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tenir qu'un auteur voulût lui confier un poëme. Epuisé de moyens et sans ressources, il allait quitter Paris, lorsque M. le comte de Creutz, ambassadeur de Suède, qui avait distingué son talent, l'invite à dîner avec M. Marmontel ; ce poète consent enfin à lui donner le Hurom. La musique en fut faite avec une grande rapidité, elle eut le succès le plus éclatant, et décida dès-lors sa réputation et sa fortune. Le reste des Mémoires de M. Grétry of. fre l'histoire et l'examen critique de ses autres ouvrages. Sans le suivre dans ces discussions, l'on observera seulement qu'il n'est pas aussi sévère pour celles de ses compositions qui n'ont eu qu'un effet médiocre qu'il est juste dans les louanges qu'il donne à celles qui ont parfaitement réussi ; mais un père dissimule toujours les défauts de ses enfans, et ceux que la nature a traités le moins favorablement sont quelquefois ceux qu'il chérit de préférence. Parmi les anecdotes étrangères semées dans cet ouvrage, on nous permettra de eiter ce qui concerne feu M. d'Hèle, l'auteur de l'Amour jaloux, et du Jugement de Midas; ce sont des traits qui nous ont paru d'une assez grande originalité pour ne pas être oubliés. * Cet Anglais, dit-il, que la perte de sa fortune avait engagé à venir cacher son indigence à Paris, s'appelait Hales, que les Anglais prononcent comme hélas. Il vivait très-sobrement à Paris ; toutes les passions semblaient s'être anéanties chez lui pour ranimer celle de l'amour. Une femme de Paris lui

dissipa le reste de sa fortune ; c'est alors qu'il s'occupa du Théâtre, et qu'il fréquenta assidûment le café du Caveau du Palais Royal. D'Héle parlait peu, mais toujours bien ; il ne se donnait pas la peine de dire ce que l'on doit savoir, et il interrompait les bavards en disant d'un ton sec : C'est imprimé. Lorsqu'il approuvait, c'était d'un léger coup de tête ; si on l'impatientait par des bêtises, il croisait les jambes en les serrant de toutes ses forces, il humait du tabac qu'il avait toujours dans ses doigts, et regardait ailleurs.

* Forcé de se battre avec un homme qui l'insulte après lui avoir prêté de l'argent qu'il ne peut rendre, d'Hèle lui fait sauter son epée, et lui dit avec tout le flegme anglais : Si je n'étais votre débiteur, je vous tuerais ; si nous avions des témoins, je vous blesserais ; nous sommes seuls, je vous pardonne.

* Un jour étant chez un de ses amis, il se revêtit d'une nippe dont il avait besoin et sortit. Son ami rentre, et en s'habillant ne trouve point tout ce qu'il lui fallait. M. d'Hèle seul était entré dans l'appartement, mais on n'osait le soupçonner; cependant le soir au Caveau, le Monsieur, en portant la main sur la cuisse de d'Hèle, lui dit : Ne sont-ce pas là mes culottes ?—Oui, dit-il, je n'en avais point.

" Je l'ai vu long-temps presque nu, il n'inspirait pas la pitié ; sa noble contenance, sa tranquillité semblaient dire : Je suis homme, que peut-il me manquer ?"

Juin, 1790.

Une malheureuse querelle d'intérêt vient de révêler au public que le Voyage en Afrique de M. Le Vaillant n'a pas été écrit par lui-même, mais par un certain M. Varon qui a bien voulu lui prêter sa plume, et qui n'a pas jugé à propos d'en garder long-temps le secret, parce qu'il a cru avoir à se plaindre de la manière dont on avait payé son travail. Ce n'est pas sans regret que nous rendons témoignage à la vérité, car le style de ce Voyage y

· perd une grande partie du charme qu'on lui avait

trouvé en le prenant pour l'expression vive et originale des impressions et des sentimens de l'intrépide voyageur.

La Rose enlevée, Romance tirée du Philosophe mo

derne, comédie en trois actes de Mylady Craven.*
Hier assis auprès d'un ormeau,
Je vis un objet plein de charmes,
Qni retournait vers le hameau
Et disait en versant des larmes : !
Non, non, non, je n'irai plus au bois,
Non, non, je n'irai plus sans ma mère,
On a bien pu m'y prendre une fois,
Mais ce sera bien la dernière.

Je voyais paître mes moutons.
Assise près d'eux sur l'herbette,
Je m'amusais par mes chansons ;
Que faire quand on est seulette ?
Non, non, non, etc.

* Cet ingénieux ouvrage, où le ridicule de notre politique moderne est peinte avec autant d'esprit que de grâce et de gaîté, n'a paru que sur le Théâtre particulier de S. A. S. Monseigneur le margrave de Brandebourg-Anspach, à Triesdorf,

Un berger s'assied près de moi,
Moi je veux lui céder la place.
Vous me fuyez, dit-il, pourquoi ?
Ne craignez rien de mon audace.
Non, non, non, etc.

Hélas ! je crus à ses sermens.
On croit tout quand on est novice,
Et l'on ne sait pas à quinze ans
Combien un homme a de malice. '
Non, non, non, etc.

Je le vis bien qui regardait
Du côté de ma collerette,
Et ce regard-là nous rendait
Lui plus gai, moi plus inquiète.
Non, non, non, etc.
Voyant alors son noir projet, .
Je crus devoir être en colère,
Mais le mal était déjà fait,
Et je n'avais plus...qu'à me taire.
Non, non, non, etc.
Maman, je crains votre courroux
Après cette perte cruelle.
Cette rose venait de vous,
Et vous m'allez revoir sans elle.
Non, non, non, etc.

Adresse pour l'Amour, à l'Assemblée nationale.

L'Amour a d'antiques aïeux,
Il est issu d'une Déesse ;
Quoiqu'enfant, l'Amour est bien vieux,

Et vous ne doutez pas, je crois, de sa noblesse.

Apprenez donc tous ses secrets :
On ne peut rien contre ses charmes,
Il gardera toujours ses armes,
Et se rit de tous les décrets.

TOME IV. 2 E

Souvent on prit son nom pour séduire et pour plaire,
Et l'on nous trompe chaque jour.
Messieurs les Députés, ne pourriez-vous pas faire
Un décret contre ceux qui profanent l'Amour ?
Ses titres sont anciens. Ses grâces sont mouvelles,
Sa livrée offre aux yeux les plus tendres couleurs ;
Ce sont des guirlandes de fleurs,
Ajoutons-y des immortelles.
Laissons-lui son arc, son flambeau ;
Puisqu'il faut réformer, réformons-lui les ailes ;
Empruntons seulement un moment son bandeau
Pour de ce siècle affreux nous cacher les querelles.
Que ce maître jeune et charmant
Nous console par sa présence ;
Laissons-nous gouverner très-despotiquement,
Rien n'est si doux que sa puissance.
Contre lui n'innovez donc rien
Dans votre sagesse profonde,
Et n'oubliez pas que du monde
Il est le premier citoyen.

Conseil à la jeune Ophélie.
Crois-moi, jeune et douce Ophélie,
Quoi qu'en dise le monde et malgré ton miroir,
Heureuse d'être belle et de n'en rien savoir,
Garde toujours ta modestie.
Sur le pouvoir de tes appas
Demeure toujours alarmée,
Tu n'en seras que mieux aimée
Si tu crains de ne l'être pas.

Macbeth, tragédie en cinq actes de M. Ducis, donnée pour la première fois en 1784, vient d'être reprise au Théâtre de la Nation, le mercredi 9juin, avec beaucoup de changemens, et n'a pas eu plus

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