Imatges de pàgina
PDF
EPUB

bout de deux heures, elle vit tout-à-coup une vaste plaine couverte de guerriers. Borac consterné rangea son armée en bataille sur le bord de la rivière de Hérat.

A l'apparition de l'ennemi Abaca appela ses généraux et les exhorta à faire leur devoir. « J'ai attiré, leur dit-il, Borac dans le piége; « c'est à vous maintenant de signaler votre « valeur. Songez que vous allez combattre « pour l'honneur et la vie, pour vos fem« mes et vos enfants, pour votre souverain « dont les ancêtres vous ont comblés de bien« faits. Soyez unis, et avec l'aide de Dieu la « victoire est à nous. » Les généraux lui répondirent par une acclamation et se rendirent à leurs postes.

Abaca donna le commandement de l'aile droite à son frère Boutchin, auprès duquel il plaça le noyan Samagar; celui de l'aile gauche, au prince Yschmout, qui avait sous lui les généraux Sounataï, Mingtour noyan, Bouroultaï, Abd-oullah Aca et Argoun Aca. Ce dernier avait dans sa division les troupes du Kerman et du Fars, commandées par le sultan Hadjadj et l'Atabey Youssoufschah. Le noyan Abataï conduisait le centre.

Dès le commencement de l'action, le géné- ral Mourgaoul, combattant avec valeur, tomba

percé d'une flèche. Craignant que sa mort ne décourageât les troupes, Djélaïrtaï demanda à Borac la permission de charger l'ennemi. Il fond sur l'aile gauche, la rompt, la met en déroute et la poursuit, avec un grand carnage, jusqu'à Pouschenk, à quatre lieues de Hérat. Cependant le centre et l'aile droite d'Abaca tenaient ferme. Ce prince ordonne à Yschmout de passer à la gauche pour rallier les fuyards. Dans l'ardeur de la poursuite, les escadrons du corps d'armée de Djélaïrtaï, s'étaient mis en désordre; ce général ne put jamais les former en bataille; lorsqu'il revint il se trouva coupé, et fut obligé de prendre la fuite. Mais la victoire n'en penchait pas moins du côté de Borac. Voyant les troupes d'Abaca repoussées, le noyan Sounataï, général âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, descendit de cheval et s'assit sur un tabouret au milieu du champ de bataille. « C'est le jour, dit-il aux office ciers qui l'entouraient, c'est le jour de re« connaître ce que nous devons à Abaca. La « victoire ou la mort. » Les troupes reviennent à la charge; elles font des prodiges de valeur; au troisième choc, elles rompent la ligne de Borac et mettent son armée en fuite. Entraîné dans la déroute générale, ce prince tomba de cheval. Il criait aux officiers qui passaient

près de lui, dans leur fuite: « Je suis Borac, « votre souverain; donnez moi un cheval. » La peur les rendait sourds à sa voix; enfin un cavalier qui le reconnut, lui donna son cheval et lui demanda quelques flèches, que Borac lui jeta, en partant comme un éclair. L'armée d'Abaca poursuivit les fuyards, ne donnant pas de quartier. Ils auraient presque tous péri, sans le courage et la présence d'esprit de Djélaïrtaï, qui les rallia et les poussa dans le désert d'Amou, protégeant leur retraite à la tête d'un corps de troupes, qui faisait volte face pour combattre et arrêter l'ennemi, lorsqu'il les serrait de trop près. Ce général sauva par cette manœuvre les débris de l'armée, qui purent repasser le Djihoun. Des soldats s'étaient réfugiés dans un Keoschk; Abaca y fit mettre le feu et tous périrent dans les flammes (i).

Borac arriva avec cinq mille hommes à Bokhara. Atteint de paralysie, par suite de sa chute de cheval, il était conduit en litière. De retour à Bokhara, il se fit mahométan, et prit le titre de Soltan Ghiath-ud-din. Plusieurs des princes et des généraux qui l'avaient

[ocr errors]

suivi dans sa malheureuse expédition, en butte à sa mauvaise humeur, le quittèrent sous divers prétextes, et se rendirent dans leurs fiefs. Borac, en mandant à Caïdou l'issue de son entreprise, l'attribua à la défection des princes Tchabat et Kiptchac, laquelle avait découragé ses troupes, et lui demanda leur punition. Il se plaignit également de ceux qui venaient de le quitter. Caïdou lui répondit qu'il s'était attiré, par sa propre inconduite, ses revers et leur immitié; qu'il n'avait qu'à passer l'hiver à Bokhara, et que dans le prochain Couriltaï ses affaires seraient arrangées.

Borac réunit trente mille hommes à Bokhara, et après avoir pris tout l'argent qu'il put trouver, il partit avec cette armée pour châtier les princes qui lui avaient manqué pendant la campagne, et l'avaient abandonné à son retour. Il détacha deux corps de troupes, l'un contre Ahmed, petit-fils de Tchagataï, l'autre, contre Nikpeï, petit-fils d'Ogotaï. Ces deux princes furent tués; mais, peu après, Borac se vit abandonné de ses généraux qui allèrent avec leurs troupes joindre Caïdou. Ils se présentèrent devant ce prince, avec leurs armes suspendues à leur cou, lui demandant sa protection contre la tyrannie de Borac.

Caïdou les accueillit et leur assigna des cantonnements (i).

Lorsque Borac s'était mis en campagne pour ramener au devoir les princes qui lui avaient désobéi, il avait envoyé de Djah son frère Yessar à Caïdou, pour lui dire de sa part, que quoique malade, il se voyait obligé de marcher pour réduire à l'obéissance deux princes révoltés, et qu'il le priait de l'assister par un envoi de troupes. Quand Yessar se fut acquitté de son message, Caïdou lui demanda si, lorsqu'il avait été député vers Kiptchac, pour le ramener par la douceur au camp de Borac, près de Merv, il n'était pas suivi par Djélaïrtaï, chargé de l'y reconduire de force. Yessar le nia effrontément. Caïdou, qui savait le contraire, lui dit: «Vous « vous plaignez de la défection de vos parents; « vous ne devez vous en prendre qu'à votre « propre fausseté; tu viens implorer mon se« cours, et tu me réponds des mensonges. » A ces mots Yessar .resta interdit, Caïdou le fit arrêter. - ,•„'••. > i ,•, ,! t, noisii;,') •.!•'.-'

Ce prince voulait profiter de la faiblesse actuelle de Borac pour s'en défaire. Il par

[ocr errors]
« AnteriorContinua »