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me faire oublier un instant, je ne dis pas mes chers Français, mais ma chère France. Ah! quelle mauvaise idée a passé par la tête des Français de vouloir se faire législateurs ! Et la vôtre, de quoi se mêle-t-elle ! Mon Dieu, que je vous hais depuis que je suis ici ! Car c'est vous et vos dignes complices qui m'y ont excitée. La Liberté fait peur quand elle vient au monde, et j'en suis dégoûtée pour la vie.

Mais dites-le-moi, quel bien avez-vous fait ? Vous avez tout détruit. Je ne vous dirai pas qu'on vous blâme partout, qu'on vous déteste partout, mais je vous dirai quelque chose de bien plus fort, c'est que partout on se moque de vous.

Vous avez fait plus que Dieu, car vous avez créé le chaos dont est sorti un peuple de Cannibales ; voilà le produit net de vos travaux. Au demeurant, dans tous les pays où j'ai passé on déplaît au Gouvernement quant on veut parler des affaires de France, et ici même il est défendu à tous sujets de parler de la France, de la Reine, ni de l'Assemblée nationale, sous peine d'être enfermés, et aux étrangers sous peine d'être chassés du Royaume; si bien que moi qui ai besoin de dire beaucoup de ces maudits Etats-Généraux, je suis obligée de me faire entendre de 400 lieues pour m'en passer la fantaisie. Mais dites-le-moi donc, quand pourrai-je retourner chez moi en sûreté ? Quel infernal pays que toute cette Italie ! Pendant mon séjour à Rome on y reçut la nouvelle qu'à quinze lieues de là deux villages venaient d'être engloutis par un tremblement

de terre ; ce petit accident ne fit pas plus d'effet que la promenade des têtes coupées n'en fit sur vous autres Messieurs les Législateurs.

Enfin, où en sont les choses ? Etes-vous au bout de toutes vos extravagances ? Combien de vos victimes dont vous avez précipité les jours et empoisonné la fin ! Un jour viendra où la Nation entière verra combien elle a été trompée par des charlatans, , s'apercevra que vous n'avez fait de votre effrayant pouvoir que l'instrument de vos haines et de votre ambition. Recevez ces tristes vérités, et ne doutez pas que je ne fasse tous les jours des voeux contre vous.

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Regrets d'un Sybarite.
Temps heureux où régnaient Louis et Pompadour!
Temps heureux où chacun ne s'occupait en France
Que de vers, de romans, de musique, de danse,
Des prestiges des arts, des douceurs de l'amour!
Le seul soin qu'on connût était celui de plaire ;
On dormait deux la nuit, on riait tout le jour ;
Varier ses plaisirs était l'unique affaire ;

A midi, dès qu'on s'éveillait,

Pour nouvelle on se demandait
Quel enfant de Thalie ou bien de Melpomène
D'un chef-d'ouvre nouveau devait orner la scène ;
Quel tableau paraîtrait cette année au Salon;
Quel marbre s'animait sous l'art de Bouchardon ;

Ou quelle fille de Cythère,
Astre encore inconnu, levé sur l'horison,
Commençait du plaisir l'attrayante carrière.
On courait applaudir Dumesnil ou Clairon,
Profiter des leçons que nous donnait Voltaire,
Voir peindre la Nature à grands traits par Buffon,

Du profond Diderot l'éloquence bardie
Traçait le vaste plan de l'Encyclopédie ;
Montesquieu nous donnait l'esprit de chaque foi ;
Nos savans mesurant la terre et les planètes,
Eclairant, calculant le retour des comètes,
Des peuples ignorans calmaient le vain effroi.
La renommée alors annonçait nos conquêtes ;
Les Dames couronnaient au milieu de nos fêtes
Les vainqueurs de Lawfeld et ceux de Fontenoi.
Sur le vaisseau public les passagers tranquilles
Coulaient leurs jours gaîment dans un heureux repos,
Et sans se tourmenter de soucis inutiles,
Sans interroger l'air et les vents et les flots,

Sans vouloir diriger la flotte,
Ils laissaient la manoeuvre aux mains des matelots,

Et le gouvernail au pilote.

La Journée des Dupes, pièce tragi-politi-comique,

représentée sur le Théâtre national par les grands Comédiens de la Patrie. Brochure in-8. de 80

p. Ce n'est qu'une caricature, une ébauche au premier trait, mais dont l'idée est comique et l'exécution facile et gaie. L'auteur fait revenir M. de La Peyrouse en France dans les premiers jours d'Octobre avec un jeune Indien, prévenu le plus favorablement du monde sur les délices de ce beau pays. Tu vas surtout admirer, lui dit ce brave marin, l'urbanité, la douceur de ce peuple aimable, son idolâtrie pour son Roi, cet esprit piquant et ingénieux qui fait de la Capitale le temple des Arts, des spectacles enchanteurs, une police plus étonnante encore, les plaisirs et la sûreté attirant de

toutes parts des voyageurs curieux. Tu seras touché surtout de l'accueil flatteur dont ce peuple généreux va récompenser mes travaux et mes dangers..... Un homme du peuple qui a saisi quelques mots de cette conversation ne manque pas de le prendre pour un aristocrate et court vite chercher du monde pour l'arrêter. Le peuple s'attroupe autour du voyageur et lui crie: A bas la cocarde blanche! on la lui arrache, on lui prend ses boucles, sa montre; on dépouille de même le jeune Indien en lui disant; Il faut que tu fasses un don patriotique. La patrouille survient, c'est M, Garde-Rue qui la commande. Ah! Monsieur, lui dit M. de La Pey. rouse, que vous venez à propos pour me tirer des mains de ces brigands !......Modérez-vous, Monsieur, répond l'officier de la Garde nationale, ces brigands sont des hommes. Les Droits de l'Homme sont en vigueur, je n'ai que la voie de la représentation jusqu'à ce que la Loi Martiale ait été publiée. ....Le peuple cependant ne cesse de crier: C'est un aristocrate, à la Lanterne !..... Patience, Messieurs, dit M. Garde-Rue, je ne viens pas ici m'opposer à la volonté souveraine de la Nation, mais vous ne refuserez pas sans doute d'entendre cet homme. Il l'interroge. Qui êtes-vous, Monsieur ?-Monsieur, je suis un voyageur.- Vous avez donc un passeport de votre District :-Que voulezvous dire, Monsieur? -Vous savez bien, depuis que nous sommes libres, que l'on ne voyage pas sans permission de sa Paroisse ?.....Les réponses de

M. de La Peyrouse ne paraissent nullement satisfaisantes, M. Garde-Rue dit à la troupe : Messieurs, les soldats, attention, je vous prie, au commandement: Faites-moi l'honneur d'envelopper cet homme. .. Un grenadier traduit le commandement en style plus clair; et pour consoler M. de la Peyrouse fort étonné de se voir emmené comme un criminel : Que voulez-vous, dit M. Garde-Rue, vous êtes venu dans un mauvais moment, et vous voilà justement entre les Droits de l'Homme et la Loi Martiale.-Expliquez-moi ces énigmes.-Voici ce dont il s'agit. Nous avons obtenu les Droits de l'Homme; dès ce moment tout ce que vous appelez en votre langage aristocratique brigands, canaille, règne et fait tout ce qui lui plaît: quand cela devient trop fort on publie la Loi Martiale ; c'est une finesse des aristocrates, parcequ'alors on tue tout le monde, ce qui établit l'équilibre et fait une compensation, etc.

Cette facétie a été faite, dit-on, dans une soirée à Petit-Bourg, chez madame la duchesse de Bourbon, par messieurs de Puységur et Bergasse.

Janvier, 1790. Anecdote oubliée dans les Confessions de J.J. Rous

seau et recueillie par M. Cérutti dans une conversation avec M. le Baron d'Holbach.

On n'imaginerait jamais la scène qui décida notre rupture. (C'est M. le Baron d'Holbach qui parle.) Il dînait chez moi avec plusieurs gens de lettres, Diderot, Saint-Lambert, Marmontel, l'abbé Raynal

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