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De lui rester fidèle.. mais
Ariste est l'amant de sa femme,
lls n'ont qu'un cœur, ils n'ont qu'une âme,
Ariste l'idolâtre. .. mais
La jeune Annette est sa voisine :
Elle est folle, vive, mutine :
Du reste assez maussade.. mais
Madame Ariste a mille attraits,
Des yeux, une taille divine
Que son époux admire.. mais
La jeune Annette est sa voisine.

S'il y a eu peu de nouveautés dramatiques au Théâtre de la Nation, il y en a eu d'un autre genre, et peu s'en est fallu qu'il ne soit devenu le théâtre de quelques dissensions assez vives pour donner de justes alarmes à la sagesse de notre auguste Municipalité. Le parterre a plus d'une fois fait frémir l'orchestre et les loges, et il est arrivé au moins deux fois que des citoyens paisibles, ne pouvant se sauver par la porte, ont jugé qu'ils n'avaient point de meilleur parti à prendre que celui d'escalader le théâtre et de s'enfuir par les coulisses. L'origine ou le premier prétexte de toutes ces scènes a été le refus de remettre la tragédie de Charles IX lors de la Fédération ; on répondit au public qui demandait la pièce que deux acteurs qui devaient y jouer étaient malades. M. Talma s'avança fort indiscrètement sur la scène et fit trop bien entendre que, si tous les Comédiens étaient aussi bons Révolutionnaires que lui, la pièce pouvait être donnée. Un pareil soupçon d'aristocratie jeté publiquement sur

TOME IV. 2 G

ses camarades leur parut dans les circonstances actuelles un crime de lése-comédie, et tous, à l'exception de madame Vestris, de M. Dugazon et mademoiselle Desgarcins, arrêtèrent de ne plus commumiquer avec le sieur Talma. Le parterre échauffé par les amis de M. Talma, de madame Vestris, de M. Chénier, ne perdit aucune occasion de redemander à grands cris et Charles IX et Talma. L'autre parti ne manqua pas d'y envoyer également ses émissaires, et le spectacle fut souvent interrompu par cette grande querelle qui faillit plusieurs fois donner lieu à l'explosion la plus violente ; enfin l'autorité municipale ne crut pas devoir différer plus long-temps de s'en mêler. En attendant que l'on eût examiné le fonds même du procès, l'on ordonna provisoirement aux Comédiens de donner une représentation de Charles IX. Ces Messieurs ayant osé résister, on fit fermer un jour leur salle, en les menaçant de toute la sévérité municipale et de toute la colère du Peuple. Ils furent obligés de céder à la force et de donner la représentation qu'on avait exigée de leur obéissance. Elle fut fort tumultueuse, mais il n'y avait point de précautions qu'on n'eût prises pour empêcher le désordre : dans la salle même le chef de la Municipalité, environné des principaux officiers de la ville, occupait la loge du Roi, et toutes les avenues étaient gardées par de nombreux détachemens de la Garde à cheval ; la contre-révolution, dont beaucoup d'honnêtes citoyens se voyaient déjà ménacés, fut heureusement prévenue ou réprimée. Le lendemain plusieurs Comédiens n'en eurent pas moins l'audace de donner leur démission, entre autres mesdemoiselles Raucour et Contat qui n'ont pas reparu depuis. Quant au sieur Désessarts, il abandonne, dit-on, les rôles à manteau pour les rôies à écharpe ; il a reçu son brevet de surnuméraire dans la brave Légion des vétérans, connue sous la dénomination de Régiment Royal Pituite. Les Actes des Apôtres assurent qu'il a commandé dans l'Inde une nappe de soixante-dix couverts pour lui servir d'écharpe.

Novembre, 1790. La Politique d'une femme honnête et sensible. A

une dame, quelques jours avant son mariage.

Quand vous aurez prononcé le serment
De rendre heureux l'époux qui vous aura choisie,
Semez de fleurs tous les jours de sa vie,
Aimez en lui votre ami, votre amant.
Que dans vos bras paisiblement
Il répose ; soyez son ange tutélaire,
Veillez, loin de son cœur chassez les noirs chagrins ;
Qu'il trouve auprès de vous plus purs et plus sereins
L'air qu'il respire et le jour qui l'éclaire ;
C'est ainsi qu'en vos fers vous saurez l'arrêter.
Si malgré tant de soins il devient infidèle,
En reproches amers gardez-vous d'éclater ;
Mais offrez-lui des mœurs un si parfait modèle
Qu'il soit forcé de l'imiter ;
Et si votre exemple le touche,
S'il revient à vos pieds abjurer son erreur,
Qu'il trouve en arrivant l'amour sur votre bouche
Et le pardon dans votre cœur.

Fragment de la comédie des Sentimens secrets, par madame la baronne de Staël.

C'est la comtesse qui dit à Sophie, sa pupille et sa rivale sans le savoir : " On se désintéresse à la fin de soi-même, • On cesse de s'aimer si quelqu'un ne nous aime, Et d'insipides jours l'un sur l'autre entassés Se passent lentement et sont vite effacés, Ne pensez pas non plus qu'il suffise, Sophie, De songer au bonheur dans l'hiver de la vie ; Celui qu'on goûte alors du passé doit venir. Ceux qui nous ont aimés peuvent seuls nous chérir. C'est par le don heureux des jours de sa jeunesse Qu'on mérite l'amour jusque dans la vieillesse. Le cœur qui fut à nous vit de ses souvenirs, Et les prend quelquefois pour de nouveaux plaisirs.

Encore quelques réflexions assez inutiles. N'est-il pas par le monde beaucoup de gens qui proposent de filer des principes comme les cordiers filent leur corde, les yeux tournés du côté d'où ils partent, le dos tourné vers celui où ils vont.

Lettre de Henri Jessé à quelques Journalistes sur l'affaire d'Avignon. Il y a quinze mois, dites-vous, que je passe ma vie à m'étonner, cela me fatigue. Eh bien, voyons s'il y a vraiment lieu de s'étonner si fort, car je me suis aperçu plus d'une fois que ce qui se passe sous nos yeux ne nous paraît souvent si nouveau que parce que nous ne nous y attendions guère, ou parce que nous avons oublié ce que nous avions lu cent et cent fois dans l'histoire. \

On est d'abord dans l'admiration de tous les grands principes que la Révolution a mis en lumière. Aurait-il fallu, en effet, deux ou trois mille siècles d'étude et de réflexion pour découvrir Que le grand nombre est le grand nombre ? Que c'est dans le grand nombre que réside la puissance souveraine, tant que sa propre expérience ou bien l'habileté du petit nombre n'ont pas su lui persuader que cette énorme puissance devenait pour lui-même le plus dangereux des fléaux ? Quels ont été les temps de trouble, de révolution, où le grand nombre ne s'est pas senti le maître, ne s'est pas emparé de tous les pouvoirs, et n'a pas prétendu les exercer ou les faire exercer tous à sa manière ? Les mécontens de Rome, retirés sur le MontSacré, les Maillotins au quinzième siècle, les partisans de Jean Hus, ceux de Jean de Leyde, les Ligueurs, les Frondeurs; de nos jours les Camisards des Cévennes, sans avoir lu les profonds écrits du grand-vicaire de Chartres*, n'étaient-ils pas tous imbus de la même doctrine ? Est-il besoin de beaucoup d'éloquence ou de beaucoup d'instruction pour apprendre aux hommes qu'ils sont tous égaux, et que pour être libres de toute espèce de joug ils n'ont qu'à l'oser, ils n'ont qu'à le vouloir ? La difficulté fut-elle jamais de donner à la multitude le sentiment de tóute l'étendue de ses droits, * M. l'abbé Siéyès, l'auteur de Qu'est-ce que le Tiers-Etat ° etc.

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