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treprendre contre l'Egypte; il se vit obligé de marcher, dans l'été de 1270, contre le prince 668. Borac qui venait de passer le Djihoun avec une armée formidable, pour faire la conquête du Khorassan.

On a vu (i) qu'en 116B, Borac avait été placé, par l'empereur Coubilaï, à la tête de l'Oulouss de son grand père Tchagataï, sous la condition qu'il attaquerait, de son côté, le prince Caïdou, qui, après la soumission de son allié Aric Bouca, refusait encore de reconnaître la suzeraineté de Coubilaï; mais Borac ne fut pas plutôt investi de l'autorité, qu'il s'empara du Turkustan, province régie par un gouverneur impérial; puis il se brouilla avec Caïdou, qu'il avait ménagé, malgré ses engagements envers l'empereur (2). Caïdou et Borac étaient convenus de se partager les habitants de Samarcand et de Bokhara, et de posséder, l'un et l'autre, des fabriques dans ces deux villes. Ils fixèrent les districts où les hordes soumises à Borac auraient leurs quartiers d'hiver et leurs quartiers d'été. Caïdou fit cantonner une division de ses troupes entre le territoire occupé par celles de Borac

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et la ville de Bokhara, pour empêcher que ce dernier n'y commît des exactions; mais comme il fut, peu après, obligé de retirer ces troupes pour faire face à une armée envoyée contre lui par Mangou-timour, successeur de Bercaï, Borac profita de l'occasion pour se rendre maître de Bokhara (i).

Caïdou fit la paix avec Mangou-timour, et la guerre à Borac. Ces deux princes se livrèrent bataille sur le bord du Sihoun. Caïdou fut vaincu. Ayant reçu de Mangou-timour un secours de cinquante mille hommes, il livra une seconde bataille à son ennemi, qui, cette fois, fut défait. Borac se retii a dans la Transoxiane, où il rallia les débris de son armée (2). Il fit alors signifier aux habitants de Samarcand et de Bokhara, que s'ils voulaient sauver leurs vies et préserver de la captivité leurs enfants, il fallait qu'ils sortissent de la ville, sans rien emporter, afin que ses troupes , qui avaient perdu leurs bagages, pussent la piller; ensuite elles l'évacueraient. Les habitants allèrent demander miséricorde, et obtinrent l'adoucissement de cet arrêt : Borac leur imposa une contribution en numéraire,

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,<jni fut employée à l'équipement de son armée. Par son ordre, les fabriques d'armes et d'instruments de guerre furent occupées nuit et jour. Il allait rentrer en campagne, lorsqu'il vit paraître le prince Kiptchac, envoyé en parlementaire par Caïdou. Ce dernier, alarmé de la résolution prise par Borac de ravager la Transoxiane, et hors d'état de la défendre, avait recours à des propositions de paix. Kiptchac, petit-fils d'Ogotaï (i), jadis lié avec Borac d'une étroite amitié, s'était offert d'aller lui porter un message pacifique. Borac lui fit un accueil distingué; il se leva, alla l'embrasser, le prit par la main et le fit asseoir auprès de lui (2). Ils burent ensemble, après avoir choqué leurs coupes, du sang où il y avait de l'or; ils échangèrent leurs vêtements et s'appelèrent anda (3). Ensuite Kiptchac, s'acquittant de son message, lui proposa la paix. « Il est vrai, lui répondit Borac, « que des cousins ne devraient pas être en« nemis, ni déchirer, par leurs querelles,

(i) II était fils de Cadan Ogoul, sixième fils d'Ogotaï (Raschid). (a) Raschid. (S) Vassaf, liv. I. Anda, c'est-à-dire ami juré.

« l'héritage que leurs aïeux leur ont conquis; « mais qui est l'auteur de cette guerre? De « tous les petits-fils de Tchinguiz-khan, je « suis le plus mal partagé. Les autres possè« dent des villes opulentes ou de gras pâtu« rages; je n'ai que ce territoire borné; en« core Caïdou et Mangou-timour s'unissent-ils « pour me le ravir. » Kiptchac dit qu'il fallait oublier le passé, et se réunir en Couriltaï, pour se jurer une alliance éternelle. Abattu de sa triste position, Borac consentit à tout, et Kiptchac le quitta au bout d'une semaine. Ces princes, naguère ennemis, se réunirent, au printemps de 1269, dans les prairies de Talas (i) et de Coundjouc. Ils passèrent en fêtes les sept premiers jours; le huitième, ils parlèrent d'affaires. On arrêta, dans ce Couriltaï, que Borac garderait les deux tiers de la Transoxiane; que le reste appartiendrait à Mangoutimour et à Caïdou, et comme Borac se plaignait de l'insuffisance de son territoire pour la subsistance de ses hordes, il fut convenu, qu'au printemps suivant, ce prince passerait le Djihoum, pour tenter la conquête du Kho

(1) La rivière de Talas et le lac de ce nom sont à l'est du fleuve Sihoun.

rassan, qui serait réuni à ses domaines. Caïdou, ennemi d'Abaca, avait applaudi à ce projet mis en avant par Borac, et ne demandant pas mieux que de le voir occupé du côté de l'ouest, il lui promit des troupes pour l'exécution de son dessein. Les princes, considérant, d'ailleurs, que la Transoxiane était ruinée, que les champs étaient en grande partie incultes, s'engagèrent à n'habiter que les steppes et les montagnes, à ne pas lâcher leur bétail dans les terres ensemencées, à ne pas approcher des villes, à n'exiger des habitants aucune taxe extraordinaire. Ils jurèrent d'observer fidèlement cette convention, et suivant l'usage, ils mirent de l'or dans la boisson qu'ils burent pour confirmer ce serment (i).

Mass'oud Bey fut chargé par les trois souverains alliés de parcourir la Transoxiane, afin d'y réparer les maux de la guerre, de réunir les habitants dispersés, de donner des encouragements à l'agriculture; mais Borac ne lui laissa pas le temps d'avancer l'exécution de cette œuvre bienfaisante. Il renouvella ses extorsions, pillant les habitants et enlevant

(i) C'est ce que les Mongols appelaient boire de l'or ou du sang d'or.

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