Imatges de pÓgina
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tué sur le champ. On dit même qu'il décocha le trait et abattit le cheval du sultan, qui dut monter sur celui d'un de ses officiers (i).

Le camp des Mongols, leurs femmes et leurs enfants tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Les préfets de Houlagou furent égorgés dans plusieurs villes. Ceux qui étaient à Damas purent se sauver (2). La nouvelle de la défaite y étant arrivée dans la nuit du samedi au dimanche 8 août, Ze´n-ul-Hafizzi, les commandants mongols et leurs partisans partirent incontinent; mais ils furent pillés par les habitants des campagnes. Les Mongols avaient occupé Damas pendant sept mois et dix jours.

Ce même dimanche le sultan adressa de Tibériade un rescrit à la ville de Damas, lui annonçant la victoire que Dieu lui avait accordée. Cette nouvelle y causa une joie d'autant plus vive que les Musulmans désespéraient de leur délivrance du joug des Mongols, jusqu'alors invincibles. Aussit˘t les habitants musulmans de cette ville coururent

(1) Macrizi.

(2) Raschid.

aux maisons des Chrétiens, les pillèrent, et les abîmèrent; des Chrétiens furent tués. On brûla les églises de St. Jacques et de Ste. Marie. Les Juifs eurent ensuite le même sort; leurs maisons et boutiques furent complètement pillées, et l'on dut employer la force armée pour empêcher le peuple d'incendier leurs habitations et leurs synagogues. Ce fut ensuite le tour des Musulmans qui s'etaient montrés les partisans et les agents des Mongols; ceux là furent massacrés. Couttouz arriva avec son armée devant Damas le mercredi n août, et y resta campé jusqu'au vendredi suivant qu'il entra dans cette ville. Il fit pendre plusieurs Musulmans qui s'étaient dévoués aux Mongols, entre autres Housseïn le Curde, hallebardier du prince Nassir, qui avait trahi son maître. Il fit pendre aussi une trentaine de Chrétiens et imposa à la population chrétienne de Damas une contribution de cent cinquante mille drachmes.

Le général Beïbars, envoyé à la poursuite des débris de l'armée mongole, s'était avancé jusqu'au territoire de Hamat. Les fuyards et leurs femmes se voyant près d'être atteints, abandonnèrent leurs bagages, relâchèrent leurs prisonniers, et se jetèrent vers la côte maritime, où ils furent pris ou tués en délait par les habitants musulmans (i). Le noyan Ilga, hors d'état de tenir tête aux Égyptiens, se retira dans le Roum avec ce qui restait de Mongols (2). Couttouz, maître alors de toute la Syrie jusqu'à l'Euphrate, en distribua les fiefs militaires aux officiers des Mameloucs Salihiyens et Moïzziyens (3), ainsi qu'à ses propres créatures. Il donna le gouvernement de Damas à l'émir Sindjar; celui d'Alep, à Mozaffer (4), prince de Sindjar, fils du prince de Moussoul, Bedr-ud-din Loulou. Le prince Manssour fut confirmé dans la possession de Hamat. Aschraf, prince de Himss, lieutenant général de Houlagou en Syrie, fit demander sa grâce au sultan, qui la lui accorda, et lui laissa sa principauté (5).

Après avoir nommé ses lieutenants en Syrie , Couttouz partit de Damas, le mardi 5 26 schw. octobre, pour retourner en Egypte. Il suivait son armée. Le général Be´bars, qui

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avait fait des prodiges de valeur dans la bataille, lui avait demandé à Damas le gouvernement d'Alep et ne l'avait point obtenu; il en conçut un tel ressentiment, qu'il forma avec six autres officiers mécontents le complot de l'assassiner. Entre la station de Cosseïr et celle de Salahiyet, le sultan s'écarta de la route pour chasser. Les conjurés le suivirent; ils étaient seuls avec lui; Beïbars s'approcha de Couttouz et lui demanda la grâce d'un individu. L'ayant obtenue il prit la main du sultan pour la baiser; au même instant, l'émir Bektout lui porta un coup de sabre sur la nuque, l'émir Unss le renversa de cheval, l'émir Bahadour lui décocha une flèche, et Beïbars l'acheva (i). Les conjurés laissent là le corps inanimé de Couttouz et courent au camp, qui était déjà dressé à la station de Salahiyet. Ils entrent dans le pavillon royal; ils allaient placer sur le trône l'émir Bilban, le plus considérable d'entre eux, lorsque l'Atabey ou généralissime Faris-ud-din

(i) Novaïri. — Macrizi. — Ben Tagri-birdi. — Schafi, Vie de Bc'ibars. — Il y a dans les récits de ces auteurs quelques variantes de peu d'importance.

Acttaï, accourant, leur demanda ce qu'ils se proposaient de faire. — De prendre celui-ci pour sultan, dirent ils, en montrant Bilban.— Quel est en pareil cas l'usage des Turcs, reprit l'Atabey. — Que le meurtrier succède, répondirent ils. — Et qui l'a tué? demanda Acttaï. — Celui-ci, dirent ils, montrant Beïbars. L'Atabey prit Be´bars par la main et le fit asseoir sur le trône. Je m'y place, dit Be´bars, au nom de Dieu; asseyez vous et prêtez serment. C'est à toi, lui dit l'Atabey, de jurer le premier, que tu les traiteras loyalement, que tu les regarderas comme tes égaux, que tu leur donneras des commandemens supérieurs, que tu les élèveras en grades. Il lui adressa ces paroles pour appaiser le ressentiment des conjurés, qui en voulaient à l'Atabey de ce qu'il s'était opposé à l'exécution de leur complot, et pour cette raison, ils l'avaient empêché d'y assister. Be´bars donna ces promesses sous la foi du serment et les émirs lui jurèrent fidélité (i).

Be´bars partit avec eux pour le Caire, et rencontra Eïdémir, vice-roi d'Egypte en l'absence de Couttouz, lequel allait au-devant de

(i) Schafi, fie de Beibars.

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