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qui ne voulaient pas marcher furent entraînés par l'exemple des autres, et l'armée entra dans le désert.

L'émir Beïbars commandait l'avant-garde. Ce général qui, avec d'autres chefs des Marneloues Bahriyens, avait quitté Nassir, parce qu'il n'espérait rien de sa pusillanimité, et atteint Gaza, où il s'était joint aux chefs des Curdes Scheherzouriens, avait envoyé de cette ville un officier au sultan Couttouz, pour lui demander la permission de se rendre avec les siens à sa cour, et le prier de leur promettre sûreté pour leurs personnes. Ayant obtenu sa demande, il arriva au Caire avec sa suite. Le sultan était allé à sa rencontre, et lui avait donné en apanage le canton de Calioub (i). Beïbars trouva les Mongols à Gaza; mais ils évacuèrent cette ville, et Beïbars l'occupa. Le sultan, après s'y être arrêté quelques jours, suivit la côte. Il reçut une députation des Croisés de St. Jean d'Acre, qui lui envoyaient des présents, et lui offraient même des troupes. Couttouz remercia ces députés, leur donna des robes d'honneur, et leur fit prêter serment que ceux d'Acre resteraient

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neutres, leur jurant que si quelqu'un des leurs faisait du mal à ses gens, il reviendrait sur eux avant même d'attaquer les Tatares.

Lorsqu'il fut proche de l'ennemi, Couttouz fit des caresses à ses généraux et les anima au combat, leur rappelant combien de pays les Tatares avaient dévastés, les effrayant du même sort que tant d'autres guerriers, les exhortant à délivrer la Syrie, à secourir l'Islamisme, s'ils ne voulaient mériter les châtimens célestes. Émus de ses discours, les généraux fondirent en larmes et jurèrent qu'il fairaient tous leurs efforts pour chasser l'ennemi (i).

Cependant Kitou-boga ayant appris, à Baalbec, la marche des Égyptiens, réunit ses troupes dispersées en Syrie, et envoya sa famille et ses bagages dans la citadelle de Damas (2). Les deux armées se trouvèrent en 23grgm' présence le vendredi 3 septembre 1260, dans la plaine d'Aïn-Djalout (source de Goliath), entre Nablous et Baïssan. Les Égyptiens se présentaient au combat avec crainte; dès le commencement, la confusion se mit dans leur

(i) Macrizi.
(s) Raschid.

aile gauche, qui tourna le dos; alors le sultan s'étant écrié par trois fois: O Dieu, donne a ton serviteur Couttouz la victoire sur les Tatares, chargea en personne, s'enfonça dans les rangs ennemis, et fit des prodiges de valeur. Il répétait les charges, encourageant les siens à braver la mort. Cependant l'aile gauche s'étant ralliée revint sur le champ de bataille. Les Mongols lâchèrent pied, après avoir perdu la plupart de leurs chefs. Le général Kitou-boga fut tué dans l'action par un émir nommé Djémal-ud-din Accousch. Une division mongole qui s'était retranchée sur une hauteur voisine, fut enveloppée et taillée en pièces. L'émir Beïbars poursuivit les fuyards, dont il ne se sauva qu'un petit nombre. Il s'en était caché dans un endroit couvert de joncs près du champ de bataille; Couttouz y fit mettre le feu et tous périrent. La victoire décidée, ce sultan mit pied à terre et rendit graces à Dieu par une prière de deux Rek'ats (i).

(i) Vassaf rapporte que les Mongols furent surpris dans leur camp par les Egyptiens, qu'ils ne prirent pas pour des ennemis, parce que ceux-ci, pour les tromper, avaient arboré des drapeaux blancs, semblables à ceux

Le prince éyoubite Sa'ïd qui avait combattu dans les rangs des Mongols, vint se

des Mongols; ce n'est guère probable. Selon Raschid, les Mongols tombèrent dans une embuscade, qui fut cause de leur défaite. Les historiens égyptiens et Haïton s'accordent à faire périr Kitou-boga dans la mêlée; mais llaschid raconte sa mort autrement. « Lorsque les Mon« gols prirent la fuite, dit cet auteur, on pressa Kitou« boga de se sauver. Non, répondit-il, plutôt la mort, « et si quelqu'un d'entre vous peut rejoindre Houlagou « qu'il lui dise que Kitou-boga vaincu n'a pas voulu re« paraître devant lui; qu'il a perdu la vie à son service, « Dites au prince qu'il ne s'afflige pas de la perte de ses « troupes; c'est comme si les femmes de ses soldats et les « cavales de ses haras, n'avaient pas porté d'un an. » « Abandonné des siens , et entouré d'ennemis, il se dé« fendit comme un lion. Son cheval s'étant abattu, il « fut fait prisonnier. On l'amena, les mains liées, devant « Couttouz, qui lui dit : Eh bien, ceux qui ont versé i tant de sang, qui, par leurs perfidies et leurs parjures, « ont fait périr tant de souverains, ont détruit tant de « dynasties, sont donc enfin tombés dans nos filets. — « Si je meurs de ta main, lui répondit Kitou-boga, « c'est par la volonté de Dieu. Ne sois pas enflé d'un « instant de succès, et songe que Houlagou vengera ma « mort d'une manière terrible. La Syrie et l'Êgypte sc« ront foulés aux pieds des chevaux mongols, et nos « soldats emporteront chez eux du sable de ton pays. « Houlagou a trois cent mille cavaliers comme moi. « Qu'importe que tu lui en ôtes un. Ne vante pas tant rendre après leur déroute. Ayant mis pied à terre, il s'approcha du cheval du sultan pour lui baiser la main; mais Couttouz qui n'avait pas oublié les discours offensants de ce prince à son émissaire, le frappa du pied à la bouche, qu'il mit en sang, et l'un de ses écuyers lui coupa tout de suite la tête (i). Dans le fort de l'action, le jeune mongol que Couttouz avait placé parmi ses Mameloucs, et qui le suivait à cheval, voyant une occasion favorable de venger son père, visa le sultan avec une flèche; un de ceux qui étaient auprès de lui le frappa pour l'empêcher d'exécuter son dessein, et il fut

« tes cavaliers tatars, repartit Couttouz, ils n'agissent « que par ruse et perfidie, et non en hommes courageux. — « J'ai été toute ma vie fidèle à mon maître, répliqua « Kitou-boga en fureur; je n'ai pas comme vous autres » trahi et assassiné mon souverain. Fais moi promptement « mourir, que je ne sois pas le jouet de ton orgueil. » « Couttouz lui fit trancher la tête. — Houlagou à qui « l'on rapporta les paroles de son général, le regretta « vivement et prit soin de sa famille. »

(i) Novaïri. — Cet historien observe que Couttouz fut le premier prince musulman qui, depuis le sultan Djelalud-din Khorazmschah, remporta une victoire signalée sur les Tatars.

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