara. Trois ans après cette invasion, Tchouba et Cayan saccagèrent eux-mêmes Bokhara. Ils arrachèrent par les tortures à ce qui restait d'habitants, jusqu'à leur dernier dinar et leur dernière mesure de grains. Ce pays resta désert pendant sept ans; enfin Mass'oud-Bey prit à tâche de le relever; il réunit les habitants dispersés, et par ses soins la Transoxiane put se rétablir (2).

(1) « On dirait, observe ici Vassaf, que cet événe« ment était la réponse à la raillerie de Mass'oud-Bey, « lorsqu'il rencontra le vézir. »

(2) Vassaf, t. I. — « La Transoxiane, ajoute cet histo- « rien, prospère maintenant (au commencement du qua« lorzième siècle), sous la domination de Caïdou, souve« rain juste et humain. »

L'impétueux Beïbars poursuivait avec succès, depuis plusieurs années, l'exécution de son dessein d'enlever aux Croisés toutes les places qu'ils possédaient encore en Syrie. Ils s'était emparé, dans l'année 1268, de la principauté d'Antioche, qui appartenait à Bohémond, comte de Tripoli. Les habitants de la ville d'Antioche, prise de vive force et ruinée, avaient été tués ou réduits à l'esclavage; d'autres districts en la possession des Croisés, mis à feu et à sang. La malheureuse issue de l'expédition de St. Louis contre Tunis rassurait Beïbars du côté de la chrétienté, et lui permettait de travailler, sans inquiétude, à l'expulsion totale des Croisés, qui ne cessaient d'exciter les Mongols à attaquer la puissance égyptienne.

Réduits à la dernière extrémité les Chrétiens de Syrie sollicitaient vivement Abaca de faire une diversion en leur faveur (i). Par l'ordre de ce prince, une armée composée de dix mille cavaliers mongols, sous les ordres du général Samagar, chef des troupes mongoles dans le Roum, et d'un corps de Turcs du Roum, commandé par le Pervané ou premier ministre du sultan de l'Asie mineure, fit dans

(i) Marin Sanut, lib. III, pars XXII, cap. XI.

670. l'année 1271, une invasion en Syrie. Son avant-garde, de quinze cents Mongols, commandée par Amal, fils de Baïdjou, entra dans la province d'Alep, par la route d'Aïntab, surprit et passa au fil de l'épée une tribu de Turcmans, campés entre Harem et Antioche. Les Mongols purent aisément ravager les cantons de Harem et d'El-Muroudj; la garnison d'Alep s'était retirée sur Hamat; l'alarme se répandit jusqu'à Damas, dont beaucoup d'habitants partirent pour l'Egypte. Sur le premier avis de l'invasion des Mongols, le sultan qui était à Damas, avait expédié, i8rb.-i. le 24 octobre, un officier au Caire, avec l'ordre au général Beïsseri de partir avec trois mille cavaliers. L'officier arriva au Caire dans la soirée du 26, et le 27 au matin, ce corps se mit en marche. Il arriva à Damas le 9 novembre. Le sultan en partit trois jours après, se dirigeant sur Alep; mais il ne put atteindre les Mongols, qui, avertis de sa marche, avaient déjà évacué la Syrie. Beïbars détacha un corps de troupes vers Mer'asch; un autre à Harran. Cette dernière ville ouvrit ses portes aux Egyptiens, qui ne jugèrent cependant pas à propos de l'occuper. Après leur départ la crainte de la vengeance mongole détermina ses principaux habitants à la quitter; ils se retirèrent dans différentes villes de Syrie. En effet, un corps mongol vint occuper Harran, le 26 avril 1272, rasa ses murailles, détruisit 25 ranu la plupart de ses édifices, et emmena le reste de la population de cette grande ville, qui fut ainsi ruinée. Lorsque les Mongols étaient entrés en Syrie, les Croisés avaient fait, de concert avec eux, une incursion dans le pays de Cacoun, mais avaient été repoussés. Le sultan reçut à Damas, dans le mois de mars, des envoyés du général Samagar et du Pervané, qui lui remirent une lettre exprimant, au nom d'Abaca, le désir de la paix et la demande que le sultan voulût envoyer des négociateurs. Beïbars fit partir avec ces ambassadeurs deux de ses officiers, au milieu du mois de mai. Ils trouvèrent Samagar dans la province de Sivas et lui offrirent les présents dont ils étaient chargés pour ce général, savoir neuf arcs et neuf masses d'armes, s'excusant de n'en avoir pas apporté davantage, sur ce qu'ils avaient couru à franc étrier. Le lendemain, ils furent reçus par le Pervané, et lui remirent secrètement des étoffes superbes de la part de Beïbars. Ils se rendirent avec ce premier ministre à la cour d'Abaca. Après lui avoir

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