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son maître. Eïdémir, instruit de l'événement par Beïbars, lui prête serment de fidélité, et retourne au château du Caire, pour y introduire le nouveau souverain qui y arriva dans la nuit. La ville était décorée pour la réception de Couttouz; ses habitants étaient dans la joie de son retour et de sa victoire sur les Tatares. Ils furent étrangement surpris lorsqu'au point du jour ils entendirent les crieurs publics proclamer, en ces termes, le changement de règne: O peuple! Demandez la miséricorde divine pour l'ame du sultan El-Mozaffer (Couttouz) et priez pour votre sultan Ez Zahir Beïbars. Les Egyptiens furent consternés de cette révolution; car ils redoutaient la domination tyrannique des Mameloucs Bahriyens (1).

Beïbars (2) était né turc, de la tribu kip- tchaque des Alborlis. Il fut vendu à Damas pour la somme de huit cents drachmes; mais l'acquéreur s'étant aperçu qu'il avait une tache blanche à l'œil, résilia le marché; alors il fut acheté par l'émir Eïdékin El-Boundouc

(1) Novaïri. — Macrizi, El-Khittat, Biographie de Beïbars.

(2) Ce nom signifie , en turc, Bey léopard.

dari (i), et suivant l'usage des Mameloues, il ajouta à son nom celui de son patron ,. s'appelant Beïbars El-Boundoucdari. Le sultan éyoubite Salih ayant disgracié Eïdékin, en 1246, lui prit ses Mameloucs, et avança successivement Beïbars, qui finit par être l'un des principaux chefs des Mameloucs Bahriyens. Devenu sultan, il créa général son ancien patron Eïdékin, et lui conféra le gouvernement de Damas (2).

Houlagou avait donné l'investiture de la province de Damas au prince Nassir, et l'avait laissé partir de sa résidence avec trois cents cavaliers syriens pour en aller prendre possession, la veille même du jour où il reçut la nouvelle de la défaite de son armée à Aïn-Djalout. Alors un Syrien lui ayant insinué qu'il ne devait pas se fier à Nassir, que ce prince se joindrait certainement à Couttouz, Houlagou envoya après lui trois cents cavaliers mongols avec l'ordre de le

(1) Boundoucdar était le titre d'un officier de la maison du sultan, chargé de lui présenter la boule lorsqu'il jouait au mail.

(2) Sclufi, Fie de Beïbars. — Macrizi, El-Khittat, Biographie de Beïbars. — Ben ïagri-birdi.

tuer. Ils l'atteignirent dans les montagnes de Selmass et n'épargnèrent de sa suite que son astrologue, qui raconta quelque temps après à l'historien Bar Hebrœus les détails de cette exécution. « J'étais assis, dit-il, dans la tente « de mélik Nassir, qui m'avait mandé pour « me consulter sur son horoscope, lorsque « nous vîmes arriver, à l'heure de midi, un « officier supérieur mongol, suivi d'environ « cinquante cavaliers. Il dit à Nassir, qui était « sorti à sa rencontre, que Houlagou l'avait « envoyé pour lui donner un festin, comme « une marque ultérieure de sa bienveil- « lance, et l'engagea de le suivre avec les « princes qui l'accompagnaient. Nassir monta « à cheval et partit avec une vingtaine « de personnes. Peu après nous vîmes ar

« river à nos tentes des cavaliers mongols « qui nous dirent, que les autres officiers « de la suite du prince, civils et militai- « res, étaient conviés au festin, qu'il fallait « qu'ils s'y rendissent et qu'il ne restât au « lieu du campement que les valets, les « cuisiniers et les pâtres. Lorsque nous fu- « mes montés à cheval, ils nous menèrent « dans une vallée profonde, entourée de hauts « rochers, où nous trouvâmes les officiers mon« gols et leurs gens. Tandis que ceux-ci nous

« parlaient, des Mongols se placèrent der« rière nous, et chacun d'eux saisit un des « nôtres et le garotta. Alors je criai aux « officiers que j'étais astronome, que j'avais « examiné les cieux et que j'avais quelque « chose à communiquer au monarque. Ils « m'appelèrent, et me firent passer derrière « eux; les autres furent conduits un peu à « l'écart et tous égorgés. Le prince Nassir, « son frère, ses offiiciers eurent le même «i sort; ensuite les Mongols tuèrent les va« lets qui étaient restés près des tentes (i). » 12 sch. Avec Nassir furent tués, le 2o septembre,

(i) Bar Hebraeus, p. 535. — Id. édit. de Pocock, p. 35o. — Cet astrologue, nommé Mohayi-ed-din El-Magrébi ou l'Africain, fut mis par Houlagou à la disposition du célèbre Nassir-ud-din, qui l'employa à l'observatoire de Méraga. L'historien et prélat Bar Hebraeus le vit à Méraga, et entendit de sa bouche le récit qu'il nous a transmis. Raschid dit que les chefs mongols, ayant atteint le prince Nassir dans les montagnes de Selmas, lui firent faire halte, sous prétexte qu'ils avaient ordre de lui donner un festin, comme une nouvelle marque de faveur, et que lorsqu'ils l'eurent bien enivré, selon l'usage mongol, leur troupe arriva, et tua le prince avec les membres de sa famille, à l'exception de son fils A'ziz, et ses trois cents cavaliers syriens, n'épargnant qu'un seul individu parce qu'il était astrologue.

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son frère Zahir Gazi, le prince Salih, fils de Schircouh, et plusieurs autres princes de sa famille. On ne laissa la vie qu'au jeune A'ziz, fils de Nassir, pour lequel Docouz Khatoun avait intercédé (1).

On a vu que le prince de Carac Moguith avait envoyé à la cour de Houlagou, pour lui offrir sa soumission, son fils A'ziz. « Ce « prince qui n'avait que six ans m'a raconté, « dit l'historien Novaïri, que Houlagou, lors « qu'il lui fut présenté à Tébriz, lui ordonna « de s'asseoir, malgré son jeune âge. Il me « dit: Son épouse me demanda par interprète « si ma mère vivait. Je répondis: elle vit et « se trouve auprès de mon père. Demandez « lui, dit elle à l'interprète, s'il veut que je « le renvoyé à ses parents, ou s'il préfère de « rester auprès de moi. Je lui répondis « que cela ne dépendait pas de moi; que mon « père m'avait envoyé auprès du Khan, pour « le prier de lui accorder sûreté, à lui et « aux siens, et que j'étais à ses ordres. Alors « la princesse se leva et dit à Houlagou quelle « intercédait pour cet enfant. Houlagou lui

(i) Raschid. — Macrizi, partie ire.— Ben Tagri-birdi, partie 3*.

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