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joindre les provinces qu'il allait conquérir; car son camp retentissait de bravades; on n'y parlait que de meurtre et de pillage, d'aller à Bagdad et à Tébriz. Après ces belles promesses, Borac demanda brusquement au Mélik, la liste des plus riches habitants du Khorassan, et le congédia; mais il le fit accompagner de plusieurs commissaires mongols, chargés de lever dans le district de Hérat une contribution en argent, en armes et en bétail. Le prince persan fit exécuter les ordres de Borac, et apprenant la marche d'Abaca, il se retira dans son château de Khaïssar pour y attendre l'issue des événements.

Abaca était parti de l'Azerbaïdjan le 28 avril; c'était le temps de la moisson; il défendit sévèrement à ses troupes de toucher aux épis, « tant ce prince, ajoute Raschid, était juste.» Il fut joint à Schéroubaz, lieu que les Mongols appelaient Coungcour-oulang, par Mekabey, ambassadeur de l'empereur Coubilaï, qui avait été retenu par Borac, mais s'était évadé. Il put donner des renseignements sur la situation de l'armée ennemie. Abaca pressa sa marche. Son frère Boutchin, qui, après avoir été battu, près de Hérat, par l'avantgarde de Borac, s'était replié sur le Mazendéran, vint avec Argoun Aca, et Hadjadj, sul

tan du Kerman, le trouver dans le Coumiss. Abaca s'avança vers Thons, et encouragea ses troupes par des promesses et une distribution d'argent. Du Badghiss il envoya un officier à Borac pour lui proposer la paix, lui offrant la cession des provinces de Ghaznin et de Kerman. Borac tint conseil. Le prince Yassaour fut d'avis qu'il valait mieux accepter ces conditions avantageuses que se mesurer avec un souverain aussi puissant que l'était Abaca. A ces mots, Mourgaoul, le plus brave des généraux de Borac, dit vivement, qu'on ne devait ni tirer de mauvais augures, en la présence des souverains, ni se laisser dominer par la peur. « Où est Abaca, s'écria-t-il; n'est « il pas occupé en Syrie? C'est le prince Bout« chin et Argoun Aca qui ont fait courir le « bruit de son arrivée. —Nous sommes venus « pour combattre, dit à son tour Djélaïrtaï. « Si nous avions voulu la paix, nous serions « restés dans la Transoxiane. » Borac fut de l'avis de ses deux généraux et la bataille fut résolue. Il demanda à son astrologue si la position des astres lui était propice; celui-ci lui ayant conseillé d'attendre encore un mois, Djélaïrtaï, qui s'aperçut de l'impression de cette réponse sur l'esprit de Borac, dit, en bouillonnant de colère : « Eh que nous im« porte que les astres soient ou non propi« ces? Attendrons nous que l'ennemi vienne « nous égorger dans nos camps? » Il fut donc arrêté qu'on livrerait bataille, et l'on jugea à propos d'envoyer des espions pour savoir si Abaca était en personne à son armée.

Ce prince, qui se trouvait alors dans le Badghiss, irrité contre la ville de Hérat, avait donné l'ordre qu'elle fut livrée au pillage; mais on parvint à le fléchir. Le général Bourgour, chargé de trouver un champ de bataille , choisit une vaste plaine bordée par des monts que les Mongols appellent Carasouï. Il y arrêta trois individus qui lui parurent suspects. Abaca les fit attacher au pilier de sa tente, et ils furent interrogés avec de terribles menaces. Ils avouèrent que Borac les avait envoyés pour tâcher de découvrir si en effet Abaca était à son armée. Ce prince conçut alors l'idée de tromper son ennemi par le moyen de ses espions mêmes. Il sort de sa tente, pour donner ses instructions à l'un de ses gens, puis il se met à boire avec ses généraux.

Il s'était passé deux heures de la nuit; le banquet durait encore et Abaca s'entretenait de Borac, lorsque l'officier auquel il avait fait la leçon, annoncé comme un courrier,

entre tout essouflé, couvert de ses armes, et après avoir baisé la terre, dit: « Seigneur, « votre royaume est inondé de troupes en« nemies; une armée innombrable, descendue « du Derbend, a mis toutes vos provinces « occidentales à feu et à sang; elle a enlevé « vos Ordous et les familles de vos géné« raux. Tout est perdu, seigneur, si vous ne « retournez au plus vite. » A. cette nouvelle, les généraux consternés, se désespèrent sur le sort de leurs femmes et de leurs enfants. Abaca se reproche d'avoir abandonné ses Ordous au pouvoir de l'ennemi, pour sauver la province de Hérat. Il veut partir, dans la nuit même, pour repousser l'ennemi , sauf à revenir contre Borac, dès qu'il sera délivré d'un danger plus pressant. Il calcule que dans dix jours il pourra être à Tébriz. Aussitôt on sonne les tymbales, et l'armée se met en marche pour le Mazendéran, abandonnant son camp et ses bagages. Au moment de partir Abaca ordonne à un de ses officiers de faire mourir les trois espions; mais il lui dit tout bas d'en laisser échapper un. Le lendemain il s'arrête dans la plaine de Djiné, choisie pour champ de bataille, et mande au cadhy de Hérat, de ne pas ouvrir les portes de la ville à Borac.

Cependant l'espion qu'on avait relâché, sautant sur le premier cheval qu'il rencontre, s'éloigne à toute bride, ne se sentant pas d'aise, et court annoncer à Borac cette joyeuse nouvelle; il lui raconte, d'une manière facétieuse , la fuite soudaine de l'ennemi; il dit que la plaine est couverte de tentes et de bagages. Mourgaoul et Djélaïrtaï accourent féliciter leur maître. On s'aborde, on s'annonce cet heureux événement. Le lendemain matin, toute l'armée se mit en marche. Lorsqu'elle fut près de Hérat, Mass'oud-Bey partit en avant, et surpris d'en voir les portes fermées, il fait appeler le cadhy Schems-uddin. Ce gouverneur lui crie, du haut de la muraille, qu'en partant, Abaca lui avait confié la défense de la ville, et qu'il avait juré de ne pas la rendre. Mass'oud-Bey s'en retourne, après avoir fait de vaines menaces, et Borac ne veut pas s'arrêter pour le moment à assiéger cette ville.

Après avoir passé la rivière de Hérat, l'armée de Borac aperçut avec joie le camp abandonné de l'ennemi, et se livra au pillage. Lorsqu'elle fut rassasiée de butin, elle s'arrêta au midi de la ville de Hérat, et passa le reste du jour dans l'allégresse et la débauche. Le lendemain elle continua sa marche j au

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