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pour servir à l'éducation des enfans de S. A. S. monseigneur le duc d'Orléans, et dans lequel on expose et l'on réfute les principes des prétendus Philosophes modernes. Par madame la marquise de Sillery, ci-devant madame la comtesse de Genlis. Un gros vol. in-8vo. avec cette épigraphe tirée des sermons de Massillon. , Il y a dans les maximes de l'Evangile une noblesse et une élévation les cœurs vils et rampans ne sauraient atteindre. Le bon roi David avait commencé par jouer de la harpe ; il finit par être un héros, et, qui plus est, un prophète. Madame la marquise de Sillery a

débuté, dit-on, dans le monde comme le prophète

roi : eh bien ! serait-ce une raison pour ne pas lui pardonner aujourd'hui d'aspirer au titre glorieux de Mère de l'Eglise ? Le charme des talens agréables occupa les premières années de sa vie, et l'on put croire long-temps que le désir de plaire était sa seule étude. Ses premiers ouvrages, ses Mères rivales, et les deux premières parties de son Théâtre d'Education, annoncèrent déjà des vues plus élevées, mais on n'y pouvait reconnaître encore qu'une prétention qu'il y aurait eu bien de l'humeur à lui disputer, celle de paraître dans ses écrits, aux yeux de tous ceux qui avaient alors le bonheur de la voir, une femme charmante, pleine d'esprit, de grâce et de naturel. En admirant encore dans ses Veillées du Château, ainsi que dans son Adèle et Théodore, un mérite de style infiniment rare et des morceaux entiers d'une imagination très-douce et très-sensible, le public parut juger l'ensemble de ces deux ouvrages avec plus dé sévérité, il y remarqua des principes hasardés avec autant d'assurance que · de légèreté, des satires trop amères, ce ton imposant sans aucun droit à l'étre, dont elle a fait souvent elle-même une critique si fine et si juste, et qui sied sûrement encore moins au visage d'une jolie femme qu'à celui d'un sage ou d'un docteur. Ses Annales de la Vertu n'offrent qu'une compilation également dépourvue de méthode et d'intérêt; si c'est de tous ses ouvrages celui qui a le plus ennuyé, c'est peut-être aussi celui qui lui appartient le moins. Quoi qu'il en soit, tous ces ouvrages qu'on vient de rappeler, et dont la collection complète forme déjà quinze ou seize volumes de quatre ou cinq cents pages chacun, tous ces ouvrages n'étaient que des leçons de morale, de littérature et de philosophie. Celui que nous avons l'honmeur de vous annoncer est un livre de théologie et même de controverse ; l'objet qu'on s'y propose est de défendre la religion, et de la défendre contre ses plus dangereux ennemis, les philosophes modernes. Voici de quelle manière on a cru devoir exécuter cette pieuse entreprise. On commence par rapporter quelques passages de Clarke et de l'abbé Gauchat, pour démontrer l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. Il y a long temps qu'on a rendu justice à l'excellent traité de Clarke, mais la plupart de nos lecteurs auront

besoin sans doute qu'on leur fasse connaître l'abbé Gauchat ; c'est un grand docteur en théologie qui a fait un petit ouvrage en dix-huit ou vingt volumes seulement, intitulé, Lettres critiques, ou Analyse et Réfutation de divers Ecrits modernes contre la Religion ; c'est un si beau livre que personne n'a jamais pu le lire, et que madame de Sillery, malgré tout son respect pour l'auteur, est convenue ellemême n'en avoir pas osé citer quatre phrases de suite sans en retoucher le langage. Ce premier point de doctrine si heureusement établi, l'on passe tout de suite à l'éternité des peines, et il n'est aucun dogme de notre sainte religion sur lequel on se soit arrêté avec plus de complaisance. L'auteur y paraît tendrement attaché ; après avoir fait sentir, dans un assez long chapitre, tout l'agrément et toute l'utilité des peines éternelles, sa morale croit pouvoir se passer des remords ; il nie absolument que les scélérats en soient susceptibles : à ce compte, vous voyez que la conscience n'est plus qu'un effet de la grâce. On explique l'aveuglement,spirituel par quelques passages des sermons de Bourdaloue. Le péché originel n'est pas de nos mystères celui qu'on trouve le plus incompréhensible; on lui consacre cependant un chapitre entier, et l'on se contente de quatre ou cinq pages pour expédier tous les autres. On revient ensuite à des réflexions sur la création et sur la providence, où l'auteur semble reprendre son ton naturel, celui d'une éloquence simple et touchante. Il paraît s'en écarter encore de nouveau en voulant prouver théologiquement la nécessité d'un culte, d'une révélation, en discutant de la même manière la mission divine des apôtres et des prophètes. Dans toute cette première partie de l'ouvrage, qui n'est pas à beaucoup près la plus étendue, il est aisé de s'apercevoir que l'auteur se fatigue très-vainement à vouloir manier des armes qui ne sont point du tout à son usage. Madame de Sillery retrouve un emploi plus heureux de son talent lorsque sa charité se permet d'at taquer plus directement le ridicule de nos philosophes modernes ; les traits dont elle peint leurs préjugés, leur fanatisme, leur inconséquence, leur morgue et leur orgueil, pourront paraître quelquefois assez piquans ; nous citerons, par exemple, la manière dont elle caractérise l'auteur de la Vie de M. Turgot : on sait que c'est M. le marquis de Condorcet. ** L'auteur, froid, sérieux, compassé, pro* pose tranquillement le bouleversement total des * lois et des coutumes religieuses, politiques et ci* viles ; il ne s'anime jamais ; il débite les maximes les plus bizarres avec cette pesanteur que l'on ne " reproche guère qu'à la raison ; sa folie ne ressem* ble point au délire, elle n'est point par accès; elle * est constante, égale, flegmatique, et quoiqu'ex* cessive, elle n'amuse point ; elle est si monotone, * elle se manifeste d'une manière si peu piquante, " qu'elle n'inspire ni curiosité ni surprise. La destinée du livre a été aussi extraordinaire que le * livrc même; il attaquait la religion, le gouverne

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· * ment et les lois, et il n'a point fait de bruit. C'est d'une manière beaucoup plus détournée que M. de La Harpe s'est senti vivement blessé de la citation d'un certain auteur dramatique (nommé Magnon), beaucoup moins célèbre par ses talens que par l'excès de son amour-propre et de son orgueil, qui, dans la préface de sa Jeanne de Nap'es (mauvaise tragédie), dit au lecteur : Mon entreprise est de te produire, en dix volumes de vingt mille vers, une science universelle, mais si bien conçue et si bien expliquée, que les bibliothèques ne te serviront plus que d'un ornement inutile, etc." Si la charité seule a pu dicter tant de traits d'une satire plus ou moins personnelle, c'est ce que nous n'examinerons point ici ; mais ne paraîtra-t-il pas toujours assez singulier que les trois quarts d'un ouvrage intitulé : la Religion considérée comme la base unique du bonheur et de la véritable philosophie, soient employés uniquement à relever les ridicules, les inconséquences, les fautes de langage et de goût de nos philosophes modernes ? Regardera-t-on comme une preuve fort édifiante de l'humilité chrétienne de madame de Sillery, ci-devant madame de Genlis, la prétention d'apprendre aux premiers écrivains de la mation leur langue, les premiers élémens de la grammaire et de la rhétorique ? Pourrat-on se persuader encore que la preuve la plus évidente de la vérité de l'Evangile, puisque c'est celle que notre nouvel apôtre s'attache à faire valoir avec le plus de chaleur et de zèle, ce soit précisément le

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