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comment ne lui sont-ils pas enlevés ? Si la richesse mationale n'est que le produit du travail de la Nation, tout ce que vous dissipez en frais de perception n'est-il pas une partie de cette richesse ? Les bras et l'argent que vous y appliquez n'auraient-ils pas été productifs ailleurs ? Pour finir, je prendrai la liberté de faire deux remarques de style, l'une tout-à-fait particulière, et l'autre un peu plus générale : page 98, en ressortent, me faut-il pas y ressortissent ? page 116, et si l'esprit public pouvait perfectionner. Toute cette phrase ne me paraît pas tout-à-fait claire, et il m'est arrivé plus d'une fois d'en rencontrer qui m'ont arrêté par la même raison, ce qui m'a d'autant plus surpris que c'est un des mérites du style de cet ouvrage de réunir la parfaite clarté à la profondeur de la pensée. J'ai usé, comme vous voyez, d'une extrême liberté dans ma critique, et (pour abréger) j'y ai pris le ton affirmatif. Vous voudrez bien le corriger par des réserves sous-entendues, et croire que je sous-entends un plus grand nombre d'éloges et de remercîmens.

Discours sur l'Education de M. le Dauphin et sur l'Adoption, par madame de Brulart, ci devant madame de Sillery, ci-devant madame de Genlis, gouvernante des Enfans de la Maison d'Orléans. Brochure in-8? L'objet de ce discours est de prouver qu'une

Nation libre a le droit de surveiller l'éducation du

Prince qui doit la gouverner, qu'elle en doit connaître tous les détails, que les moyens de lui donner journellement cette connaissance sont simples et d'une facile exécution, et que sans cette condition équitable et nécessaire toute législation contraire au despotisme sera privée de la seule base qui puisse la rendre inébranlable. Comment dans une pareille discussion ne pas se rappeler d'abord l'exemple donné par la Suède ? On s'est bien gardé d'y manquer; mais en louant la diète de 1746 d'avoir cru avec raison qu'elle ne pouvait affermir sa liberté qu'en s'occupant des moyens de donner au Prince royal et aux autres Princes héréditaires une excellente éducation, l'on se permet d'observer que si l'idée était juste, les moyens furent mal choisis ; s'arroger le droit de nommer les instituteurs, tracer elle-même un plan d'éducation, c'était sans nécessité usurper des droits sacrés, et avilir à-la-fois la Majesté royale et la dignité paternelle. On examine avec beaucoup de sévérité différens articles du plan d'éducation donné par les États, et après avoir reconnu qu'il contenait quelques excellens principes, on finit cependant par s'écrier d'une , manière très pathétique : " Mais quel a été le résultat de cette éducation ?...Le renversement total de la constitution nouvelle. L'élève de ce gouverneur nommé par les États est aujourd'hui un Momarque absolu. Ah ! j'oserai le dire, ce Prince qui dans toute sa conduite a montré une si profonde

connaissance des hommes, tant d'humanité, des talens si distingués, une âme si sensible et si généreuse, n'était pas fait pour devenir un despote, et pour préférer une renommée passagère à cette gloire inébranlable et pure qui n'est fondée que sur la justice et la vertu. L'histoire de ce Prince prouve combien étaient vaines et insuffisantes lesprécautions prises par les États relativement à son éducation." Voici celles que propose aujourd'hui très-sérieusement madame de Brulart pour empêcher M. le Dauphin de suivre un jour l'exemple trop dangereux et trop séduisant de Gustave III. 1? Qu'avant tout, le plan d'éducation fait avec le plus grand détail soit imprimé et rendu public, ce qui déjà donnera à la Nation une connaissance préliminaire et générale qu'elle n'ajamais eue sur cet objet. 2? Que le Gouverneur (ou la Gouvernante), aussitôt que le Prince sera remis entre ses mains, fasse un journal intitulé Journal de l'Education de M. le Dauphin. Ce journal imprimé publiquement paraîtrait tous les mois, et serait conçu de cette manière : Le premier numéro présenterait le tableau ou le plan d'études des journées, l'emploi de toutes les heures, occupations, récréations, promenades, etc. plan fixé invariablement pour tous les jours, et détaillé de telle sorte que chaque citoyen en consultant ce tableau pût savoir à toute heure ce que ferait un enfant si précieux...En outre il faudrait au bout de chaque année que le Gouverneur fît paraître un autre volume de quatre ou cinq cents pages quicontiendrait tous les extraits faits pour M. le Dauphin dans le cours de cette année passée, avec les réflexions critiques et morales sur ces ouvrages ; secondement des descriptions et un compte détaillé des manufactures, monumens, etc., qu'aurait pu voir M. le Dauphin durant cet espace de temps. On joindrait à ce volume un autre volume renfermant les extraits faits par M. le Dauphin, ainsi que ses compositions, ayant en note ou en marge les critiques, remarques et observations du Gouverneur. Voilà pour le public. Mais il serait à désirer que le Gouverneur fit encore un autre journal particulier qui contiendrait toutes les fautes et toutes les bonnes actions de son élève, avec les réprimandes et les réflexions du Gouverneur ; et cet ouvrage, qu'on ne ferait point imprimer, après avoir passé sous les yeux du Roi et de la Reine, serait déposé entre les mains d'un tribunal nommé à cet effet, de sorte que ces ouvrages tant publics que particuliers réunis ensemble compléteraient le compte le plus exact de l'éducation, etc. S'il échappait au Gouverneur une phrase équivoque, un principe susceptible d'une interprétation dangereuse, grâce à la liberté de la presse, on ne manquerait pas de le relever et d'obliger l'auteur à s'expliquer mieux. On dira peut-être qu'on exposerait ainsi le Gouverneur à des désagrémens, à des outrages qui aviliraient sa personne et son emploi. Cette objection aurait été d'une grande force dans l'opinion générale il y a dix-huit mois, mais nous avons vu finir, le 14 Juillet 1789, le

siècle des préjugés nuisibles et ridicules. On veut bien excepter dans une note celui qui autorise les duels, mais, en attendant qu'il soit anéanti comme les autres, on soutient que la Nation devrait une couronne civique à M. Grouvelle, qui vient de préparer ce triomphe de la raison et de l'humanité par son excellent ouvrage qui a pour titre, Adresse du Baillage de *** à M. de ***, Député à l'Assemblée nationale, sur son duel.

Le morceau sur l'Adoption offre des idées moins nouvelles, on y considère la loi de l'Adoption comme la plus utile que l'on puisse rétablir pour épurer les mœurs et perfectionner l'éducation. Introduite dans les Gaules avec les Romains, la loi de l'Adoption y subsista long-temps, on en retrouve encore quelques traces dans plusieurs provinces du Royaume. La condition qu'il paraît le plus essentiel d'imposer à l'adopté est celle de prouver juridiquement sa naissance, c'est-à-dire, qu'il est issu de parens unis par des nœuds légitimes. On sent assez combien ce règlement est nécessaire pour prévenir des abus et des désordres qui seraient également funestes à la société et aux mœurs.

Août, 1790. Madame la baronne de Staël a fait l'éloge de son ami M. le comte de Guibert. Quelque digne de l'impression que soit cet ouvrage, il n'est pas encore publié et ne le sera peut-être pas de long-temps. Le manuscrit ne nous ayant été confié que pour TOME 1V. 2 F

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