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Romance par la Comtesse de Beaufort - - - - ibid.

MÉMOIRES

HISTO RIQUES, LITTÉRAIR ES

ET

ANECDOTIQUES.

Janvier, 1787.

Lettre sur les Confessions de J. J. Rousseau.

C'EST pour offrir aux yeux des hommes le portrait d'un homme tout entier que Jean-Jacques Rousseau a écrit ses mémoires. Il espère les présenter au trône de Dieu, et il défie tous les autres hommes d'en faire autant ; il assure qu'il ne trouvera personne qui ne vaille infiniment moins que lui, et ne doute pas que Dieu ne soit de son avis. Il est né à Genève en 1712. Son père avait épousé la fille du ministre Bernard, sœur d'un ingénieur Bernard qui s'était distingué au service de l'Empereur. Madame Rousseau mourut en accouchant de Jean-Jacques; il avait eu un frère aîné qui, très jeune, s'enfuit de la maison paternelle ; et comme on prit peu de peine pour le retrouver, on n'en a jamais entendu parler depuis. A peine le jeune Rousseau sut-il lire, que son père l'occupa dans sa boutique à lui lire, pendant TOME IV. B

son travail, tantôt des romans héroïques, tantôt la Vie des Hommes illustres de Plutarque. Cette occupation fit à Rousseau, de son propre aveu, beaucoup de mal et beaucoup de bien. Le père de JeanJacques eut une querelle avec un Genévois de la classe de ceux qui ont gagné de l'argent avec honmeur aux dépens des Français, et qui en conséquence ont bâti des maisons dans les rues hautes. Les deux citoyens se donnèrent un rendez-vous pour se battre ; le syndic de la république, qui était des rues hautes, envoya ordre à l'horloger Rousseau de se rendre en prison, et se contenta d'imposer les arrêts à son voisin des rues hautes. L'horloger, partisan de l'égalité républicaine, refusa d'obéir au syndic, à moins que son adversaire ne fût traité comme lui. Le syndic s'obstina pour les priviléges des rues hautes, et M. Rousseau s'expatria. Il était bon citoyen, mais il aimait le plaisir.. Retiré à Nyon, il fit la cour aux jeunes filles du pays, en épousa une, et oublia le pauvre Jean-Jacques. Il avait environ huit ans : on le mit en pension dans une campagne auprès de Genève, chez un ministre nommé Lambercier, avec Bernard son cousin, fils de l'ingénieur Bernard. Leur vie y fut très-douce. Cependant M. Lambercier, s'étant imaginé qu'il était nécessaire d'employer quelquefois les voies de rigueur, les condamna à recevoir le fouet de la main de mademoiselle Lambercier sa sœur. Dès la seconde fois que Rousseau reçut le fouet (il avait alors dix à onze ans tout au plus), mademoiselle Lambercier fit des remarques qui, malgré le goût que les prêtres de toutes les communions chrétiennes ont pour ce genre de correction, déterminèrent son frère à la supprimer, et Rousseau ne fut plus traité en enfant par mademoiselle Lambercier ; elle prit même avec lui un ton de réserve qui lui déplut beaucoup. Cependant Rousseau contracta une manie singulière : l'idée d'une jolie femme et des caresses qu'un homme en peut recevoir se lia si fortement dans sa tête avec les corrections infiigées par mademoiselle Lambereier, que pendant toute sa vie ses idées voluptueuses ne se portaient que sur un traitement semblable : c'était le seul moyen d'allumer ses désirs, de le rendre heureux. En sorte qu'ayant toujours eu de l'aversion pour les femmes publiques, et n'osant pas trop, auprès d'autres femmes,joindre à ses déclarations d'amour l'aveu de cette manie, il croit que s'il n'a point été un débauché, c'est en partie à cette même manie qu'il le doit. Rousseau avait d'abord été heureux dans cette maison ; il avait fait quelques progrès dans ses études ; mais M. Lambereier s'avisa un jour de faire châtier les deux enfans pour une faute dont ils étaient innocens, et de vouloir les forcer à l'avouer à force de châtimens. Rousseau, irrité de cette injustice, prit de l'horreur pour le maître et pour l'instruction ; il cessa de travailler; on le retira de la

pension ; on le plaça chez un greffier, dans l'inten

tion d'en faire un praticien. Au bout de quelques semaines, le greffier déclara qu'il ne serait bon tout

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