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leur rigueur. Le premier exemple de persécutions exercées contre les Chrétiens et les Juifs fut donné, dit-on, vers l'année 853, par Motavakkil, le dixième des Khalifes Abbassides (i). Irrité contre les Chrétiens, on ne sait pour quelle raison, il fit jeter leur patriarche Théodose dans les fers, expulsa tous les prêtres de Sermeraï, sa résidence, ordonna aux Chrétiens de porter des ceintures (zonar), et d'y coudre une pièce d'étoffe, afin qu'on pût mieux les distinguer; leur défendit de monter des chevaux, de porter des habits teints, d'orner leurs tuniques, selon l'usage du temps, de morceaux d'étoffes découpés, de se montrer dans les rues les vendredis, d'élever la voix dans leurs prières, de faire apprendre à leurs fils l'écriture arabe. On rasa leurs tombeaux; on mit devant leurs portes des images du diable, en bois; plusieurs églises et couvents furent démolis, les reliques qu'ils renfermaient, jetées dans le Tigre. Il fut défendu d'employer dans l'administration aucun Chrétien ni Juif (2).

(1) Mirkhond, tom. II.

(2) Amrou, à l'article du patriarche Théodosius, dans Assemani Bibl. Orient., tom. III, pars i, pag. 5io et 5n. — Mirkhond, règnj du Khalife Motavakkil.

On peut également citer la persécution que le Khalife Fathimite Hakim fit essuyer aux Chrétiens et aux Juifs d'Egypte et de Syrie, au commencement du onzième siècle. Il ordonna que les chrétiens porteraient au cou une croix d'une coudée et du poids de cinq livres (rattel), et les Juifs, un morceau de bois, ainsi que des grelots. 11 fit détruire toutes les églises en Egypte (i); mais il est à remarquer que ce Hakim avait de fréquents accès de folie, et qu'il ne traitait pas mieux ses sujets musulmans.

A l'époque des conquêtes arabes, les Chrétiens d'Asie étaient déjà divisés par trois grands schismes au sujet du mystère de l'incarnation. L'hérésie des Nestoriens répandue, dès le cinquième siècle de notre ère, consistait principalement dans le dogme qu'il y avait deux personnes dans Jésus-Christ; l'une de Jésus homme, enfanté par la Vierge; l'autre procédant du verbe de Dieu; et que l'incarnation n'était pas l'union naturelle et hypostatique du verbe divin avec la nature humaine; mais

(1) Novaïri. — Selon Marés, historien Syriaque, les Juifs devaient suspendre à leur nuque une tête de veau. — Voyez Assem, Bibl. Or. Dissert- de Syr. Nestor., p. CI.

une simple habitation du verbe dans l'homme, comme dans son temple. Il s'éleva, presque à la même époque, une autre secte, celle des Monophysites, appelés ensuite Jacobites, laquelle professait qu'il n'y avait dans JésusChrist qu'une seule personne, composée à la fois des natures divine et humaine, mais sans mélange. Cette doctrine se répandit principalement en Syrie et en Egypte; dans les contrées plus orientales la majorité des Chrétiens étaient de la secte de Nestor. Enfin l'Église arménienne se sépara aussi de l'Eglise catholique, à la suite du concile de Chalcédoine, par le dogme qu'il n'y avait qu'une nature dans Jésus - Christ, et par plusieurs autres doctrines. Les Chrétiens qui avaient conservé la foi orthodoxe, étaient appelés Grecs ou Melkites, cest-à-dire impériaux, parce qu'ils reconnaissaient l'autorité des empereurs de Byzance, et restaient soumis au patriarche d'Antioche.

Ce patriarcat, dont la jurisdiction s'étendait primitivement sur tous les diocèses de l'Asie, fut réduit à d'étroites limites, lorsque les Nestoriens, les Jacobites, les Arméniens se furent séparés de l'Église grecque. Les Jacobites avaient un patriarche, qui siégeait soit à Amid, soit dans le monastère de Hursuma, près de Malattiya, et un Maphrian, ou Primat, dont la dignité était intermédiaire entre celles de patriarche et d'archevêque, qui, résidant à Tacrit, exerçait sa jurisdic- tion sur les diocèses les plus à l'orient. On comptait en Syrie, dans l'Asie mineure, dans les contrées arrosées par l'Euphrate et le Tigre jusqu'à cent vingt-un évêchés jacobites. Le patriarche des Arméniens, établi dans la ville de Cala't-ur-Roum, sur le bord de l'Euphrate, étendait son autorité sur soixante-quatre diocèses; enfin les patriarches catholiques nestoriens, qui siégeaient, au temps de la monarchie perse, à Coché, près de Séleucie, ville qui n'était séparée de Ctesiphon que par la largeur du Tigre, passèrent à Bagdad, lorsque les Khalifes Abbassides y eurent établi leur résidence. Ces pontifes, qui n'étaient, avant le schisme de Nestor, que les suffragants du patriarche d'Antioche, avec le titre d'archevêques de Séleucie, et qui, en se séparant, vers l'an 498, de l'église orthodoxe, se qualifièrent de patriarches catholiques, étaient élus par un synode composé d'un certain nombre de métropolitains et évêques des diocèses les plus voisins de Bagdad, et allaient, après avoir obtenu la confirmation du Khalife, se faire sacrer, suivant l'usage antique, dans l'église de Coché.

Les patriarches nestoriens avaient obtenu des Khalifes que, ni le Catholique des grecs melkites, suffragant du patriarche d'Antioche, ni le Maphrian des Jacobites, n'aurait la faculté de résider à Bagdad. Les Jacobites y avaient seulement un évêque, et il était permis qu'un évêque grec y vint de temps à autre visiter ses coréligionnaires.

Les contrées de l'Asie où s'étaient répandus les chrétiens nestoriens, furent divisées en vingt-cinq provinces ou archevêchés, subdivisés en plus de soixante-dix diocèses. Elles comprenaient l'Irac Areb, la Mésopotamie, le Diarbécr, l'Azerbaïdjan, la Syrie, la Perse, l'Inde, la Transoxiane, le Turkustan, la Chine, et le Tangoute (i).

Le patriarche nestorien était non-seule

(i) Assemani Bibl. Orient., tom. II, pag. i56o et i56g, et Dissertatio de Monophysitis, passim, tom. III, pars 2, pag. 171, 190, 616 à 656. — Id. De Catholicis seu Patriarchis Chaldœor. et Nestorianorum, Commentarius, Roma e 1775, in-40. Praefatio § IV, pag. 56. — Steph. Evod. Assemani Codices mss. Orient. Bibl. Laurent. Medic, pag. i5. — Michaèlis Le Quien, Oriens Christianus, Parisiis 1740, in-f°, tom. II, pag. 1078 et suiv., pag. i343 et suiv.

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