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et ses autres employés, qu'ils emmenèrent à leurs quartiers. Keurgueuz ne voulait que gagner du temps jusqu'au retour de son exprès, qui revint avec l'ordre aux chefs militaires et civils de se rendre à la cour pour y plaider leur cause devant l'empereur, que la vue de l'habit ensanglanté de Keurgueuz avait irrité. Celui-ci, après avoir communiqué cet ordre à ses adversaires, partit sans attendre leur réponse, accompagné de plusieurs personnages distingués, qui avaient sa confiance. Kélilat et Ongou-Timour, avec leurs gens, se hâtèrent de suivre son exemple. Les deux parties arrivèrent en même temps à Bokhara; dans un festin qui leur fut donné par l'intendant de ce pays, Kélilat, ayant eu besoin de sortir du pavillon, fut assassiné en plein champ, par des gens apostés.

Lorsque les deux compétiteurs furent arrivés à la cour, l'empereur voulut dîner dans la tente dont Ongou-Timour lui avait fait hommage. Après son repas il en sortit pour un instant, et aussitôt un coup de vent la renversa. L'empereur ordonna qu'on la mit en pièces. Quelques jours plus tard, on dressa la tente que Keurgueuz avait offerte au souverain, et l'on y étala toutes sortes d'objets rares et précieux qu'il voulait également lui faire agréer. Il s'y trouvait une ceinture garnie de certaines pierres (i). L'empereur l'ayant mise, se sentit aussitôt délivré d'une légère douleur aux reins. Il but largement, fut de bonne humeur, et Keurgueuz put se flatter de gagner sa cause.

En effet, son protecteur Tchincaï avait été nommé avec plusieurs autres Ouïgours, pour examiner les assertions des deux rivaux; d'ailleurs Keurgueuz était assisté par des personnes qui avaient toutes du mérite, de la considération, de la fortune, et il était lui-même un homme d'esprit, au lieu que le parti de ses adversaires, après la mort de Kélilat, qui en était l'ame, ne se composait plus que des fils, encore enfants, de ce général, et d'Ongou-Timour, jeune homme sans expérience. Au bout de plusieurs mois, cette affaire n'étant pas encore terminée, l'empereur voulut que les deux rivaux fissent la paix. Il ordonna que Keurgueuz et Ongou-Timour habitassent la même tente, qu'ils bussent à la même coupe; on prit la précaution de leur ôter leurs armes. Ce moyen de réconciliation n'ayant pas réussi, Tchincaï et les autres commissaires

(i) Ces pierres sont appelées Yarcan.

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durent présenter leur rapport. Ogotaï fit comparaître les parties en sa présence, et après les avoir interrogées, il condamna OngouTimour et ses compagnons; mais, ajouta-t-il, en s'adressant au premier: « Comme tu ap« partiens à Batou, je lui manderai l'affaire, « et ce sera à lui de te punir. » Tchincaï, qui eut compassion d'Ongou-Timour, alla lui parler, et s'exprima ainsi, en son nom: OngouTimour dit: Le Caan est le chef de Batou. Es-ce qu'un chien comme moi mérite que deux souverains délibèrent ensemble sur son compte. C'est au Caan à décider. Tu fais bien, dit Ogotaï; car Batou ne ferait pas grâce à son propre fils s'il se trouvait dans le même cas que toi. Cependant, les compagnons d'OngouTimour furent punis; quelques-uns reçurent la bastonnade; d'autres furent livrés à Keurgueuz, afin qu'il leur appliquât la cangue, et tous durent s'en retourner avec lui. « Qu'on « leur fasse savoir, dit l'empereur, que sui« vant les règles de l'équité et le Yassaï de « Tchinguiz-khan, les calomniateurs doivent « être punis de mort, pour servir d'exemples; « mais, qu'en considération de leurs femmes « et de leurs enfants qui attendent leur retour, «je leur fais grace de la vie, à condition « qu'ils ne retomberont plus dans la même « faute. Qu'on dise en même temps à Keur« gueuz que ces gens là sont comme lui mes « serviteurs; que si, après le pardon que je « leur ai accordé, il leur garde rancune, il « sera lui-même punissable. » Alors il conféra à ce dernier le gouvernement de tous les pays, au-delà de l'Oxus, qui avaient été soumis par les armes de Tchormagoun.

Les seigneurs persans sollicitèrent aussi des patentes; mais Keurgueuz fit entendre à Tchincaï que s'ils obtenaient tous comme lui un diplôme du Caan, ils se croiraient indépendants du gouverneur, et il fut convenu entre eux qu'il n'en serait accordé à aucun.

Pendant la procédure, Schéréf-ud-din, continuant son double rôle, paraissait dévoué à Keurgueuz, tandis que, sous main, il conseillait son rival. Lorsqu'on vit que l'empereur penchait en faveur de Keurgueuz, un des compagnons d'Ongou-Timour livra à son adversaire des papiers écrits de la main de Schéréf-ud-din, qui le convainquirent que toute cette affaire lui avait été suscitée par cet intrigant. Instruit de cette circonstance l'empereur ne voulut pas que Schéréf-ud-din retournât en Perse, de crainte qu'il n'éprouvât le ressentiment de Keurgueuz, et déjà Schéréf-ud-din se félicitait de lui avoir échapé, lorsque les amis de Keurgueuz lui conseillèrent de ne pas perdre de vue un ennemi, qui saisirait la première occasion de lui nuire encore; Keurgueuz obtint la permission de l'emmener, sous prétexte que sa présence était nécessaire en Perse, parce que les impositions n'étant pas encore rentrées dans le Khorassan, il se pourrait que les officiers du fisc profitassent de son éloignement, pour mettre quelques sommes à sa charge, et préjudicier ainsi le trésor.

Keurgueuz se rendit à Thous, où il établit sa résidence; il y convoqua les seigneurs du Khorassan et de l'Irac, ainsi que les généraux mongols, et célébra son installation par une fête de plusieurs jours, au milieu de laquelle furent promulguées les nouvelles ordonnances impériales.

Il fit partir son fils, accompagné de plusieurs employés au département des finances, pour aller ôter aux officiers de Tchormagoun le commandement des districts de l'Irac et de l'Azerbaïdjan, qu'ils ruinaient par leurs exactions. Chaque noyan, chaque officier agissait en maître absolu dans la province, dans la ville où il commandait, et employait à son propre usage la plus grande partie des revenus du fisc. Ces petits despotes furent déplacés; ils

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