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des rentes viagères, dont l'extinction se fera avee une somme pareille dans le même laps de temps. Cet évènement sera un des plus beaux et des plus touchans du règne de notre monarque, et fera connaître la sagesse et la supériorité de son ministre dans les finances." ". .. • ' - - , - Quelque douces et consolantes que soient les espérances que ce précis offre aux vœux de la nation, on la connaîtrait bien peu si l'on pouvait penser qu'elles fussent capables d'en imposer à cette gaîté maligne qui se joue également et du bonheur et du malheur public. En France, le meilleur des | rois ne sera pas moins en butte à ses traits que ne le serait le plus injuste des tyrans. Les couplets, les sarcasmes, les facéties de toute espèce sont dans tous les temps le hochet favori de ce peuple enfant. Qu'on lui fasse du bien ou du mal, en rire est son premier besoin : .. .. Il peste, il crie, Et tout finit par des chansons.

N'a-t-on pas vu des placards où l'on annonce que la grande troupe de M. de Calonne donnera, le 29, la première représentation des Fausses Apparences, des Dettes et des Méprises ?N'a-t-on pas ajouté que si les acteurs hésitaient dans leur rôle, l'auteur se chargerait lui-même de les souffler ? N'a-t-on pas dit encore qu'un des objets les plus curieux de la prochaine assemblée serait un discours de M. le duc de Chabot, sur l'économie, traduit en français

par M. le duc de Laval ? M. le duc de Chabot est .

connu par la prodigalité de ses dépenses ; M. de Laval par un jargon très-original, parce qu'avec assez d'esprit naturel, ses idées et ses expressions ne marchant jamais de concert, il ne cesse de faire les coqs-à-l'âne du monde les plus ridicules. La société de madame de La Vallière est dans l'usage de lui donner toutes les années, pour ses étrennes, de superbes présens en parfilage. Ne s'est-on pas avisé de lui donner cette année une table, au milieu de laquelle sont deux ou trois gros chats entourés d'animaux de toute espèce, décorés da mitres, de cordons, de rochets, et faisant de la bouillie, etc. etc. Quelqu'un écrivait l'autre jour à madame la duchesse d'Enville : Que pensez-vous de l'assemblée des notables ? : Voici sa réponse : " Moi, je n'augure bas bien " D'un choix qui n'est pas le mien." Ces paroles sont tirées de la Fausse Magie. On donnait dernièrement à Versailles, au théâtre de la ville, une représentation du roi Théodore, opéra de Paësiello, que les priviléges de l'Académie royale de musique ne nous permettent point de voir à Paris. Au moment où Théodore exprime si naturellement sa détresse et l'embarras où il se trouve, une voix du parterre lui cria tout haut : Que n'assemblez vous les motables ? On voulut saisir l'homme soupçonné de s'être permis une plaisanterie aussi indécente ; mais la reine, présente au spectacle, eut la sagesse et la bonté d'empêcher qu'on ne donnât plus de suite et plus d'éclat à une pareille impertinence, en la punissant comme elle l'eût mérité.

Tous les jours l'on entend citer quelque nouvelle gaîté de ce genre ; mais de semblables folies, à force d'être communes, ne sont plus heureusement d'aucun effet. Le bien qui doit se faire se fait également ; la nation ne perd pas l'habitude de rire, et, bien ou mal à propos, rire est toujours une assez bonne chose.

Epitaphe sur le tombeau de madame de Lassay,
par son mari.
La mort seule nous sépara.
Notre amour constant et fidèle

Aux amans toujours servira
De reproche ou bien de modèle.

Couplets sur l'Assemblée des Notables, attribués à M. de Rhulière.

Dis-moi, mon cher, ce que tu penses.
Les notables vont s'assembler
Pour régler, dit-on, les finances.-
Sans doute.-Ah ! tu me fais trembler.-
Pourquoi ?-Lorsqu'un malade empire,
On réunit des médecins.
Ils viennent, le malade expire,'
On paye encor les assassins.

On nous parle aussi de réforme ;
C'est bien fait, j'approuve cela.
Eh ! bon, ce n'est que pour la forme,
Jamais on n'y travaillera.
Ministres, commis, secrétaires,
Evêques, ducs et caetera,
Entendent trop bien leurs affaires
Pour donner dans ce paquet-là.

Avons-nous au moins l'espérance
Devoir soulager les sujets ?
Eh ! mon ami, toujours en France
On fut magnifique en projets.
Dans la solennelle assemblée
Maint orateur s'élèvera ;
Mais, avant deux mois, en fumée
Tout cela se dissipera.

M. de Calonne était à jouer, l'autre jour, au trictrac ; il entendit M. le vicomte de Ségur qui fredonnait au coin de la cheminée ce vieux couplet : Voulez-vous savoir le souverain bien ? C'est de manger tout, de ne laisser rien, Voir les fillettes, Boire du bon, Envoyer ses dettes, A colin trampon. Voudriez-vous bien, mon cher vicomte, me donner l'adresse de ce monsieur ? Parmi cette foule de calembours et de jeux de mots qu'on entend répéter tous les jours sur l'assemblée des notables, nous ne nous permettrons d'en citer qu'un seul, qui a du moins le mérite d'être exact et gai. L'on prétend que M. Gobelet, avant d'être pourvu de la dignité de premier échevin, était un fort honnête marchand bonnetier; il se plaignait à un ami de l'embarras où il allait se trouver pour remplir dignement son rôle dans l'assemblée des notables. Ce que je vous conseille, ma foi, lui répliqua celui-ci, c'est de parler bas et d'opiner du bonnet.

Fragment d'une Lettre de feu M. Diderot à son amie mademoiselle Voland. Du Grand-Val (maison de campagne de M. le baron d'Holbach), le 20 Octobre, 176o.

.. .. Sur les sept heures, on s'est mis à des tables de jeu, et M. Le Roi, Grimm, l'abbé Galiani et moi nous avens causé. Oh ! pour cette fois, je vous apprendrai à connaître l'abbé, que peut-être vous n'avez regardé jusqu'à présent que comme un agréable. Il est mieux que cela.

Il s'agissait, entre Grimm et M. Le Roi, du génie qui crée et de la méthode qui ordonne. Grimm déteste la méthode ; c'est, selon lui, la pédanterie des lettres : ceux qui ne savent qu'arranger feraient aussi bien de rester en repos ; ceux qui ne peuvent être instruits que par des choses arrangées feraient aussi bien de rester en repos ; ceux qui ne peuvent être instruits que par des choses arrangées feraient aussi bien de rester ignorans.—Mais c'est la méthode qui fait valoir.—Et qui gâte.—Sans elle on ne profiterait de rien.—Qu'en se fatigant, et cela me serait que mieux. Où est la nécessité que tant de gens sachent autre chose que leur métier ?-Ils dirent beaucoup de choses que je ne vous rapporte pas, et ils en diraient encore si l'abbé Galiani ne les eût interrompus comme ceci :

Mes amis, je me rappelle une fable, écoutez-la ; elle sera peut-être un peu longue, mais elle ne vous ennuiera pas.

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