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son serment de fidélité. Dans un conseil provoqué par ces circonstances menaçantes, il fut unanimement résolu que le prince, ses officiers, ses soldats enverraient leurs familles en Egypte. Nassir fit partir pour ce pays sa femme, qui était fille du sultan du Roum Keï-Cobad, son fils, ses trésors, que suivirent les femmes et les enfants des officiers de l'armée, et un grand nombre d'individus. La frayeur des habitants se communiquait aux troupes. Des militaires partirent avec leurs familles, sous prétexte de les escorter, et beaucoup d'entre eux ne revinrent pas. Ainsi l'armée de Nassir se débanda.

Ce prince demanda du secours à Moguith, et envoya au Caire, le sahib Kémal ud-din Omar, pour engager le roi d'Egypte à le soutenir. Le Mamelouc Eïbeg, qui s'était assis sur le trône des Eyoubites, venait d'être as

24 rab'1 • 'j Il- i» i A f 655 sassiné dans le bain par l'ordre de sa femme ii avr. Schedjer-ud-durr, laquelle persuadée qu'il 7' voulait la faire périr, s'était hâtée de le prévenir; mais sa punition fut prompte. On la livra à la veuve du sultan A'ziz qui, aidée de ses femmes et de ses eunuques, la fit mourir sous les coups, et fit jeter son corps du haut du mur dans le fossé du château, où il resta nu plusieurs jours. Les chefs des Mameloucs

d'Eïbeg mirent sur le trône son fils Manssour, et lui donnèrent pour Atabeg ou tuteur, d'abord Acttaï, l'ancien camarade de son père, ensuite le général Couttouz, qui avait été son esclave (i).

A l'arrivée de l'ambassadeur de Nassir, les généraux égyptiens tinrent conseil, en présence du sultan Manssour. On demanda au grand-juge Bedr-ud-din Hassan et au scheïkh Y'zz-ud-din Ibn Abd-us-Sélam, qui assistaient à cette assemblée, si l'on pouvait mettre légalement un impôt de guerre sur la nation, pour l'entretien de l'armée (2). Ibn Abd-usSélam répondit: « Dès que l'ennemi est en« tré sur la territoire de l'Islamisme, tout « Musulman est tenu de s'armer. Vous aurez « le droit de prendre aux sujets, pour faire « la guerre, ce dont ils peuvent se passer , mais « après que le trésor aura été épuisé, que « vous aurez vendu tout ce que vous pos« sédez de vases d'or et de meubles de prix; « après que le militaire, réduit à son che« val et à ses armes, se sera mis au niveau « de l'homme du peuple. Il n'est point légal

(1) Novaïri.

(2) Macrizi.

« de prendre l'argent de la nation, tant qu'il « reste entre les mains des militaires de l'ar« gent et des effets précieux. » Cette décision canonique fut adoptée par le conseil. Le sultan encore fort jeune garda le silence (i). La gravité des circonstances faisait souhaiter un autre chef qu'un enfant, uniquement occupé de jeux puérils, et déjà livré à de mauvaises habitudes, par l'effet de la trop grande indulgence de sa mère. L'émir Seïf-ud-din Couttouz, en se plaignant de la jeunesse du souverain , convoitait le pouvoir suprême, et n'attendait pour s'en saisir que le départ des généraux pour la Haute-Egypte. Alors il emaSzoulc. prisonna le sultan, son frère Cacan, et leur

'— mère, et se fit proclamer souverain (2). Pris

16 nov. '. ^ J

. par les Mongols dans sa jeunesse, Couttouz avait été vendu à Damas et transporté au Caire. On le disait neveu du sultan Djelalud-din Khorazmschah (3). Affranchi de Moïzzud-din Eïbeg, il ajoutait à son nom celui de son patron, suivant l'usage des Mameloucs, s'appelant El-Moïzzi.

(1) Ibn Tagri-birdi, 3e partie.

(2) Novaïri.
(a) Macrizi.

Les généraux allèrent témoigner à Couttouz leur mécontentement de ce qu'il avait déposé Manssour, pour se mettre lui-même sur le trône. Il s'excusa en alléguant la marche de Houlagou, et l'alarme donnée par le prince de Syrie. « Je n'ai eu en vue, dit-il, « que de repousser les Tatares, et comment « y réussir sans un chef. Lorsque nous au« rons battu l'ennemi, vous disposerez du « trône; vous prendrez pour sultan qui vous « voudrez. » Il parvint à appaiser le courroux de ses rivaux et se voyant sûr de conserver le pouvoir, il fit conduire à Damiette Manssour, sa mère et son frère, qui sous le règne suivant furent envoyés à Constantinople. Couttouz fit emprisonner huit généraux; puis ayant reçu le serment de l'armée, il pressa les préparatifs de guerre. Il écrivit au prince de Syrie pour le rassurer sur ses dispositions à son égard, lui jurant qu'il ne lui disputerait, pas la possession de ses domaines; qu'il se regardait comme le lieutenant de Nassir en Egypte; que si Nassir voulait s'y rendre, il le placerait sur le trône; que si ce prince agréait ses services, il marcherait à son secours; mais que si sa présence pouvait causer quelque inquiétude à Nassir, il lui enverrait son armée sous le commandement de tel chef qu'il voudrait désigner. Cette lettre portée à Nassir par un officier égyptien qui accompagna son ambassadeur, dissipa sa méfiance (i). Le danger était pressant, Houlagou venait d'entrer en Syrie.

Maître de la Mésopotamie, le prince mongol avait assiégé et pris El-Biret sur l'Euphrate. Dans la citadelle de cette place, était enfermé depuis neuf ans le prince eyoubite Saïd (2), qui fut mis en liberté. L'armée mongole passa l'Euphrate sur des ponts jettés à Malattia, Cal'at-ur-Roum, El-Biret et Kirkissia. Houlagou fit saccager la ville de Maboug et laissa des garnisons dans les châteaux d'El-Biret, Nedjam, Dja'bar, Callonicous et Lasch, sur le bord de l'Euphrate, après en avoir fait passer les habitants au fil de l'épée (3); puis il marcha sur Alep.

La terreur du nom mongol fit émigrer une

(1) Ibn Tagri-birdi.

(2) II était fils de Melik El-A'ziz Osman, fils de Melik El-Adil.

(3) Bar Hebrœus, p. 532. — Houlagou était accompagné dans son expédition en Syrie par sa femme Docouz Khatoun, que Bar Hebraeus appelle toujours princesse

Jitlrlc et aimant le C/uitt.

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