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avec lui un pacte qui le garantît du sort d'Orkhan; il le pressa d'arriver et l'assura que les affaires dont il était chargé seraient accomodées au gré de ses désirs. Les Ismaïliyens demandaient qu'on laissât leur pays en paix. Le sultan revendiquait Dame- gan , dont ils s'étaient emparés à l'époque de l'invasion des Mongols. Il fut convenu qu'ils paieraient, pour la cession de cette ville, trente mille dinars au trésor du sultan. Djélal-ud-din étant parti pour l'Azerbaïdjan, l'envoyé du prince d'Alamout accompagna le vézir dans ce voyage. Admis dans la société intime de ce ministre, il lui échappa de dire, dans un banquet, la tête un peu échauffée par le vin : « Nous avons dans votre armée, « un bon nombre de fidayis. Il y en a même « parmi les domestiques des généraux. Vous en « avez, dit-il au vézir, dans vos écuries; « d'autres sont au service du chef des tchaouschs « (huissiers) du sultan. » Schéréf-ul-Mulk le pressa de les faire venir, désirant les voir, et lui donna son mouchoir, comme un gage de sa promesse qu'il ne leur serait fait aucun mal. L'envoyé en fit venir cinq. L'un d'eux, Indien, homme robuste et déterminé, dit au vézir: « J'aurais pu vous expédier tel jour en « tel endroit, si je n'eusse attendre des or

« dres ultérieurs. » A ces mots le vézir, jetant sa tunique de ses épaules, et restant assis en chemise, leur dit : « El pour quelle « raison? que veut de moi Ala-ud-din? qu'ai« je fait pour qu'il soit altéré de mon sang? « Je suis son esclave comme celui du sultan, a Me voici entre vos mains. Faites de moi ce « que vous voudrez, » et il continua longtemps sur ce ton pitoyable. Le sultan instruit de cette scène, se mit fort en colère contre son vézir, de ce qu'il s'était humilié à ce point, et lui envoya l'ordre de faire brûler vifs les cinq jidayis devant sa tente. Le vézir alléguait des excuses; alors, par l'ordre du sultan fut allumé un grand brasier devant la tente du ministre, et l'on y jeta les cinq Bathiniyens, qui au milieu des flammes proferèrent jusqu'au dernier soupir: « Nous sotn« mes les victimes de notre seigneur Ala-ud« din.» Ensuite le sultan fit mourir le chef de ses Tchaouschs, pour avoir eu l'imprudence de prendre à son service de pareils gens.

Djélal-ud-din étant parti pour l'Irac, Schéréf-ul-mulk demeura dans l'Azerbaïdjan, et tandis qu'il séjournait dans la ville de Berda'a, il vit arriver un envoyé du prince Ismaïliyen, qui lui dit: « Vous avez fait brûler cinq Jidayis; « si vous souhaitez de conserver la vie, vous c paierez pour chacun deux mille dinars. » Le vézir fut atterré. Il combla l'envoyé de caresses et de marques de distinction, et ordonna au chancelier Mohammed de Nessa, qui dans sa vie de Djélal-ud-din a transmis ces détails, de dresser un écrit, constatant que le tribut annuel de trente mille dinars, que le prince Ala-ud-din s'était engagé à payer au trésor du sultan, serait réduit de dix mille dinars, et cet acte fut signé par le vézir.

Après la bataille d'Ispahan, le sultan Djélalud-din se trouvant à Haï, tandis que ses troupes poursuivaient les Mongols vers le Khorassan, y reçut un ambassadeur du prince Ala-ud-din, lequel était accompagné de neuf fidayis. Pour prouver au sultan l'amitié de son maître, cet envoyé le pria de lui indiquer les ennemis dont il voudrait se défaire. Le sultan tint conseil sur cette proposition avec ses principaux officiers, dont la plupart furent d'avis qu'il fallait l'accepter et désigner les victimes; mais Schéréf-ud-din , substitut du vézir dans l'Irac, observa que le but d'Ala-ud-din ne pouvait être que de pénétrer les sentiments secrets du sultan, afin d'abuser de sa confiance, en avertissant ceux qu'il lui indiquerait comme ses ennemis. D'après cet avis, Djélal-ud-din, en congédiant l'ambassadeur , le chargea de dire à son maître: Fous ne pouvez pas ignorer quels sont mes amis et mes ennemis; si vous avez le désir de jaire ce que vous me proposez, faites le; il n'est pas besoin d'indications; et s'il plaît à Dieu, nos sabres nous dispenseront d'avoir recours à vos poignards.

Au retour de cet ambassadeur à Alamout, le sultan Ghiath-ud-din, qui s'y était réfugié pour se soustraire au ressentiment de son frère, en partit. Djélal-ud-din fut très-irrité de ce que le prince Ismaïliyen, malgré la promesse qu'il lui avait donnée, avait laissé partir son frère, et lui avait fourni des chevaux et des armes. Il était encore animé contre lui lorsqu'il lui envoya son secrétaire,

y' Mohammed de Nessa, qui fait en ces termes le récit de sa mission:

« Je fus expédié dans l'Irac pour plusieurs « affaires. Il était arrivé à la cour du sultan, « après la prise de Khelatt, un envoyé du « prince Ismaïliyen, apportant vingt mille di« nars, du tribut que ce prince s'était en« gagé à payer au sultan, stipulé à trente « mille dinars par an. Il devait alors deux « années; mais il alléguait divers prétextes « pour ne point payer le reste de la somme.

« Je fus chargé de le réclamer et de porter « des plaintes sur divers objets.

a Le sultan se repentait d'avoir juré au « Khalife qu'il ne prétendrait ni obéissance « ni contingent de deux princes vassaux de « la cour de Bagdad, savoir le Mélik du « Djibal et celui d'El Eïvé; car Schéréf-ud« din, substitut du vézir dans l'Irac, lui « avait fait sentir qu'il avait été mal con« seillé dans cette occasion, désapprouvant « fort cet engagement, pris d'après l'avis de « Schéréf-ul-mulk. Le sultan se persuada qu'il « ne serait pas maître de l'Irac, tant que ces ii deux princes ne lui seraient pas soumis, et « voulut les amener à lui prêter obéissance. « Craignant de se compromettre s'il leur « écrivait, avant de connaître leurs disposi« tions, il m'envoya dans l'Irac avec l'ordre « de leur écrire d'Ispahan, et si je les trou« vais disposés à se soumettre, de leur de« mander, ainsi qu'au prince de Yezd, leurs « contingents de troupes, que Schéréf-ud-din « dirigerait sur Cazvin. Je devais ensuite « me rendre à Alamout, et sommer Ala-ud« din de faire réciter la prière publique au « nom du sultan, et de payer le restant du « tribut. S'il différait ce payement, j'avais « ordre de faire entrer l'armée dans son

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