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chrétiens orientaux, que l'Islamisme, dès ses premiers triomphes, avaient fait passer sous le joug de la servitude.

A l'époque de la conquête, par les Arabes, de la Syrie, de l'Egypte, de la Chaldée, sous le règne du Khalife Omar, les chrétiens de ces contrées qui refusèrent d'embrasser l'Islamisme, durent racheter leur vie et leurs propriétés, en se soumettant aux conditions les plus humiliantes. Afin que les tributaires pussent être distingués à la simple vue des Musulmans, il fut ordonné aux chrétiens de porter des turbans bleus, aux Juifs, des turbans jaunes, d'une forme différente de ceux des Mahomé- tans; il ne leur était pas permis de se laisser croître, comme eux, les cheveux du devant de la tête; ils devaient se les faire raser. Il leur était enjoint de se ceindre extérieurement d'une ceinture particulière nommée zonar. Lorsqu'ils entraient dans un bain public, ils devaient porter au cou, soit une clochette, soit un anneau de plomb ou de cuivre. Les femmes des tributaires étaient également tenues de se faire reconnaître par des signes extérieurs; au bain, elles devaient porter, outre la ceinture (zonar), sur la jupe ou la chemise, un collier de plomb, et afin qu'il leur restât toujours une marque distinctive,

l'une de leurs chaussures devait être noire et l'autre blanche. Il ne leur était pas permis d'avoir sur elles des pierres gravées en caractères arabes.

Le port d'armes était défendu aux tributaires; on ne leur permettait pas d'aller à cheval; ils ne pouvaient monter que des ânes, et même la selle leur était interdite; ils devaient être assis de côté, sur un bât sans ornements et de peu de valeur. Ils devaient laisser aux Musulmans le milieu de la voie publique, se lever lorsque des Musulmans paraissaient dans leurs réunions, et leur céder leurs places; ils devaient se garder de les saluer les premiers, d'élever la voix au-dessus de la voix des Musulmans. Il ne fallait pas que leurs maisons excédassent en hauteur celles des vrai-croyants; elles pouvaient tout au plus les égaler; ni que leurs temples eussent rien qui les distinguât à l'extérieur. Il leur était interdit de sonner les cloches, d'allumer des feux dans les endroits habités par des Musulmans, de montrer leurs croix, d'exposer en public leurs statues et images, ou autres objets de leur dévotion; de pousser des lamentations à leurs enterrements, d'ensevelir leurs morts près des cimetières mahométans. Il ne leur était pas permis de bâtir de nouvelles églises, ni de nouveaux monastères; à peine leur accordait t-on la faculté de réparer les anciens édifices sacrés. Chercher à faire des prosélytes parmi les Musulmans, cacher dans sa maison un Musulman esclave, ou le captif d'un Musulman; acheter des esclaves parmi les captifs que les guerriers musulmans se sont déjà partagés, leur était sévèrement défendu, ainsi que de faire apprendre à leurs fils le Coran, de porter des cachets gravés en caractères arabes, d'employer des Musulmans à des travaux pénibles. Le commerce d'un Chrétien ou d'un Juif avec une femme mahométane, était puni de mort (i).

(i) Novaïri, Annales égyptiennes, sous l'année 700 (i3oo-i). Voici à quelle occasion cet auteur traite des restrictions auxquelles la loi mahométane soumet les tributaires qui vivent parmi les Musulmans. Dans l'année susdite arriva au Caire le vézir du souverain du Magreb, c'est-à-dire, de l'Afrique, se rendant en pélerinage à la Mecque. Étonné des libertés et des avantages dont jouissaient les tributaires en Egypte, il exposa, dans ses entretiens avec les Oméras, à quel degré d'infériorité et d'abjection étaient réduits les sujets tributaires dans le Magreb, où on ne leur permettait de monter ni chevaux ni mules, où ils étaient exclus de toutes fonctions publiques, et s'étendit fort au long sur ce sujet. Ses discours éveillèrent l'attention de l'autorité suprême. Il fut

On voit que, dans la suite des temps, la plupart de ces prohibitions ne furent pas

nommé une commission de docteurs de la loi, sous la présidence du grand-juge Schems-ud-din Es-Suroudji, du rit hanéfi, laquelle s'étant réunie dans le collège de Salih, fit comparaître le patriarche des Chrétiens, plusieurs de leurs évêques, des principaux membres de leur clergé et de leurs notables, ainsi que le chef du clergé juif, avec les principaux habitants israélites, et leur demanda quelles étaient les conditions auxquelles leurs ancêtres avaient souscrit, du temps du Khalife Omar, fils de Khattab, pour obtenir sûreté et protection. Sur leur déclaration qu'ils l'ignoraient, les Oulémas firent des recherches, desquelles il résulta que les Chrétiens et les Juifs s'étaient soumis, lors de la conquête, aux conditions qui viennent d'être énoncées. Elles furent d'abord communiquées au patriarche , qui assura, au sein de cette réunion de magistrats mahométans, qu'elles seraient observées par ses coreligionnaires. Le grand prêtre des Juifs promit, à son tour, de communiquer ces défenses à ceux de sa nation. On prit acte de leur engagement, et l'observance de ces anciens statuts fut décrétée. Des ordres furent expédiés en conséquence aux préfets en Egypte et en Syrie.

Novaïri dit ensuite qu'il a trouvé dans un ouvrage, intitulé: Ed durru es tseminu fi ménakib il-MosMmin , ne metsalib il-Moschrikin. (Perle précieuse, sur les vertus des Musulmans et les vices des Polytheistes), par Mohammed, fils d'Abd-our-rahman, el Katib (le Scribe), livre dédié au sultan Saladin, une lettre adressée par les Chrétiens de Syrie et d'Egypte au Khalife Omar, dans lamaintenues, puisque des souverains ordonnèrent, à diverses époques, que les tributaires fussent astreints aux conditions qui leur avaient été imposées par le Khalife Omar. L'orgueil, la haine, le fanatisme mahométan, reveillés par une circonstance quelconque, faisaient revivre ces humiliantes exigences, auxquelles les Chrétiens cherchaient à se soustraire, dès qu'ils voyaient leurs maîtres se relâcher de

quelle ils renouvellent l'engagement qu'ils avaient pris, lorsque ce chef des croyants était venu dans leur pays, d'observer toutes les prohibitions à eux imposées, en retour de la sûreté accordée à leurs personnes et à leurs biens, et où ils spécifient ces prohibitions. Omar l'ayant lue, ajouta à tout ce que les Chrétiens s'obligeaient de ne pas faire, les mots suivants: « et à ne frapper aucun « Musulman. Nous nous engageons à tout cela, pour nous « et nos coreligionnaires, acceptant à cette condition, « grâce et sûreté; si nous enfreignons quelqu'une de ces « défenses, nous perdrons à votre égard le droit du talion, « et nous consentirons à être traités comme les autres re« belles à l'autorité. » Ensuite Omar écrivit : « J'accorde ce qu'ils demandent; le tout à condition que celui qui aura frappé un Musulman, sera censé avoir violé son engagement. » Après la mort du Khalife Omar les Oulémas décidèrent unanimement que si un tributaire violait le pacte, en enfreignant l'une des conditions susdites, le souverain des Musulmans serait en droit de le condamner, soit à la mort, soit à l'esclavage.

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