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criens et de Paraliens, c'est-à-dire de la plaine, des monts et de la côte. Cylon tenta d'en profiter pour usurper le pouvoir; mais, assiégé dans la citadelle, il réussit à s'enfuir; ses partisans, réfugiés dans le temple de Minerve, après avoir obtenu d'avoir la vie sauve, furent égorgés sur l'autel. La perte de Nisée et de Salamine, tombées aux mains des Mégariens, et une peste qui la suivit, furent considérées comme un châtiment des dieux pour ce carnage sacrilége. On envoya donc chercher Épiménide, sage fameux de la m. Crète et ami des dieux. Arrivé dans Athènes, il ordonna qu'on élevât des temples, qu'on sacrifiât des victimes et qu'on accomplît les rites de l'expiation (1); il réforma en outre les cérémonies du culte en les rendant moins coûteuses, et supprima les coups dont les femmes se meurtrissaient le sein et le visage pendant les funérailles; il substitua,en somme, des rites plus doux à ceux quiavaient été apportés de l'Orient. Ces mesures rétablirent la concorde, mais pour peu de temps; car, les mêmes causes continuant à subsister, les mêmes querelles se ranimèrent entre les grands, et le peuple en profita pour acquérir des droits avec l'aide de Solon.

Né de race royale, mais tombé dans la pauvreté, Solon avait Solor demandé des ressources au commerce, qui lui rendit l'aisance; il se mit alors à voyager et lia connaissance avec les hommes les plus célèbres de son temps, appelés depuis les Sages de la Grèce. Ce n'étaient ni des savants ni des philosophes, mais des gens d'une Les Sept, sagesse vulgaire, qui tiraient des ombres du temple, pour la répandreau dehors, la doctrine des mœurs, et méditaient surl'homme et sur sa nature, ainsi que sur les moyens de lui donner la meilleure direction possible. On connaît les sentences qui leur sont attribuées (2), forme proverbiale sous laquelle ils mettaient la mo

(1) J. Tzetzès, dans ses Chiliades, V, 23, nous fait connaître les rites au moyen desquels se faisait la purification des villes souillées : « Quand une cité « était désolée par la famine, par la peste ou par quelque terrible calamité, on « apprêtait une victime que l'on conduisait à l'autel. On jetait alors sur le feu du « fromage, des gâteaux, des figues; puis , après avoir Iroltésept fois les parties « génitales de la victime avec de l'ognon marhi, des figues sauvages et autres « fruits venus sans le secours de l'art, on brûlait le tout à un feu de bois d'arbres « non plantés; entin,les cendres étaient jetées à la mer. C'est de cette manière > que l'on chassait au loin les maux dont une ville élait affligée. » On se rappelle la lustration annuelle qui se faisait dans Israël en chargeant un bouc des malédictions qu'on voulait détourner du peuple, et en le chassant au désert.

(2) Solon: Connais-toi toi-même, Yvwoi Ctocutov. Chilon: Rien de trop, u.Y]8èv dyav.

Pittacus : Saisis le moment opportun, xaipôv npôo|AsvE.

Bus : Les méchants forment le grand nombre, ot irXeîuTOi xaxoî.

Périandre : Tout est possible à l'activité, [leXéra To 7tàv.

HIST. UNIV. — T. II. 7

raie à la portée de chacun. Tous, excepté Thaïes, furent des hommes d'État : Chilon, éphore de Sparte; Bias, magistrat dans l'Ionie; Pittacus, dictateur de Lesbos; Cléobule, tyran de Linde; Périandre, tyran de Corinthe.

Réunis un jour dans le palais de ce dernier, avec Anacharsis, venu de la Scythie pour visiter la Grèce et comparer sa civilisation avec la rude franchise de son pays, ils s'entretenaient du meilleur gouvernement possible. Solon dit que c'était celui où l'injure faite à un particulier se considérait comme faite à tous; Bias, où la loi régnait et non le prince; Thalès, où les habitants n'étaient ni trop riches ni trop pauvres; Anacharsis, où la vertu <Hait en honneur et le vice abhorré; Pittacus, où les dignités ne s'accordaient qu'aux gens de bien; Cléobule, où les citoyens craignaient plus le blâme que le châtiment; Chilon, où les lois étaient plus écoutées et avaient plus d'autorité que les orateurs; Périandre, enfin, dit que le meilleur de tous les gouvernements était la démocratie qui se rapprochait le plus de l'aristocratie, parce qu'alors l'autorité résidait dans un petit nombre de gens de bien.

Solon cultiva aussi la poésie, et remplit ses compositions de sentences profondes; il s'occupa même d'un poëme sur les Atlantides, et fut versé dans l'astronomie, science alors tellement à l'état d'enfance chez les Grecs, que Thalès venait précisément de diviser l'année en douze mois de trente jours, en y intercalant un mois tous les deux ans. Solon la fit lunaire, de trois cent cinquante-quatre jours, avec addition de vingt-trois jours tous les deux ans.

Il se rangea du côté du peuple, en lui enseignant à se connaître lui-même, c'est-à-dire à se sentir des droits égaux à ceux des nobles; et lui seul parut digne d'organiser dans Athènes la liberté populaire. Nommé archonte, il reprit Salamine, et ce fait d'armes augmenta son crédit. Encouragé par l'oracle, il s'appliqua à reconstituer l'État, commençant par abroger les lois aristocratiques de Dracon, à l'exception de celle qui était relative à l'homicide. Puis, afin de venir en aide aux pauvres, au lieu de libérer les débiteurs, il accrut la valeur de l'argent, et leur garantit la liberté personnelle , Il calma ainsi la classe nécessiteuse, et pourvut aux intérêts des riches en refusant le partage des terres, qu'on lui de

Cléorule : Rien de meilleur que la modération, usTpov ipiutov.
Thalès : Sois garant, la peine arrive, èyytja nâpa S' âtr,.
Voir Plutarque, Banquet des Sept Sages.

mandait. Il voulut que chacun pût jouir en paix de ses biens, avec le droit de les transmettre (1).

Comme toutes les législations antiques, celle de Solon embrassait le droit public, le droit civil et le droit criminel. Il trouva dans l'Attique, en flagrante opposition avec les familles nobles, le dème, c'est-à-dire la commune, composée des descendants des habitants primitifs du pays, qui, sans avoir été réduits à la condition de travailleurs mercenaires, demeuraient dans la campagne, libres et divisés en différentes juridictions. Il abolit l'ancienne distinction des citoyens en trois classes ressemblant aux castes asiatiques, pour y substituer la distribution fondée sur la propriété. Les pentacosiomédimnes, c'est-à-dire ceux qui possédaient un revenu de cinq cents médimnes ou mesures d'huile et de grain, occupèrent le premier rang ; puis, les chevaliers, dont le revenu montait à quatre cents; les zeugites, à trois cents; les thètes, qui possédaient moins. Les trois premières classes étaient admises à tous les emplois; ceux de la dernière pouvaient assister aux assemblées et siéger dans les tribunaux. L'ancienne division fut conservée, soit par tête dans les tribus (<puXai) qui étaient au nombre de quatre, soit par habitation dans les dèmes ou communes des gens de la campagne : on en connaît jusqu'à deux cent soixantedeux (2).

Les neuf archontes annuels restèrent à la tête de l'État; le premier d'entre eux portait le titre d'éponyme, parce qu'il donnait son nom à l'année; le second, celui de roi, et présidait aux choses religieuses; le troisième était le polémarque, ou ministre de la guerre; les autres s'appelaient thesmothètes, parce qu'ils

(1) Voy. Samuel Petit, de Legibus atticis, 1615. C'est un excellent recueil qui jette beaucoup de jour sur les lois athéniennes.

Parmi les auteurs anciens, Polyre ne fait aucune distinction entre les lois de Solon et celles qui furent promulguées après. Xénophon ne remonte pas aux anciens temps. Plutarque, dans la vie de Solon; Aristote, dans sa Politique, il, 7 et 9; Isocrate, dans le Panégyrique, sont des guides plus sûrs.

Parmi les modernes, on peut consulter: Pastoret, Histoire de la législation, Paris, 1818, t. vi, vu; Bunsen, de Jure Atheniensium hereditario ex Isxo cseterisque oratoribus grxcis ducto (Gœttingen, 1812), qui explique fort bien la constitution athénienne pour ce qui concerne la tribu et la famille, le droit héréditaire étant la partie capitale des lois de Solon; Boeckh, Ueber die Slaalshaushallung der Athener, Berlin, 1821; Van Limrdrc Brouwer, Histoire de la civilisation morale et religieuse des Grecs depuis les Héraclides jusqu'à la domination des Romains, Groningue; Schoemann, Antiquitates juris pu blici grœci, Greifswald, 1838.

(2) La population de l'Attique était répartie entre 174 dèmes. Voir Recherches sur la topographie des dèmes de l'Attique par C. Iianriot, ancien membre de l'École française d'Athènes, 1853.

rendaient la justice : magistrats suprêmes, ils étaient dès lors exclus des commandements militaires. Avant de procéder à leur élection, le sénat et les héliastes examinaient s'ils étaient fils et petits-fils de citoyens, s'ils avaient servi dans l'armée, et respecté leurs parents. Ils portaient pour signe distinctif une couronne de myrte, et, comme tout magistrat, ils étaient inviolables. at. Leur autorité était tempérée par quatre cents sénateurs, cent de chaque tribu. Le sort décidait du choix, mais ils étaient soumis à un rigoureux examen de la part des héliastes ; puis on proclamait leurs noms devant le peuple, et, si quelqu'un élevait la voix pour les accuser, ils étaient aussitôt mis en jugement. Les archontes devaient les consulter dans toutes les affaires; chaque loi nouvelle était d'abord discutée dans le sénat, puis exposée durant trois jours aux pieds des dieux tutélaires de chaque tribu: mais, avant de la proposer, celle qui lui était contraire devait être abrogée, après avoir été défendue par cinq citoyens. Assemblée La confirmation des lois, l'élection des magistrats, la délibéragen ra e. jes affaires publiques que devait lui soumettre le sénat,

appartenaient au peuple des quatre classes, comme aussi lejugement des procès publics dans les tribunaux qui siégeaient tous les huit jours. Aussi le Scythe Anacharsis s'étonnait-il grandement de ce que, dans Athènes, les sages fussent appelés à discuter et les ignorants à délibérer: tant était nouvelle l'idée de la souveraineté populaire!

Aréopage. L'aréopage, pouvoir conservateur et sauvegarde de la constitution , était composé, à vie, des archontes sortis de fonctions, et qui avaient rendu compte de leur administration : il veillait sur les mœurs, révisait et même annulait les décisions du peuple; comme tribunal suprême , il statuait sur les affaires capitales, et rendait alors ses jugements avec les rites des temps héroïques; il invoquait les Érynnies, au milieu des victimes palpitantes et des imprécations; lorsque les fèves du scrutin se trouvaient en nombre égal de chaque couleur, on y ajoutait, pour l'absolution, la fève blanche de Minerve. L'aréopage infligea une peine à un juge pour avoir tué un petit oiseau qui s'était réfugié dans son sein. Comme l'on proposait d'introduire les jeux de gladiateurs, pour qu'Athènes ne restât pas au-dessous de Corinthe, un aréopagite s'écria : Benversez donc d'abord cet autel que nos ancêtres ont dressé à la Miséricorde. Devant ce haut tribunal, censeur sévère des mœurs et des lois, l'éloquence elle-même devait dépouiller ses prestiges; car on plaidait de nuit, sans gestes oratoires, sans en appeler aux émotions du cœur.

II semblait à craindre que les membres de l'aréopage n'abusassent d'un aussi grand pouvoir, comme les éphores de Sparte; on reconnut pourtant, à l'épreuve, de combien de maux Périclcs fut cause pour l'avoir diminué. La réputation de justice dont jouissait l'aréopage était telle que souvent rois et peuples le prenaient pour juge de leurs différends, et jamais aucun d'eux, ditDémosthène, n'eut à se plaindre de ses décisions.

Solon pensa que ce mélange d'aristocratie et de démocratie assurerait à la république l'équilibre nécessaire, surtout si l'on avait soin de confier le gouvernement aux citoyens les plus dignes. La multiplicité des emplois appelait aux affaires un très-grand nombre de citoyens, qui, tour à tour, se trouvaient supérieurs les uns aux autres (1). Celui qui machinait des innovations était puni de

(0 Afin de prouver que la démocratie coulait pour ainsi dire dans toutes les veines de l'État athénien, et qu'une alternative continuelle rendait les citoyens tantôt supérieurs tantôt intérieurs les uns aux autres, nous passerons en revue les divers emplois, outre ceux qui ont déjà été mentionnés:

1" Les éphètes,à savoir cinquante et un sénateurs tirés au sort pour former Vépipalladium, Vepidelphinium, Vépiprytanittm, Vemphréatium; 2° les nomophylaces, dépositaires des lois et des votes des assemblées; 3o les nomothètes, choisis parmi leshéliastes; 4° les orateurs publics, qui devaient défendre les intérêts du peuple dans le sénat et devant les assemblées ; 5» les syndics, cinq orateurs qui défendaient les lois "dont on proposait l'abolition; 6° les ristiarques, qui veillaient à la pureté du lieu des assemblées; 7° trente lexiarques, qui prenaient note des présents aux assemblées pour mettre à l'amende les absents; 8° trente syngraphes , qui recueillaient les suffrages; 9« les apographes, qui distribuaient les procès; 10° deux écrivains par tribu; 11» un surintendant à l'horloge d'eau; 12« les hérauts.

Les employés des finances étaient : 1° les antigraphes, qui examinaient les comptes; 10 dix apodectes, qui faisaient la même chose pour le sénat; 3o les épigraphes, qui inscrivaient les comptes; 4o dix logistes, qui les revoyaient; ft» douze euthynes, qui revoyaient aussi les comptes et prononçaient des amendes; 6° les mastères, chargés de la recherche des biens des exilés; 7o les tètes, commission de recouvrements; 8° les crénophylaces, gardiens des fontaines; 9° les épistates, inspecteurs des eaux; 10» les inspecteurs des rues; 11» les inspecteurs des murs.

La direction générale des finances, exercée pendant cinq ans par Aristide et Lïcurgoe, était une charge extraordinaire (Tania; Tîjc SictxrjuEw; ). Il y avait les trésoriers, choisis parmi les citoyens les plus riches; les polètes, douze commissaires pour la vente des choses appartenant à l'État et de celles qui lui étaient dévolues; les démarques, administrateurs des tribus; les administrateurs des spectacles ; les silophylaces, veillant à la distribution du blé :dix en ville, cinq au Pirée.

Les practores percevaient les impôts et les amendes, et d'autres magistrats présidaient aux préparatifs des embarquements et faisaient la police du Pirée avec une foule de subalternes.

Les œnoptes pourvoyaient à la sobriété des banquets et furent bientôt oubliés. Les gynéconomes ou gynécocosmes veillaient à la modestie et à la décence des

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