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Des mots ambitieux le pompeux étalage
En impose toujours aux sots ;
Le sage seul en rit, mais où trouver ce sage ?
Il est rare partout, même chez les oiseaux.
Tandis que de l'intrus l'impertinent langage
Commande le respect à ses légers rivaux,
Un d'eux s'approche et l'examine.
Cet imposteur, dit-il, ne m'est pas inconnu ;
A-t-il donc oublié son obscure origine ?
Naguère sur la terre il était détenu ;
Vain jouet des autans, il croit qu'il les domine !
Animal amphibie et partout rénié,
Veut-il donc de son vol nous déguiser la source ?
Voyez le cordeau vil auquel il est lié,
Voyez les mirmidons qui dirigent sa course.
Un vent officieux l'éleva jusqu'à nous,
D'un autre vent le caprice jaloux
Va châtier son arrogance ;
Prenez soin de notre vengeance,
Vrais souverains des airs, nous l'attendons de vous...
L'effet suit de près la menace :
Le vent change, la corde casse,
Le cerf-volant ne plane plus,
Et du sein des éclairs froissé, meurtri, confus,
Sur la terre humblement vient reprendre sa place,
En livrant aux regrets ses guides éperdus.—
France qu'hier encor l'Europe a vue esclave,
Ne t'enorgueillis pas de ton sublime élan,
Garde-toi d'insulter à l'Anglais, au Batave,
Et crains le sort du cerf-volant.

Couplet impromptu à Madame de Lingrée, en
jouant au volant.
Sur l'air : Du haut en bas.
Comme un volant
Quitombe sur votre raquette,

Comme un volant,
Mon cœur vers vous s'en va volant.
Il brûle de flamme discrète.
Ne le repoussez pas, Lisette,

Comme un volant.

Réponse sur le même air.

Comme un volant
Qui fuit d'un seul coup de raquette,

Comme un volant
Je rejette un cœur voltigeant.
S'il brûlait de flamme discrète,
Viendrait-il s'offrir à Lisette

Comme un volant ?

Mars, 1790. L'Amante abandonnée, romance; par M. Carrière.

Paiesez, moutons, l'herbe nouvelle,
Vos bêlemens sont superflus,
L'ingrat que j'avais cru fidèle
Vous méprise et ne m'aime plus.
Avec quel art, pour me surprendre,
Il vantait votre bonheur !
Je l'écoutais, je le crus tendre ;
Mais ce n'était qu'un séducteur.

Souvent pour moi du pâturage
Il vous ramenait sur le soir,
Mais le perfide, le volage,
Aujourd'hui ne veut plus vous voir.
Toi-même, hélas ! pauvre Lisette,
Aurais-tu pensé qu'en amour
Il te fallut être discrète
Au dernier comme au premier jour ?
Vous seuls m'êtes restés fidèles,
Et si je n'eusse aimé que vous,
TOME IV. 2 C

J'aurais des nuits bien moins cruelles,
Je passerais des jours plus doux.

Adieu, ruisseaux, adieu, bocage,
Lisette un jour vous reverra ;
Mais revenant sous votre ombragc
Lisette alors plus n'aimera.

Apologue du moment.

Guillot conduisant sa charrette,
Par trop négligeait d'aller droit.
Dans une ornière elle s'arrête,
Et s'embourbe au fatal endroit.
De manans un troupeau novice
Veut relever le char crotté,
Mais loin de rendre un bon service,
Le versent de l'autre côté.

Avril, 1790.

Motion en faveur de la gaieté Française, par M.

Valade.
Sur l'air : Le petit mot pour rire.

Ne plus boire, ne plus chanter,
Toujours gémir et s'attrister,

Ma foi c'est un martyre.
La politique et ses débats
Ont remplacé dans nos repas

Le petit mot pour rire.

Le charme de la liberté,
Loin d'animer notre gaîté,
Est venu la proscrire.
C'est trop imiter les Anglais ;
Soyons libres et bons Français ;
Disons le mot pour rire.

Rappelons les jeux et les ris ;
Que les plaisirs, mes chers amis,

Reprennent leur empire !
Que Momus, ce Dieu des Français,
Nous ramène ici pour jamais
Le petit mot pour rire !
Nos ancêtres nous ont doté
D'un remède pour la santé,
Je vais vous le transcrire :
Veut-on vivre heureux et long-temps ?
Il faut boire et de temps en temps
Dire le mot pour rire.

Ne démentons pas nos aïeux,
Et suivons sur le ton joyeux
Leur aimable délire :
Buvons le petit coup de vin,
Et puis disons soir et matin
Le petit mot pour rire.

Dialogue champétre d'après T. Chatterton. Par M. de La Baume, l'auteur de la traduction de

Mathilde ou le Souterrain.
LEWIN, ALICE.
- LEWIN.
Viens, chère Alice. Au nom de tes quinze ans
Ne t'enfuis pas. Est-tu donc si pressée ?
Attends du moins pour traverser les champs
Qu'ils ne soient plus humides de rosée.
ALICE,
Non, séducteur, je veux m'enfuir,
J'ai vu courir le fan timide ;
Pareille au fan, je vais courir
Sans toucher la verdure humide.
LEWIN ,
Asseyons-nous dans ce joli bosquet
Tendu de mousse, embaumé de mélisse,
O que de fois on yjase en secret !
Qu'il serait doux d'yjaser près d'Alice !

ALICE, " C'est grand méfait, au renouveau, Dit la chanson de la veillée, * Que bergerette et pastoureau * S'entretiennent sous la feuillée." LEWIN , Ferme l'oreille à ces tristes chansons, Consulte mieux et ton cœur et ton âge. Viens écouter les aimables leçons Que les oiseaux mêlent à leur ramage. - ALICE. Je les entends, mon bel ami, Sur tous les arbres du bocage, Je les entends dire à l'envi : Bergère, rester n'est pas sage. LEWIN, Non, non, crois-moi, ton esprit est déçu. Ils vont disant : Reste avec confiance. On peut d'ici tout voir sans être vu ; Ici l'amour brave la médisance. ALICE. Voilà tous mes atours froissés, Laissez-moi, berger téméraire. Lewin, si vous ne finissez, J'irai me plaindre à votre mère. LEWIN. Asseyons-nous au pied de cet ormeau,. De cet ormeau qu'un jeune lierre embrasse. L'arbre a souffert l'amour de l'arbrisseau, Et maintenant il en a plus de grâce. Sois douce à son exemple, unissons-nous comme eux, Mêlons nos ris, nos chants, tout, jusqu'à nos haleines ; Regarde au fond des eaux, dans les airs, dans les plaines Tous les enfans du ciel assemblés deux à deux. Des amoureuses tourterelles S'entre-baiser est tout l'emploi, Et les sauvages hirondelles Cessent bientôt d'être cruelles.

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