Imatges de pàgina
PDF
EPUB

de son fils Bey-timour, qu'il chargea de commander dans ses domaines en son absence, il passa le Djihoun, sur un pont de bateaux, et posa son camp près de Merv.

Il y avait dans l'armée d'Abaca un chef de mille, nommé Sitchektou, qui apprenant que le prince Kiptchac, son ancien maître, était avec Borac, alla se ranger sous ses drapeaux, et lui fit hommage de plusieurs beaux coursiers. Kiptchac lui dit d'offrir à Borac un semblable présent. Le lendemain, Kiptchac se trouvant au quartier de Borac, fut apostrophé par le généralissime Djélaïrtaï. « Appâte remmentjlui dit-il, que Borac est venu ici, « avec tant de milliers d'hommes, pour tes « intérêts. — Comment donc? lui demanda « Kiptchac. — Est-ce que Sitchektou, reprit « Djélaïrtaï, bien qu'il t'appartienne, serait venu « te joindre, sans l'invasion de Borac, dont la « fortune et la puissance l'ont attiré; et cepen« dant tu t'es fait amener cet officier; ses meil« leurs chevaux, ceux qui étaient dignes de « Borac, tu les a pris; et ceux qui étaient bons « pour toi, tu lui as ordonné d'en faire hommage « à Borac. — Qui est tu, lui demanda Kiptchac, « pour intervenir entre des princes du sang? — « Je suis le serviteur de Borac, et non le tien; « ce n'est pas à toi à me demander qui je « suis. — Quand un Caradjou a-t-il parlé de la « sorte à un descendant deTchinguiz-khan, pour « qu'un chien comme toi ose me repliquer! — « Si je suis un chien, je suis le chien de Borac « et non le tien. Respecte toi et reste à ta « place. » — « Tu me réponds insolemment, « s'écria Kiptchac en colère; je te couperai « par le milieu du corps. Borac, mon aîné, ne « m'en voudra pas. » Djélaïrtaï, portant la main à son poignard, lui dit : « Si tu avances, « je te fendrai le ventre. » Comme ils en étaient là et que Borac gardait encore le silence, Kiplchac comprit qu'il approuvait son adversaire; il sortit fort animé, retourna à ses quartiers, situés à deux lieues de ceux de Borac, et après avoir tenu conseil avec ses officiers, il décampa dans la nuit et se retira précipitamment vers le Djihoun, avec ses deux mille cavaliers; mais il laissa sa famille, persuadé que Borac ne lui ferait aucun mal. Ce fut sa femme qui donna à ce prince le premier avis de sa fuite. Borac mit ses troupes sous les armes, craignant une surprise de sa part, et au point du jour, il dépêcha après lui trois de ses frères, pour l'engager à revenir, ou du moins l'arrêter assez de temps pour que Djélaïrtaï, qu'il allait détacher avec trois mille hommes à sa pour

suite, pût l'atteindre et le ramener de force. Les trois princes atteignirent Kiptchak dès le lendemain. Ils coururent l'embrasser : « Bo« rac, lui dirent ils, est bien affligé de votre « départ; il ne croit pas vous avoir jamais of« fensé. Justement irrité contre Djélaïrtaï, « vous êtes parti sans attendre ce que dirait « Borac. Il se proposait de châtier, le lende« main, cet officier insolent. Il vous prie de « revenir et il le punira comme vous l'exige« rez. » — « Je ne suis pas un enfant, leur « répondit Kiptchac, pour me laisser prendre « à vos beaux discours. Je suis venu par l'or- « dre de Caïdou; je m'en retourne puisque « vous ne voulez pas de moi. J'ai laissé ma « famille, renvoyez la moi; sinon, j'enlèverai « les vôtres. » Les trois frères, voyant qu'ils ne pouvaient pas le persuader, lui proposèrent de boire un verre de leur vin, avant de se séparer. — « On boit du vin, leur dit Kip« tchac, lorsqu'on veut se réjouir; ce n'est « pas le moment; mais je vois bien qu'il vient « des troupes à ma poursuite, et que vous « ne voulez que me retenir. Repartez vite, « ou je vous emmène. » Les princes effrayés, craignant d'ailleurs que Djélaïrtaï ne vint à paraître, tandis qu'ils étaient au pouvoir de Kiptchac, prirent le parti de s'en retourner,

et Kiptchac, faisant diligence, entra dans le désert d'Amou. Djélaïrtaï, qui n'avait pas assez de vivres pour s'y enfoncer, rebroussa chemin, et Borac renvoya en paix la famille de Kiptchac. Caïdou fit valoir auprès d'Abaca cette défection de Kiptchac; dès-lors ces deux souverains devinrent amis et se donnèrent le nom d'Ortac.

Peu après, le prince Tchabat, petit-fils de Couyouc-khan, profita, pour prendre aussi la fuite, d'un voyage que Borac fit à Hérat. Ce dernier ne jugea pas à propos de le faire poursuivre; mais il se plaignit à Caïdou de la défection de ces deux princes et demanda leur punition. Tchabat s'étant arrêté quelques jours près de Bokhara, y fut attaqué par un prince, vassal de Borac, perdit presque tout son monde, et put à peine se sauver lui onzième , poursuivi l'espace de trente lieues. Il atteignit enfin la résidence de Caïdou, et y mourut des suites de la frayeur qu'il avait éprouvée.

Cependant Borac, après quelques combats avec les troupes du prince Boutchin, qui se retirèrent, occupa la plus grande partie du Khorassan. Sa cavallerie fut mise en cantonnement dans les meilleurs pâturages de cette province. Il défendit à ses soldats de

monter leurs chevaux, afin de les laisser engraisser. Ces militaires allaient et venaient montés sur des bœufs ou sur des ânes. L'abondance règnait dans l'armée. Borac prit ses 26^ora" quartiers à Talecan. Ses troupes entrèrent à a mai Nischabour et saccagèrent cette ville, qu'elles 1270. évacuèrent le lendemain. Borac voulait faire éprouver le même sort à Hérat; Coutlouctimour lui représenta qu'il s'aliénerait le prince Schems-ud-din Kert, et tous les Grands de la Perse. Nous avons vu que ce prince, à l'arrivée de Houlagou dans la Transoxiane, s'était empressé d'aller lui rendre hommage, et en avait reçu l'investiture des pays de Hérat, Sebzévar, Gour et Gardja. Il s'était emparé du Sidjistan; sa domination s'étendait jusqu'au Sind. Alors Borac chargea Coutlouc-timour d'aller, avec cinq cents hommes, chercher le prince Schems-ud-din, qui résidait dans le château de Khaïssar, à l'est de Hérat. Coutlouc-timour dit au prince persan, de la part de son maître, que Borac allait marcher sur l'Irac, et que si Schems-ud-din embrassait son parti avec zèle, il serait investi de l'autorité sur tout le Rhorassan. Le Mélik consentit à tout et partit avec Coutlouc-timour. Borac lui fit un accueil distingué, lui donna en fief tout le Khorassan, et lui promit d'y

« AnteriorContinua »