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SIGNATURE DES AUTEURS.

A. L MM. Rurnbl (Aug.), de Rennes.

A. D Du Chatellier (Armand), de Quimper.

A. D. B De Blois (Aymar), de Quimper.

A. L. B La Borderie (Arthur Lemoynb De) , de Vitré.

A. M Marteville (A.), de Rennes.

And G d Guéraud (Armand), de Nantes.

Biz BizEui., de Blain.

C. D Cayot-délandre, de Vannes.

C. D. M Dugast-matifeux (Ch.), de Nantes.

Ch. C...t Cunat (Charles), de Saint-Malo.

Ch. L Laennec (Ch.), de Nantes.

De R. de R De Rostaing De Rivas.

E. C Carissan (Eugène), de Nantes.

E. T Talbot (Eugène), de Nantes.

F. S-LN-R Saulnier (Frédéric), de Rennes.

G. L. et G. L. J. Le Jean (G.), de Morlaix.

H. de S.-G. . De Saint-georges (H.).

J.-A. de K De Kergaradec (J.-A.).

L. de la V Lecourt De La Villbthassetz .

L. M Maopillé (Léon).

Lco R.n. d. 1. R... Roumain De La Rallayb (Léonce), de Rennes.

p. t...t Levot (Prosper), de Rrest.

P. de C POL DE COURCY.

R. R Kerambrun ( René ), de Lannion.

Th. H. de la V. . Hersart De La Vili.emarqub (Th.).

L Vnonyme.

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KAERDANIEL (gédéon Du Pré C C De),

que l'on croit né en Bretagne, est auteur de: I. Projet d'histoire généalogique de Bretagne ancienne et moderne , in-4°. M. de Kerdanet, auquel nous empruntons cette indication bibliographique, ne nous fait pas connaître si cet ouvrage a été publié. II. Aorégé généalogique de la maison d'Espinay, contenant sa directe et les cinq cent douze cartiers de feu monsieur le marquis d'Espinay de Broon, in-folio de 11 feuillets ou 22 pages, dont21 sont numérotées; la dernière , oui est blanche et forme le verso delà 21e, ne l'est pas. L'exemplaire que possède M. de Wismes de ce livre peu commun , n'a pas d'autre titre que celui ci-dessus, qui est en haut de la première page, et au-dessous duquel commence immédiatement la généalogie. Elle renferme peu de détails historiques , mais une prodigieuse quantité de noms, d'alliances, etc., ce qui la rend curieuse. Malheureusement , et chose bien bizarre , il n'y a pas dix dates au milieu de ces cinq cent douze quartiers. Les fautes d'orthographe, tant dans la rédaction que dans les noms propres , sont innombrables. En voici une pour exemple : Richard , sire d'Espinay, et seigneur d'Esterres (des terres), possédées par son père, etc.

M. de Kerdanet ajoute qu'il a laissé un manuscrit en 2 vol. in-fv intitulé : Généalogies des plus illustres maisons de France. Ce recueil était, en 1719 , dans la bibliothèque du prince Eugène de Savoie , et, en 1772 , dans celle de l'empereur d'Autriche. P. L...I.

KERALIO fGuYNEMENT De). — Cinq frères de ce nom, nés en Bretagne , servirent sous le

règne de Louis XV, et obtinrent tous la croix de Saint-Louis.

L'ainé, qui servait dans le régiment d'Aquitaine , fut tué à Philipsbourg en 1734, par le premier coup de canon tiré de la forteresse. Il était né vers 1715.

Celui qui devint l'aîné par suite de cette mort, et qui, plus tard , fut, comme le précédent, colonel de son régiment, était distingué dans sa famille par le] nom de Keralio du Luxembourg. Il fut chargé de diverses missions diplomatiques près des cours du Nord. Ayanl été envoyé avec le comte de Gisors , fils du maréchal de Belle-Ile, à la cour du grand Frédéric , il eut occasion , pendant un séjour de trois mois qu'il y fit, de donner à ce prince une preuve de la franchise de son caractère. Le roi l'avait invité à une revue. « Comment, » lui dit-il , votre petit régiment d'Aquitaine » s'en tirerait-il devant ces troupes-là? » — « Sire, il s'en tirerait avec l'estime de V. M., et l'honneur du nom français. » — Il fut aussi chargé de missions importantes auprès de la cour d'Espagne, où il séjourna, à diverses reprises , environ une vingtaine d'années. Ce fut lui et non son frère Louis-Félix, comme on le croit généralement, qui fut chargé, en qualité de gouverneur, de l'éducation de l'infant Ferdinand, duc de Parme , petit-fils de Louis XV, et ce fut lui aussi qui choisit Condillac pour précepteur du jeune prince. Lorsqu'il rentra en France, comblé des témoignages de reconnaissance de la cour d'Espagne, il acheta de Louis XVI, frère de Monsieur , la jouissance viagère du petit Luxembourg , dépendant du palais de ce nom. Mais la Révolution de 1789

T. II. 1

le chassa de cette demeure pour le jeter dans la prison des Carmes, avec son ami intime le duc de Nivernais. On prétend qu'au moyen d'une somme assez élevée, payée chaque mois à Fouquier-Tinville , les deux amis purent prolonger leur vie jusqu'au 9 thermidor.

Quoique Kéralio du Luxembourg n'ait rien écrit, c'était pourtant un homme d'un grand mérite. Mathématicien profond et versé dans presque toutes les langues vivantes, il s'était formé une bibliothèque considérable, composée aux trois quarts de livres en langues étrangères et de manuscrits précieux. Possesseur avant la Révolution d'une belle fortune, et jouissant de pensions élevées pour prix de ses services en France et en Espagne, il avait consacré cinquante mille écus à l'achat de cette bibliothèque. Il s'était fait aussi une belle galerie de tableaux , dont quelques-uns, notamment les portraits du duc et de la duchesse de Parme. sont encore conservés dans sa famille. Quand il eut perdu son ami le duc de Nivernais . il ne conserva que ses livres de mathématiques, pour lesquels il avait une prédilection marquée et qui devinrent désormais son unique étude.

Lorsqu'il avait été incarcéré , on s'était emparé de tous ses papiers, parmi lesquels figurait une généalogie de sa famille, faite par luimême avec beaucoup de soin; ils furent brûlés sur la place Vendôme, à l'exception de quatre lettres de l'Infant de Parme à son ancien gouverneur , lettres encore en la possession de Mmcla comtesse de la Belinaye, petitenièce de ce dernier.

Ayant perdu son petit Luxembourg avec sa fortune et ses pensions , il avait loué, rue de Condé, un hôtel ou il mourut, âgé d'environ quatre-vingt-dix ans, à la fin de 1805 , sans avoir perdu aucune de ses facultés. P.L t.

KERALIO ( ÂGATHON-GuYNEMEÏST de ) , né

vers 1734, entra au service à l'âge de quatorze ans, dans le régiment d'Aquitaine, servit ensuite dans les grenadiers de France, fut un des Îuatre majors-généraux de l'armée jusqu'en 760, et lit toutes les campagnes d'Allemagne et de Bohème. Devenu colonel à la suite des grenadiers de France et nommé inspecteur des treize écoles royales militaires, créées en 1775 par Louis XVI, il fut promu maréchalde-camp le 1er avril 1780 et continua son service d'inspecteur des écoles jusqu'en 1783, éIioque ou il fut obligé de résigner ces fonctions, es nombreuses blessures qu'il avait reçues à l'armée ne lui permettant plus de faire mille lieues par an , ainsi que le commandaient les exigences de son inspection.

Les Kéralio étaient prédestinés à faire l'éducation des princes de leur temps. CharlesThéodore, électeur de Bavière, ayant demandé

à Louis XV un militaire savant et capable de faire l'éducation du prince des Deux-Ponts, son fils (celui qui a régné depuis sous le nom de Maximilien-Joseph et est mort en 1824, adoré des Bavarois), le roi désigna Agathon de Kéralio. Le gouverneur, afin de remplir dignement le mandat qui lui était confié , composa pour l'éducation du jeune prince un certain nombre d'ouvrages traitant des finances , de l'état militaire , des fortifications , de la marine , ouvrages dont quelques-uns sont encore dans sa famille, mais dont la plus grande partie est déposée à la bibliothèque publique de Munich. L'éducation du prince terminée, l'électeur conféra à Kéralio le grade de lieutenant-général dans l'armée de Bavière et le décora du grand cordon de l'ordre de Saint-Hubert. Ce fut à son retour en France que Kéralio fut nommé commandeur de l'ordre de Saint-Michel et inspecteur des écoles militaires. Après une inspection de celle de Brienne , il avait rendu un compte favorable de Bonaparte , à qui il prêta même plus tard de l'argent. Dans le rapport d'inspection, adressé à M. de Marbeuf , Kéralio désigna, dit-on , le futur empereur comme devant être un jour un homme extraordinaire et le nota pour la marine. Quand le jeune élève de Brienne fut assis sur le trône de France . il se rappela les bontés de Kéralio, et en témoignage de la vénération qu'il professait pour sa mémoire , il accorda spontanément a sa veuve une pension de trois mille francs.

Lorsqu'il mourut à Paris, en 1788, on célébra en son honneur, par ordre de Louis XVI, un service solennel à l'Ecole militaire, service auquel assistèrent tous les élèves, le crêpe au bras. Parmi eux se trouvaient deux des petitsenfants du défunt, déjà orphelins de père et de leur mère, fille unique d'Agathon de Kéralio.

P.L...t.

KERALIO (alexis- Célestis Guy?<ement

De ) , servait dans le régiment d'Aquitaine , lorsqu'à l'une des plus sanglantes batailles de la guerre de Sept-Ans un événement malheureux vint briser sa carrière. Ayant eu un bras cassé d'une telle manière que l'enflure fil céder la couture de son habit, il tomba au pouvoir des Prussiens. Frédéric se faisait ordinairement représenter la liste des officiers prisonniers. Ayant remarqué le nom de Kéralio , il demanda des renseignements qui eurent pour résultat de lui apprendre qu'il était le frère de celui qui avait passé trois mois à sa cour. Le roi signa aussitôt l'ordre de le mettre en liberté et de lui restituer tout ce qui pouvait lui appartenir. Kéralio étant mort a Rennes, le 14 novembre 1782, pendant la tenue des Etats, l'Assemblée décida qu'il serait inhumé à ses frais, suivant l'usage pratiqué quand un de ses membres mourait dans le cours d'une tenue, et elle assista en corps, le lendemain, à ses funérail

KER les, qui furent célébrées dans l'église des Cordeliers. P. L...t.

KERALIO ( Lolis-féi.ix Gdtnement Db), né à Rennes, le 17 septembre 1731, servit d'abord, comme ses frères, dans le régiment d'Aquitaine; et, parvenu au grade de major, il obtint sa retraite avec la décoration de SaintLouis. Déjà connu par la traduction de quelques ouvrages utiles, il vint se fixer à Paris et s'y adonna d'abord exclusivement à la culture des lettres. La protection du duc de Choiseul lui ayant procuré la place de professeur de tactique à l'École militaire, il se fit un devoir de s'occuper tout spécialement de ses élèves et de composer divers ouvrages dans ce but, ce qui ne l'empêcha pourtant pas de donner ses soins à l'éducation de sa fille, et de remplir les fonctions d'interprètedu roi pour les langues étrangères. Dans le commencement de la Révolution, il s'y montra favorable; mais bientôt il en détesta les excès, et se sépara de sa fille et de son gendre, qui s'en étaient faits les apolo

fistes ardents. Il fut nommé commandant d'un ataillon de la garde nationale de Paris, lors de son organisation, et mourut à Grosley, dans la vallée de Montmorency, le 10 décembre 1793. Il était membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres de France et de celle de Stockholm. Il ne fut ni gouverneur du duc de Parme , ni inspecteur des écoles militaires , ainsi qu'il est dit dans la Biographie universelle, t. XXII, p. 315. Ces diverses fonctions, nous l'avons vu, furent exercées par deux de ses frères.

On a de lui : I. Les Penchants de la nature, discours qui a concouru pour le prix proposé, en 1768, par l' Académie royale des sciences et belles-lettres de Prusse, et quia obtenu l'accessit. Paris, Gauguery, 1769, in-12. II. Recherchessur les principes généraux de la tactique. (PI.) Paris, 1769, in-12 (1). III. Ilistoirede la guerre entre la Russie et la Turquie, et particulièrement de la campagne de 1769 , avec neuf cartes ( et des notes et observations du prince Dimilri de Gallitzin.) Saint-Pétersbourg, ( Amsterdam ), 1773, in-i° et in-8°. et en 2 vol. in-12 ; traduit en allemand, 1777-1778 , in-8°. Suivant Palissot, cette histoire aurait été faite sur de bons mémoires; mais Laharpe ( Corresp. lilt., t. III, p. 291 ) la regarde comme une gazette très-sèche. W. Histoire de la guerre des Russes et des Impériaux contre les Turcs.de 1736 à 1739, et de la prise de Delgradequi la termina.

(1) Il existe à la bibliothèque publique de Rennes, sous le n* 5814 . un ouvrage intitule : Béatement pour l'infanterie prussienne. traduit de l'allemand , par Gourlay de Kéralio ( Breton ). Berlin et Paris. Eslienne. 1757, 2 vol. in-12 Cet ouvrage est-il de quelque parent de Guynement deKéralio, qui aurait été distingué de lui par le nom de Gourlay? Ne serait-il pas de l'un de ses deux frères qui avaient résidé en Prusse?

KER 3

Paris, 1777, 2 vol. in-12; ibid., 1780, 1789 . 2 vol. in-8°; trad. en allemand. Leipzig, 1778 2 vol. in-8°.'

Les archives de l'ancienne Académie royale de la marine, déposées à la bibliothèque du port 7~J?rest' contiennent, à la date du 11 mars 1779, une délibération de cette compagnie portant « qu'on demandera à M. de Flcurieu un » manuscrit de M. de Kéralio, contenant une » traduction de l'Examen théorique et pratique » de la Construction et de la Manœuvre des vais» seaux, pardon Georges Juan, traduction qui » avait été remise dans les bureaux de la ma» mm pour être envoyée à Brest. » Nous n'avons trouvé aucune trace de cet envoi. Les moires secrets pour servir à l'Histoire de la publique des Lettres (t. XXV, p. 282, et t. XXVI, p. 351 ) nous apprennent aussi que Kéralio avait lu a l'Académie des inscriptions et belles- lettres, dans ses séancesdes21 avril et 12 novembre 1784, un Mémoire sur les Lois et Usages militaires des Grecs et des Romains, mémoire écrit d'un style rapide, précis et pourtant très-plein, dans lequel il s'attachait à démontrer combien l'éducation de la jeunesse et la discipline militaire donnaient de force aux Républiques d'Athènes et de Rome, et où il faisait pressentir les avantages qu'on pourrait tirer de certains principes en usage chez les Romains.

Kéralio a inséré dans les Notices des Manuscrttsde la bibliothèque du Roi l'extrait du Chronicon regum Sueciœ, ouvrage composé en suédois par l'archevêque Olaûs Pétri (t. Ier) • celui du Joms-Wicking Saga, traduit en latin par Arngnm Jonœ (t. II), et la Notice d'un manuscrit du xvie siècle, contenant les Lois municipales de Suède (t. VI, p. H j. Il est encore auteur des deux mémoires suivants, imprimés parmi ceux de l'Académie des inscriptions et belleslettres : De la Connaissance que les anciens ont eue des pays du nord de l'Europe, en deux parties (t. XLV, 1793);— Mémoire sur l'origine du peuple suédois (t. XLVI, 1793).

On lui doit encore,comme traducteur: I. Collection de différents Morceaux sur Vllistoirenaturelle et civile du Nord et sur l'Histoire naturelle en général. Paris, David, 1763, 2 vol. in12. — II. Voyage en Sibérie, contenant la description des mœurs et des usages des peuples, les noms des rivières, la situation des montagnes, traduit de l'allemand de Gmelin. (Fig.) Paris' Desaint, 1767, 2 vol. in-12—III. Histoire naturelle des glacières de Suisse, trad. de l'allemand de Grimer. (Fig.) Paris, Cucliet, 1770, in-4\ — IV. Mémoires de l'Académie royale des sciences de Stockholm, concernant l'Histoire naturelle , la Physique, la Médecine , l'anatomie, la Chimie, l'Economie, les Arts, etc. Paris Panckoucke, 1772, in-4°. (T. I" et unique, formant le t. XI de la Collection académique, partie étrangère.)—V. Discours sur l'amour de la patrie, trad.de l'anglais de Richard Price.Paris, 1789, in-80.—VI. Une traduction complète et inédite de l'Edda, qui était encore en 1812 entre les mains d'un libraire de Lausanne.

Enfin, il a travaillé au Journal des Savants, depuis 1783 jusqu'à la fin de 1792, et il a concouru avec sa fille et son gendre à la rédaction du Mercure national, ou Journal d'état et du citoyen, dont quatre-vingt-sept cahiers in-8° parurent du 31 décembre 1789 au 29 mai 1791.

Kéralio avait épousé M"e Marie-Françoise Abeille, née en Bretagne. Nous ignorons les lieux et époques de sa naissance et de son décès. On lui doit : I. Fables de Gay, suivies de son poème de rEventail. Paris, 1759, in-12. La traduction de Mme de Kéralio passe pour rendre l'original avec fidélité et élégance.—IL Les Succès d'un Fat. Paris, Lesclapart, 1762, 2 parties, in12.—III. Les Truites, Paris, 1792, in-12.

P. L...t.

KÉRALIO (Madame ROBERT, née Cm- Félicité GUYNEMENT de ), —fille des précédents, née à Paris, le 25 août 1758, n'avait pas encore dix-sept ans lorsqu'elle se lança dans la carrière littéraire. Son intelligence naturelle s'était heureusement développée sous l'influence de l'éducation qu'elle avait reçue de son père; mais l'abus précoce de ses facultés a eu pour résultat de ne procurer qu'une existence éphémère aux nombreux ouvrages qu'elle a publiés, traduits ou édités. Elle avait trentetrois ans, et était membre de l'Académie d'Arras et de la Société patriotique de Rennes, lorsqu'en 1791, elle épousa Robert, son collaborateur , depuis dix-huit mois, au Mercure national. On a tout lieu de croire qu'elle partagea l'absurde ambition de son mari, jacobin exalté. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire le chapitre que Mme Roland a consacré aux deux époux dans le t. II, p. 205-216 de ses Mémoires. Paris, Baroycr, 1823, 2 vol. in-12. On y voit avec quelle verve piquante l'Égérie des Girondins peint « la petite femme spirituelle, adroite et flère, » ainsi que « son gros mari, à face de

> chanoine, large, brillante de santé et de con» tentement de soi-même, avec cette fraîcheur "que n'altèrent jamais de profondes combinai

> sons. » On y voit aussi quel généreux asile elle offrit à M. et Mme Robert, dans un moment de danger assez sérieux pour eux, quelles sottes imprudences ils commirent, et quelles remontrances elle fut obligée de leur adresser. Tout cela ne servit à rien . comme le prouve la suite du récit de Mme Roland. Le jour de la proclamation de la loi martiale au Champ -de-Mars, Robert y rédigeait la pétition du peuple sur l'autel de la patrie, et sa femme était à ses côtés , lorsque la fusillade les obligea à se sauver, et ce fut à grand'peine qu'ils parvinrent à gagner la demeure de M"" Roland , ou ils restèrent jusqu'au lendemain. « Il était midi, ajoute » celte dernière. M. et Mme Robert parlèrent

» d'aller chez eux, où tout devait être en dé» sordre. Je leur dis que, par cette raison, s'ils » voulaient accepter ma soupe avant de partir, » je la leur ferais servir de bonne heure. Ils me » répliquèrent qu'ils aimeraient mieux revenir, » et s'engagèrent ainsi en sortant. Je les revis » effectivement avant trois heures. Ils avaient » fait toilette : la femme avait de grandes plu» mes et beaucoup de rouge; le mari s'était re» vêtu d'un habit de soie bleu-céleste, sur le» quel ses cheveux noirs, tombant en grosses » boucles , tranchaient singulièrement. Une » longue épée à son côté ajoutait à son costume » tout ce qui pouvait le faire remarquer. Mais. » bon Dieu! ces gens-là sont-ils fous, me de» mandai-je à moi-même, et je les regardais » parler pour m'assurer qu'ils n'eussent point » perdu l'esprit. Le gros Robert mangeait à » merveille et sa femme jasait à plaisir. Ils me » quittèrent enfin, et je ne les revis plus ni ne » parlai d'eux à personne. »

Mme Roland eut pourtant de nouveaux rapports avec M. et Mmc Robert. Voici comment elle nous les fait connaître : « De retour à Pa» ris, l'hiver suivant, Robert, rencontrant Ro» land aux Jacobins, lui fit d'honnêtes repro» ches ou des plaintes de politesse de n'avoir » plus eu aucune espèce de relation avec nous. » Sa femme vint me visiter plusieurs fois, m'in» viter, de la manière la plus pressante, à aller » chez elle deux jours de la semaine, où elle » tenait assemblée , et où se trouvaient des » hommes de mérite de la législature Je m'y » rendis une fois. Je vis Antoine, dont je con» naissais toute la médiocrité, petit homme, bon » à mettre sur une toilette, faisant de jolis vers, » écrivant agréablement des bagatelles, mais » sans consistance et sans caractère. Je vis » d'autres députés patriotes à la toise, décens » comme Chabot : quelques femmes ardentes » en civisme et d'honorables membres de la » Société fraternelle achevaient la composition » d'un cercle qui ne me convenait guère, et » dans lequel je ne retournai pas. A quelques » mois de là, Roland fut appelé au ministère; » vingt-quatre heures étaient à peine écoulées, » que je vis arriver chez moi Mmo Robert. « Ah! » ça, voilà votre mari en place; les patriotes » doivent se servir réciproquement; j'espère que » vous n'oublierez pas le mien.—Je serais, Ma» dame, enchantée de vous être utile; mais j'i» gnore ce que je pourrais pour cela, et cer» lainement M. Roland ne négligera rien pour » l'intérêt public, par l'emploi de personnes ca» pables. »—Quatre jours se passent; Mme Ro» bert revient me faire une visite du matin; au» Ire visite encore peu de jours après, et tou» jours grande instance sur la nécessité de pla» cer son mari, sur ses droits à l'obtenir par son » patriotisme. J'appris à Mme Robert que le mi» nistre de l'intérieur n'avait aucune espèce de » place à sa nomination , autres que celles de

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