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osons louer de rester au-dessous du sujet. Trois cents villes fortifiées et réparées par Vauban sont le plus bel ouvrage qu'il ait composé lui-même en son honneur, et le plus brillant de tous les éloges." Nous citons ce morceau comme indiquant toutà-la-fois la difficulté du sujet, le sentiment que l'auteur paraît avoir eu lui-même de l'imperfection de son ouvrage, et sa meilleure excuse. On a fort applaudi l'apostrophe adressée aux détracteurs * de la gloire de Vauban. * Laissez-nous une erreur qui nous est chère, n'ôtez pas à votre Nation l'objet de son culte et de son amour, les modèles de ses efforts et de sa louable émulation. Ah ! loin de rabaisser à nos yeux, consacrez tout votre talent à les rehausser encore. Respectez un usage pieux qui acquitte la dette de la Nation envers les citoyens qui l'ont illustrée, et, au lieu d'attaquer un héros qui n'est plus, venez avec nous placer sa statue dans le temple des demi-Dieux Français, venez graver sur la base : à Vauban, conservateur des hommes." M. de Voltaire ne croyait guère plus à la Dîme royale du maréchal de Vauban qu'au Testament politique du cardinal de Richelieu. M. l'abbé Noël a rassemblé dans une note particulière toutes les preuves de l'authenticité de cet ouvrage ; la plus forte sans doute est le témoignage de M. Gaillard qui l'a vu éerit tout entier de la propre main du

* A leur tête est, comme on sait, M. de La Clos, l'auteur des Liaisons dangereuses.

Maréchal. On n'a pas manqué d'y ajouter toutes les particularités intéressantes qu'en a rapportées le duc de Saint-Simon dans ses Mémoires. M. l'abbé Delille a terminé la séance par la lecture de quelques fragmens de son Poëme sur l'Imagination, et nommément une superbe description des catacombes de Rome. Si l'on ne craignait pas de s'être laissé éblouir par le charme de la déclamation la plus séduisante, on oserait dire que c'est le plus beau morceau de poésie qui existe dans notre langue. Le sujet du prix d'éloquence que propose l'Académie pour l'année prochaine est l'Eloge de Benjamin Franklin. Le prix fondé par l'abbé Raynal, déjà remis deux fois, sera partagé en deux médailles, dont d'une de 1200 liv. sera donné à un Discours historique sur le Caractère et la Politique de Louis XI. ; l'autre de cent louis à un Discours sur cette question : Quelle a été l'influence de la découverte de l'Amérique sur les mœurs, la politique et le commerce de l'Europe ? Le prix proposé l'année dernière pour l'Eloge de J. J. Rousseau était de 600 liv : une personne qui ne se nomme point y ajoute une pareille somme ; ainsi la médaille en 1791 sera de 1200 liv. L'Académie a eu cette année trois prix de vertu à distribuer, celui fondé par M. de Monthion, et deux autres dont les fonds ont été fournis extraordinairement par la Reine et par M. le duc de Penthièvre. Deux de ces prix ont été donnés à un habitant de Chaillot et à son fils, qui, se dévouant héroïquement au plus grand péril, sont parvenus à sauver sept personnes qui se noyaient dans la Seine ; le troisième à une fille qui a sacrifié toute son existence pour rendre à sa mère dans une maladie affreuse, et qui a duré dix-sept ans, les soins les plus pénibles et les plus assidus.

Septembre, 1790. * Le célèbre Cook, dans la relation de son premier voyage autour du monde, raconte qu'il vit représenter à Vlitéa, une des îles de la Société, une espèce de comédie-pantomime où les acteurs, tous hommes, se trouvaient divisés en deux partis sous la dénomination de noirs et de blancs. Le parti noir représentait un maître et des serviteurs, le parti blanc représentait le peuple. Voici en peu de mots le sujet de la pièce. Le maître charge ses serviteurs de garder un panier rempli de provisions, les blancs viennent exécuter divers pas graves en tâchant d'enlever le panier; les noirs le défendent en battant des encrechats. Après de vives altercations, les noirs fatigués s'asseyent autour du dépôt, et s'appuyant dessus se livrent au sommeil. Les · blancs, profitant de la circonstance, s'approchent à pas doux et mesurés, et, soulevant les noirs de dessus le panier, emportent leur proie. Les noirs se réveillent bientôt, expriment leur douleur par une pantomime très-animée, et finissent par se consoler en dansant."

Cet apologue n'en est pas un ; nous avons trouvé le passage dans le troisième volume de l'édition in 4to. à quelques légères altérations près. Dans Cook le parti noir n'est que le parti brun, et le parti blanc, au lieu de représenter le peuple, représente tout simplement une troupe de voleurs.

Les Echecs.

Lorsque le Cavalier imprudemment s'avance,
Quand le Fou mal conduit s'égare sans retour,
Les Pions aisément s'emparent de la Tour.
La Reine embarrassée aggrave alors la chance,
Et le malheureux Roi dans ce moment ingrat,
Cerné de toute part, est fait Echec et Mat.

Octobre, 1790. Jeanne Gray, tragédie en cinq actes et en vers,

composée en 1787. A Paris, 179o. Cette pièce, dont madame la baronne de Staël , m'a fait tirer qu'un très-petit nombre d'exemplaires pour les donner à ses amis, est précédée d'une préface, où elle-même s'explique ainsi sur son propre ouvrage : " Je crois avoir suivi l'histoire avec exactitude dans cette tragédie de Jeanne Gray. Le comte de Pembroke est le seul caractère qu'elle ne m'ait pas donné, mais il ne lui est pas contraire, et Rowe dans un ouvrage sur le même sujet l'indique assez pour autoriser un autre à le peindre. Sa tragédie n'a pas eu un grand succès en Angleterre, et cet auteur lui-même l'a tellement effacée par la touchante pièce de Jeanne Shore, qu'elle est restée dans l'obscurité. Le plan que j'ai suivi n'a point de rapport avec celui de Rowe ; ne voulant pas le traduire, j'ai cru qu'il ne fallait pas l'imiter. Le caractère de Jeanne Gray m'a transportée en le lisant dans l'histoire ; j'avais à-peu-près son âge quand j'ai entrepris de la peindre, et sa jeunesse encourageait la mienne. Je voudrais avoir pu faire éprouver l'admiration que j'ai ressentie pour ce rare mélange de force et de sensibilité qui fait braver ia mort et connaître le prix de la vie. Je joins à cette tragédie une pièce * composée avant elle, et dont le style par conséquent est encore plus incorrect. Je ne sais si j'aurais dû tenter de le corriger, mais la conception et l'exécution doivent être du même jet et de la même force ; et revenir sur ses pensées, changer à froid l'expression d'un sentiment, est un travail si pénible, que son succès doit se ressentir de son effet. Ces réflexions pouvaient me conduire à jeter ma pièce au feu ; cependant, déterminée à ne la faire connaître qu'à mes amis, quelques vers sensibles qui s'y trouvent m'ont suffi pour avoir du plaisir à la leur donner. C'est à ce bonheur que je me bornerais quand je pourrais obtenir de la gloire ; c'est à lui seul que je puis aspirer aujourd'hui.

| Les Mais.

Un jeune époux qu'amour enflamme
A sa moitié jure à jamais

* Sophie, ou les Sentimens secrets, pièce en trois actes et en vers, composée en 1786.

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