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l'apostasie, entraînant la damnation éternelle, s'il arrivait que l'Imam, ou chef des Musulmans, en eut commis, l'insurrection contre lui devenait un devoir sacré; c'étaient les ennemis d'Ali. Ses partisans (les Schiyis) soutenaient, que le gendre de Mahomet était de droit, en vertu de l'institution du prophète, son héritier immédiat; révéraient ce Khaliphe comme un être surnaturel, et taxaient d'usurpation ses trois prédécesseurs, Aboubékir, Omar et Osman.

Plus tard parût une secte (les Djéhémiyés), qui niait les attributs avec lesquels Dieu est représenté dans le Coran; une autre (les Molézilés), admettait l'existence de ces attributs; mais niait qu'ils fussent éternels, vu que Dieu seul est éternel. C'est par son essence qu'il est existant, omniscient, omnipotent, et non par les attributs de l'existence, de la science, de la puissance. Elle soutenait d'ailleurs que Dieu ne doit pas être assimilé à l'homme, et voulait que les passages du Coran qui présentent de semblables assimilations, fussent interprêtés d'une manière allégorique. Elle professait la doctrine du libre arbitre, celle que Dieu n'avait pas pu créer le mal, et que le Coran était créé. Les Kéramiyés au contraire, prenant à la lettre tout

ce que la Bible et le Coran rapportent des actes de Dieu, lui attribuaient une forme corporelle, semblable à celle de l'homme. Enfin les Caramattes, qui parurent dans le troisième siècle de l'hégire, combattirent les armées des Khaliphes Abbassides, et s'emparèrent de plusieurs de leurs provinces, prétendaient que le texte du Coran et les préceptes de l'islamisme avaient un sens allégorique, qu'ils se chargeaient d'interpréter.

Chacune de ces sectes principales avait des ramifications qui différaient entre elles sur certains points de doctrine. On compte plus de cent de ces branches, quoique les Mahométans n'en admettent que septante-trois, d'après une tradition qui fait dire à Mahomet: « Les Mages se divisent en septante « sectes; les Juifs, en septante-un, les Chré« tiens, en septante-deux; les Musulmans en « auront septante-trois. »

Les ouvrages des philosophes grecs, qui furent traduits en arabe, au commencement du troisième siècle de l'hégire, par les ordres du Khaliphe Ma'moun, fils de HarounRaschid, introduisirent dans le monde mahométan des exemples séduisants de l'esprit d'examen, et de l'entière liberté d'opinion, d'où étaient nés tant de systèmes divers; il* étendirent le domaine de la pensée, et ouvrirent, au préjudice de la foi religieuse, un vaste champ à la spéculation philosophique. Les œuvres d'Aristote furent une source féconde où les hérésiarques puisèrent leurs idées abstraites, leur méthode d'argumenter et leurs définitions; mais ils ne s'en tinrent pas toujours à de vaines disputes théologiques; ils eurent aussi recours aux armes et le fanatisme fit couler des flots de sang (i).

Les sectes mahométanes à doctrines abstraites, ne furent jamais très-répandues; ce fut la succession du pouvoir spirituel et temporel de Mahomet, qui causa le plus grand schisme entre les musulmans. Lorsque le Khaliphe Ali, cousin et gendre de Mahomet, eut été vaincu par Moaviah, son rival; lorsqu'il fut tombé sous le poignard d'un assassin; quand ses deux fils, Hassan et Housseïn, eurent péri par le fer des Omayades, une foule de Musulmans embrassèrent la défense des descendants du prophète, légitimes successeurs de sa puissance, et vouèrent à l'exécration ceux qui l'avaient usurpée. Leur nombre

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s'accrut dans les diverses parties du monde mahométan, par le zèle avec lequel les missionnaires secrets de cette secte travaillaient à faire partout des prosélytes. Cependant, les Schijis se divisèrent en beaucoup de branches; on en compte quarante-neuf. Tous croyaient qu'Ali avait été institué l'héritier de Mahomet; qu'il était, par conséquent, son successeur légitime, l'Imam ou chef des Musulmans; que la dignité suprême appartenait de droit aux descendants d'Ali, qui ne pouvaient la perdre, que par l'effet de la violence, par le fait d'une usurpation; qui n'y pouvaient renoncer que temporairement, en usant d'une dissimulation politique, commandée par la force des circonstances; que chaque Imam doit nécessairement désigner son successeur, dont les droits au suprême sacerdoce ne peuvent dériver que de cette institution même; qu'il existe toujours dans le monde un Imam, tantôt visible, tantôt invisible, qui, avant de mourir, transmet son caractère sacré à un autre Imam; transmission qui s'opère par le passage de son ame sainte dans le corps de son successeur. Tous d'accord sur cette doctrine fondamentale, les Schiyis différaient entre eux d'opinion, au sujet des individus de la postérité d'Ali, auxquels la dignité d'Imam avait été successivement transmise, et sur certains dogmes, qui étaient hautement réprouvés par le reste des Mahométans. Plusieurs branches des Sckifis croyaient qu'une parcelle de la divinité avait résidé dans la personne d'Ali, et passé dans celles des Imams, ses successeurs; que par conséquent, l'Imam était impeccable. Ils croyaient que l'Imam possède la connaissance des choses occultes, de mystères impénétrables aux autres hommes; qu'il est l'unique guide dans la voie du salut, et que les fidèles ont besoin d'une semblable direction pour ne pas se diviser, en suivant des voies diverses. La foi, la religion, consistent dans la connaissance de l'Imam; lorsqu'on le connaît, qu'on lui rend le culte qui lui est dû, on a atteint la perfection, et l'on est dispensé des devoirs imposés par la loi religieuse, tels que la prière, le jeûne, le pèlerinage, l'aumône, etc.; car les préceptes de ces obligations ont un sens mystique, et la parole divine, pour être bien comprise, doit être interprétée.

On voit que ces sectes avaient emprunté des mages le dogme de l'infusion et de la métempsycose; elles croyaient que les ames passaient, selon leurs mérites, dans un corps d'une classe supérieure ou inférieure, et que

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