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Il ne faut pas oublier de rappeler, pour l'intelligence de ce dernier couplet, qu'après une explication fort vive, cette femme lui dit un jour, avec autant de dépit que de naïveté : Ne suis je pas bien à plaindre ? ' Il n'y a peut-étre qu'un homme délicat dans le monde, il faut qu'il me tombe !

Un thaumaturge de Venise, qui s'était vanté d'avoir fait souvent le premier des miracles, celui de ressusciter des morts, hasarda d'exercer ce pouvoir merveilleux sur un mort dont il vit passer le convoi tandis qu'il haranguait la populace ; il le somma plusieurs fois, dans les termes les plus pressans, de se lever et de s'en retourner chez lui. Le mort faisant toujours la sourde oreille, il finit par dire à son auditoire avec l'impatience la plus imposante : Non o veduto un morto cosi ostinato. (Je n'ai jamais vu un mort aussi obstiné).

Lettres de mylady Craven à son fils, traduites de l'Anglais. Un vol. in-12.

Nous n'avons point le bonheur de connaître l'original ; mais autant qu'il est possible d'en juger à travers le voile d'une traduction remplie de négligences et d'incorrections, ces lettres offrent le code le plus intéressant que l'on ait jamais écrit sur les devoirs du mariage. On y trouve une foule d'observations qui ne pouvaient être faites que par une femme, mais par une femme d'un esprit supérieur et- douée du sentiment le plus juste et le plus délicat ; c'est ce que l'on sentira surtout dans les leçons que cette mère éclairée donne à son fils sur les ménagemens dus à la sensibilité d'un sexe à qui nous devons ce que les vertus ont de plus doux, ce que le bonheur a de plus vrai. Il y a dans cette partie de l'ouvrage des détails d'une vérité profonde et d'une finesse extrême ; comme il n'appartenait qu'à une femme de les sentir, il n'était réservé qu'à une femme de les exprimer avec tant de grâce et de naturel. La traduction de ces lettres est l'essai d'un jeune homme, le fils du libraire Durand, qui en est l'éditeur.

Juillet, 1788.

Etudes de la Nature, par Jacques-Bernardin-Henri , de Saint Pierre, tome 4, avec cette épigraphe ti

rée de Virgile :-Miseris succurrere disco.

Si l'on excepte l'avertissement, où l'auteur répond à quelques critiques de son système sur la cause du flux et du reflux de la mer, ce quatrième volume a fort peu de rapports avec les trois premiers ; mais on est bien éloigné de s'en plaindre, car au lieu de nouvelles rêveries scientifiques on y trouve deux petits romans poétiques pleins de grâce et d'imagination ; le premier surtout respire la sensibilité la plus pure et la plus touchante ; c'est l'histoire de deux amans élevés ensemble dans une habitation solitaire de l'Ile de France, séparés par une tante qui rappelle sa nièce en Europe, et réunis enfin dans la nuit du tombeau par la plus imprévue et la plus déchirante de toutes les catastrophes. Cette histoire, dont le fond est, dit-on, véritable, offre peu d'événemens, peu de situations, par conséquent peu de variété, mais quelque simples qu'en soient tous les incidens, elle attache par une foule de tableaux neufs et intéressans, par les peintures les plus riches d'une nature presque inconnue, par les développemens de la passion la plus douce et la plus naturelle, par l expression soutenue d'un sentiment vif et profond.

Août, 1788. Vers de M. de Mugnerot à madame S...d, en lui envoyant un paquet de plumes taillées pour son ttsage.

Plumes, qui tour à tour dans la main d'Amélie
Remplissez ses plus doux loisirs,
Allez, secondant nos désirs,

De son style enchanteur recueillir l'harmonie.
Votre sort est d'être avant nous
Confidentes de ses pensées ;
Mais sur le papier, grâce à vous, ,

Ainsi que dans son âme on les verra tracées©
" .

| Vos pareilles dans le boudoir ' -
- $9n9

De nos plus sublimes coquettes,
Ou griffonnent quelques fleurettes,
Ou vont, traînant sur les toilettes,

S'émousser aux billets du matin et du soir.

C'est un tout autre emploi que vous allez avoir.
Amélie, il faut vous le dire,

Dans ses écrits comme dans ses discours,

Ne cajole point les amours ;
Elle embellirait leur empire ;
Mais elle est loin de leur délire,

TOME IV. M

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La raison l'inspira toujours. Que sous ses doigts vous serez éloquentes Quand le ton de Sénèque, adouci par sa voix, De ce sage rendra les leçons plus touchantes ! Combien il sera mieux écouté qu'autrefois ! Et lorsqu'aux champs de la philosophie, Ayant cueilli plus d'une fleur A la tendre amitié, le charme de sa vie, Elle abandonnera son cœur, Combien alors vous aurez d'énergie, De sentiment et de candeur ! Que vous ferez envier le bonheur De qui peut l'avoir pour amie ! Les habitans de Pau avaient fait demander à Louis XIV. la permission d'ériger dans leur ville une statue à Henri IV ; on leur répondit que les circonstances n'étaient guère propres à favoriser ce projet, que le roi leur permettrait plutôt de lui en ériger une à lui-même. Ils obéirent, mais au bas de la statue de Louis XIV, ils mirent pour inscription deux vers béarnais, dont l'équivoque spirituelle ne peut être rendue en Français, et qu'il faut tra

duire grossièrement ainsi :
Au petit fils
De notre Grand Henri.

Septembre, 1788, La séance publique de l'Académie Française, le jour de la Saint-Louis, a été occupée toute entière par la lecture et par l'annonce des différens prix décernés ou proposés par l'Académie. Le prix d'éloquence a été donné à l'Eloge de Louis XII,

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par M. l'abbé Noël, professeur de l'Université de Paris au collége de Louis-le-Grand, et c'est M. l'abbé Maury qui en a fait la lecture. L'esprit dans lequel l'auteur a conçu cet éloge, est très-bien marqué dans l'épigraphe qu'il a choisie, remittuntur ei multum quia dilexit multum. Notre orateur ne rappelle ni les entreprises guerrières de son héros, ni ses démêlés avec les papes et les nations voisines ; il avoue que ce n'est point la part que prit Louis XII au système politique de l'Europe qui lui assure un rang si honorable dans le cœur de tous les Français; ses titres à la gloire sont les bienfaits de son administration intérieure. A tous les reproches que l'histoire peut faire à son règne, il n'a qu'une réponse : * mais il aima son peuple et fit régner les * lois ; il aima son peuple et le défendit de la tyrannie des gens de guerre, des exactions du fisc, de l'avidité de la chicane ; il ne respira que pour lui, et son nom est arrivé jusqu'à nous, chargé des bénédictions de tous les âges, comme pour apprendre aux princes que l'amour pour le peuple est la grande et la première vertu des rois,"

Voilà le texte sur lequel roule tout le panégyrique de M. l'abbé Noël. Différens morceaux de ce discours ont été fort applaudis et méritaient de l'être, parce qu'ils renferment des vérités éternellement utiles exprimées avec une chaleur vraie, une simplicité énergique, quelquefois même avec une sensibilité touchante. ID'autres endroits n'ont dit sans doute les applaudissemens qu'ils ont obtenus

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