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rencontra l'armée ennemie dans le district d'Erzendjan. Les forces de Keï-Coubad se composaient d'environ vingt mille cavaliers; le prince de Syrie n'en avait que cinq mille; mais c'étaient des troupes d'élite. Djélal fut battu et perdit une grande partie des siens. Au nombre des prisonniers se trouva le prince d'Erzen-ur-Roum, qui avait promis à Djélal de le mettre en possession d'une partie des domaines de Keï-Coubad, et qui maintenant se voyait obligé de livrer à son cousin, sa résidence, ses places fortes, ses trésors (i). Le vainqueur fit trancher la tête aux officiers khorazmiens prisonniers.

Djélal dirigea sa fuite vers Manazguerd, prit avec lui les troupes qui assiégeaient cette place et se porta sur Khelatt, d'où il enleva tout ce qu'on put emporter des richesses et des magasins qui y étaient enfermés; le reste fut brûlé (2). Il emmena les princes Ya'coub et Abbas, ainsi que la Géorgienne (3), et passa dans l'Azerbaïdjan, laissant son vézir avec ses troupes dans le

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canton de Sekman-Abad, pour observer les mouvements de l'ennemi. Il s'arrêta lui-même près de la ville de Khouï. Ses généraux l'avaient abandonné.

Au lieu de voir arriver l'ennemi, le vézir Schéréf-ul-Mulk reçut un message du prince Aschraf, qui ayant pris congé du sultan KeïCoubad, s'était rendu à Khelatt, ville qu'il trouva ruinée et déserte. « Votre maître, lui « mandait-il, est le sultan des Musulmans et « leur rempart contre les Mongols. Nous <r n'ignorons pas combien la mort de son « père a été funeste à l'Islamisme. Nous sa« vons que l'affaiblissement du sultan serait « fatal à la religion; que ses pertes retom« bent sur tous les Musulmans. Et vous qui « avez une expérience consommée, pourquoi « ne lui inspireriez-vous pas des sentiments « pacifiques? Je garantis au sultan une ami« tié sincère et de puissants secours, de la « part de Keï-Coubad, et de mon frère, le « roi d'Egypte. » Cette ouverture, accueillie de Djélal, fut suivie de négociations entre les deux princes qui étaient, l'un à Khouï, l'autre à Khelatt. Ils firent la paix. Le sultan promit, par serment, de ne plus rien entreprendre contre Khelatt; mais il refusa absolument, malgré tous les efforts des négociateurs syriens, de prendre aucun engagement pacifique à l'égard du sultan de Roum. Il ne pouvait lui pardonner d'avoir quité son alliance pour celle d'Aschraf, et il n'apprit que trop tard ce que son vézir avait dit d'offensant aux ambassadeurs de ce prince; ce ne fut qu'après avoir reçu des avis successifs de l'arrivée d'une armée mongole dans l'Irac, qu'il consentit de jurer également à Keï-Coubad, qu'il respecterait son territoire (i).

Cette armée mongole, d'environ trente mille hommes, tirés des différents corps de troupes soumis à l'empereur Ogotaï, arrivait de Tartarie, sous les ordres du Noyan Tchormagoun, que ce Khacan avait chargé, dès son avénement au trône, d'achever la conquête de la Perse et de s'y établir avec ses Mongols (2). Tchormagoun, qui voulait avant tout détruire Djélal-ud-din, traversa le Khorassan avec rapidité, quoique cette vaste province ne fut pas soumise; il s'avança par la route d'Esféraïn et de Raï. Le sultan qui, de Khouï s'était rendu à Tébriz, se flattait

(i) Nessaoui.

(a) DjouTcini. — Raschid.

de l'espoir que les Mongols hiverneraient dans l'Irac. Il avait besoin de ce délai pour rétablir ses forces.

Djélal avait envoyé un de ses Pelduvans en Irac, à la découverte des Tatares. Cet officier rencontra entre Zendjan et Ebher une avant-garde ennemie; il avait avec lui quatorze hommes; il fut le seul qui pût se sauver, et revint à Tébriz donner l'alarme. Le sultan partit de cette ville pour le Moucan, canton de l'Arran, au bord de la Mer Caspienne, où il voulait rassembler ses troupes, qui avaient pris des quartiers d'hiver dans cette province et dans le Schirvan. Il n'eut pas le temps de pourvoir à la sûreté de son harem, en le faisant conduire dans une place forte; il le laissa à Tébriz. Deux officiers supérieurs, les commandants du Khorassan et du Mazendéran, furent détachés en avant pour observer l'ennemi, avec ordre de placer des chevaux de relais à Ardebil et à FirouzAbad. En attendant l'arrivée de ses troupes, aux cantonnements desquelles il avait expédié ses hérauts d'armes avec les flèches rouges, Djélal, qui n'avait auprès de lui que mille hommes de sa garde, s'amusait, le jour, à chasser, et le soir, selon sa coutume, à boire avec ses courtisans. Une nuit, il fut

surpris par les Mongols, près du fort de Schirkébout, situé sur une hauteur dans le Moucan, tandis que les deux officiers d'avantgarde, sur la vigilance desquels il s'était reposé, restaient tranquilement à leur poste; il put à peine échaper à ses ennemis, en fuyant vers l'Aras. Les Mongols crurent qu'il avait passé ce fleuve et pris la direction de Gandja; mais Djélal s'était détourné vers l'Azerbaïdjan. Il s'arrêta dans la plaine de Mahan qui abonde en gibier, et chargea le prince Ya'coub, son prisonnier, qu'il avait emmené de Tébriz, d'aller exposer à son frère le prince Aschraf, la nécessité de joindre ses forces à celles du sultan, pour repousser un ennemi qui n'en voulait pas seulement à Djélal-ud-din et à ses Etats, mais qui aspirait à dévaster le reste des pays mahométans. Il le fit conduire auprès de Schéréf-ul-Mulk, mandant à ce vézir de faire partir avec lui un ambassadeur, qu'il munirait des instructions nécessaires. Schéréf-ul-Mulk envoya son propre vézir; mais il lui donna des ordres entièrement opposés aux intentions du sultan; car ce ministre était devenu infidèle à son maître.

Schéréf-ul-Mulk avait fait conduire dans l'Arran le Harem du sultan et son trésor,

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