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gea son armée en bataille. Le sultan, forcé de se mesurer avec des forces très-supérieures aux siennes, mit en embuscade une partie de sa petite troupe, et après avoir fait avec cinq cent cavaliers, deux ou trois charges, il prit la fuite. L'ennemi ne manqua pas de le poursuivre, et fut bientôt attaqué de deux côtés. Couschtimour périt dans la mêlée; son armée en déroute fut poursuivie jusqu'aux portes de Bagdad.

Après cette victoire, le sultan prit d'assaut et saccagea la ville de Dacouca; puis il se porta sur Tacrit, et apprenant que Mozaffar, prince d'Erbil, s'approchait avec ses troupes, qu'il les avait même devancées à la tête d'un détachement, dans le dessein de l'enlever, il partit aussitôt avec une poignée de braves, surprit lui-même le prince d'Erbil, le fit prisonnier et lui permit de retourner dans ses États (i).

Abandonnant son dessein contre Bagdad, Djélal voulut s'emparer de l'Azerbaïdjan. Il se rendit d'abord à Meragha, dont il entreprit de relever les ruines; mais il ne tarda pas à quiter cette ville, sur l'avis que le général

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turc, Togan Tayissy (i), oncle maternel et beau-frère de Ghiath, était en marche de l'Azerbaïdjan pour prendre possession de Hémedan et de quelques districts voisins, dont le Khaliphe lui avait donné l'investiture. Ce général venait d'hiverner dans l'Arran, et en traversant l'Azerbaïdjan, il avait, pour la seconde fois, pillé ce pays. Djélal arriva au milieu de la nuit, près de l'endroit où il avait posé son camp, autour duquel on voyait une multitude de chevaux, de mulets, d'ânes, de bœufs et de moutons, enlevés dans l'Arran et l'Azerbaïdjan. Lorsqu'au point du jour, le général turc, qui croyait encore Djélal-ud-din à Dacouca, vit ces troupes, et reconnut le sultan à l'ombrelle qu'on lui tenait au-dessus de la tête, il fut si déconcerté de son apparition subite qu'il ne songea qu'à implorer sa clémence. Il lui envoya sa femme, qui était sœur de Djélal; et après avoir obtenu sa grace, il alla se ranger, avec ses troupes, sous les drapeaux du sultan , qui retourna à Maragha.

(i) Tayi, Dayi, signifient en turc oncle maternel; et Tayissi veut dire l'oncle.

Alarmé du voisinage de ce prince belliqueux, l'Atabey Euzbec, souverain de l'Azerbaïdjan , était parti de Tébriz pour Gandja. Malgré les dangers qui menaçaient son pays, Euzbec passait sa vie à boire; il avait abandonné les soins du gouvernement à son épouse, qui était fille du sultan Togroul, dernier prince de la dynastie des Seldjoucides de l'Irac; elle était restée à Tébriz. Djélal qui convoitait la possession de cette ville, l'assiégea; au bout de cinq jours de combats, comme il était sur le point de l'enlever d'assaut, les habitants demandèrent à se rendre. Le sultan leur reprocha d'avoir tué l'année précédente des militaires khorazmiens de l'armée de son père, et d'avoir envoyé leurs têtes aux Mongols. Ils alléguèrent que c'était leur souverain qui avait commis cet acte, qu'il n'avait pas été en leur pouvoir d'empêcher. Le sultan agréa leurs excuses et leur accorda la vie sauve. Ils le prièrent de garantir à l'épouse d'Euzbec la paisible possession de la ville de Khouï et de ses autres domaines dans l'Azerbaïdjan; Djélal y consentit et donna une escorte à l'épouse d'Euzbec pour la conduire à Khouï. Il prit possession de Tébriz où il demeura quelques jours, pendant lesquels ses troupes occupèrent les districts voisins; puis il

entreprit une expédition en Géorgie (i). Les Géorgiens avaient profité de l'incurie d'Euzbec, pour faire, les années précédentes, des courses dans l'Arran et l'Azerbaïdjan. Ils avaient également ravagé le Schirvan et le pays d'Erzen-ur-Roum, et s'étaient rendus le fléau des musulmans de ces contrées. Djélal, brulant du désir de les venger, ne fut pas plutôt maître de l'Azerbaïdjan qu'il déclara la guerre aux Géorgiens. Il en reçut cette réponse: « Nous nous sommes mesurés « avec les Tatares, qui ont arrangé, comme « on sait, ton père, plus puissant, plus cou« rageux que toi, dont ils ont conquis tous « les États, et ces ennemis que nous avons « bravés, ont fini par nous tourner le dos. » Le sultan commença par prendre la ville de Tovin, dont les Géorgiens s'étaient emparés quelques années auparavant. Il marcha ensuite contre une armée géorgienne, forte de plus de soixante-dix mille hommes, l'attaqua dans la vallée de Carni, près de Tovin (2), la mit en déroute, et lui fit éprouver une perte de vingt mille hommes; un grand nombre de

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généraux géorgiens furent faits prisonniers, entre autres Schalové, seigneur de Tovin; mais leur commandant en chef, le connétable Ivané, parvint à se sauver et alla s'enfermer dans le fort de K'heghé (i) que le sultan fit investir, tandis que le reste de son armée se répandait dans la Géorgie, mettant le pays à feu et à sang. Il aurait fait dès-lors la conquête de ce royaume, dont les défenseurs étaient tués, prisonniers ou fugitifs, s'il n'eut jugé sa présence nécessaire à Tébriz.

Djélal, près d'entrer en Géorgie, avait reçu de son vézir Schérif-ul-Mulc, resté à Tébriz, l'avis d'un plan de révolte formé par les magistrats de cette ville, qui voulaient remettre le pays sous l'autorité d'Euzbec. Le sultan cacha cette nouvelle, et ce ne fut qu'après sa victoire sur les Géorgiens, qu'il en fit part à ses généraux. Il leur ordonna de dévaster les districts de la Géorgie qu'ils occuperaient, et laissant le commandement de l'armée à son frère Ghiath, il retourna à Tébriz, où il fit incontinent arrêter les chefs du complot, et

(i) Et. Orpélian, dans les Mém. sur l'Arménie de Mr. St. Martin, tom. II, pag. n5.

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