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ponèse, ces derniers s'étaient emparés d'une plus grande part de la commune conquête. Les rois des deux pays s'étaient plusieurs fois entr'aidés quand leurs sujets menaçaient de diminuer leur autorité; mais les deux peuples se voyaient de mauvais œil, et plus encore après que Sparte et Mycènes eurent complétement subjugué les habitants de la campagne dans la Laconie. Lorsque la mine est préparée, une étincelle suffit pour la faire éclater. Un certain nombre de jeunes filles spartiates qui se rendaient à une «». fête dans le temple de Diane, commun aux deux peuples et situé sur les confins, furent surprises et déshonorées par de jeunes Mésséniens, et se donnèrent la mort pour ne pas survivre à l'outrage.

Peu après, Polycharès, riche Messénien, confia ses troupeaux à Évaephnus, Lacédémonien, pour les faire pâturer dans les riches prairies de la Laconie; mais celui-ci les vendit et répandit le bruit qu'ils avaient été enlevés par des corsaires. La fraude ayant été découverte, Polycharès envoie son fils en réclamer le prix à Évaephnus, qui le tue. Le père désolé porte sa plainte devant le magistrat de Sparte ; mais se voyant payé de paroles, la colère l'emporte, et il se précipite en fureur sur tous ceux qu'il rencontre dans la ville. Sparte envoie alors des ambassadeurs à Messène pour demander satisfaction, et, ne l'obtenant pas telle qu'elle la désire, lui déclare une guerre d'extermination. Les deux cités s'arment et combattent à outrance, avec toute la fureur des guerres fraternelles.

Les guerriers spartiates avaient juré de ne pas rentrer dans leur patrie que leur vengeance ne fût accomplie; ils n'épargnaient donc ni les champs ni les hommes. Les Messéniens, réduits à l'extrémité, eurent recours à l'oracle, qui leur répondit: faut apaiser les dieux avec le sang d'une vierge de race royale. Le sort tomba sur la fille de Lycisque, mais celui-ci la fit évaArwodèmc der. Alors Aristodème, qui convoitait les suffrages populaires et l'autorité souveraine, proposa sa propre fille; bien que son amant proteste qu'elle n'est plus vierge, que bientôt même elle donnera le jour au fruit de leur amour, l'impitoyable père l'égorge de sa main. Ce fut ainsi qu'il apaisa les dieux et régna.

m. Messène ne fut pas sauvée pour cela ; l'ambitieux, déchiré par les remords, finit par se tuer, et Ithome, sa dernière place forte, tomba au pouvoir de l'ennemi. Les vaincus se réfugièrent en grand nombre à Argos, dans l'Arcadie, à Syracuse; ceux qui restèrent dans leur patrie, durent jurer fidélité aux Spartiates, leur livrer comme tribut la moitié de leurs récoltes et assister , vêtus de deuil, aux funérailles des rois et des magistrats de Sparte.

En exécution dtf serment prêté, les rois de Sparte avaient dû imtttntion <ie» rester vingt ans hors de leur patrie, et 1 on rapporte que les ephores furent créés, dans cette circonstance, pour les suppléer. Après leur retour, on conserva ces nouveaux magistrats pour statuer, en cas de divergence d'opinion, entre les rois et le sénat, et le peuple fut ainsi réduit à confirmer ou à rejeter ce qui lui était proposé, sans pouvoir y rien modifier.

La longue absence de tant de guerriers aurait pu diminuer la Partheniens. population; le sénat envoya donc l'ordre de faire revenir de l'armée les plus jeunes soldats, qui, parvenus plus tard à l'âge d'homme, n'avaient pas prêté le serment, afin de féconder les femmes: morale toute spartiate ! Les enfants nés de cette prostitution légale furent appelés Parthéniens. Chassés par les maris à leur retour à Sparte, ils se transportèrent, conduits par Phalante, dans la péninsule italique, où ils fondèrent Tarente.

Nous retrouvons en Italie d'autres colonies spartiates, notam- 707ment les Locriens et les Crotoniates, célèbres comme lutteurs. Les ilotes, qui avaient voulu profiter de la circonstance pour se soulever, furent dispersés dans ces derniers établissements.

La dure tyrannie de Sparte pesa quarante ans sur les Messé- M|s8e|nfe.de niens, jusqu'à ce que le désir de vengeance qui les animait tous AnsJ0TMène, devînt chez tous une volonté. Aristomène, rejeton de leurs anciens rois, cédant au vœu national, réunit la jeunesse et l'excita à délivrer la patrie. Il fut proclamé roi ; mais, satisfait du titre de général, il inspira par ses premières expéditions une telle épouvante aux Lacédémoniens qu'ils envoyèrent consulter l'oracle. Ils reçurent pour réponse qu'ils devaient chercher à Athènes un général pour les commander. Athènes était la rivale de Sparte; enorgueillie de la voir recourir à elle, ce fut presque par raillerie qu'elle lui envoya Tyrtée, poète et boiteux. Mais il fit voir aux lytue. Spartiates combien il était injuste de n'estimer que la vigueur du corps; car il sut inspirer par ses chants une telle ardeur aux combattants qu'il ranima leur courage et fit tourner la chance. Par malheur, il consacra son génie à une cause inique, à l'extermination d'un peuple à qui l'excès de l'oppression avait fait convertir en glaives les fers dont on l'avait chargé. Dans les rangs d'Aristomène, le poète aurait pu du moins parler de patrie, nourrir ses chants de sentiments généreux et consolants; dans ceux de Sparte, il n'avait d'autres ressources que de stimuler la va

leur, de montrer la honte de fuir et de survivre à une défaite, mais sans invoquer jamais la vertu, la justice et Dieu.

Les Spartiates avaient affaire à des gens réduits au désespoir, et la victoire fut encore fidèle au héros messénien. Il lutta pendant trois ans ; mais enfin la voix de Tyrtée retentit de nouveau contre lui, et les Arcadiens, achetés par les Spartiates, le trahirent. Aristomène vaincu se retira dans les montagnes, refuge de la liberté, et soutint, dans la forteresse d'Ira, un siége de onze ans. La trahison vint encore l'y atteindre; Ira fut prise. Aristomène, à la tête des débris de la garnison, s'ouvrit un passage et erra dans la Grèce. Ses soldats se dispersèrent; une partie d'entre eux, étant passés en Sicile, défirent les habitants de Zancle et donnèrent à cette ville le nom de Messine, en mémoire de la patrie qu'ils avaient perdue.

Le territoire de Messène fut partagé entre les vainqueurs; les habitants, réduits à la déplorable condition d'ilotes, baignèrent des sueurs de l'esclavage le sol de leur patrie détruite. Deux cents ans plus tard, ils tentèrent encore de secouer le joug; mais, comme il arrive trop souvent, ils ne firent que le rendre plus lourd.

Quoique de semblables victoires profitassent à la souveraineté de Sparte, elle les paya de tant de sang qu'il lui fallut longtemps pour réparer ses pertes. Elle s'accrut donc lentement au milieu des Doriens, étendant son territoire au détriment des Argiens et des Arcadiens. Ce ne fut qu'en 544, époque de leur entière sujétion, que la suprématie lui fut acquise parmi les peuples de la même race.

La constitution de Sparte ne subit point de changements tant que ses guerres ne dépassèrent pas les limites du Péloponèse et restèrent, pour ainsi dire, fraternelles.Le contraire arriva lorsqu'elle voulut se mêler aux affaires du reste de la Grèce, avec la prétention d'exercer la suprématie; mais elle avait pour rivale Athènes, qui marchait à la tête de la race ionique. Le fil de notre récit nous amène naturellement à nous occuper de cette ville, dont les mœurs furent beaucoup plus douces.

CHAPITRE VII.

ATBÈNES. — SOLON.

Sous le règne d'Ogygès, 1832 avant Jésus-Christ, le lac Copaïs inonda l'Attique, et les traditions antérieures se perdirent dans ce désastre. Un siècle et demi après, Crécrops y arriva, dit-on, cecrops. d'Égypte, enseigna la culture de l'olivier et institua l'aréopage. Le déluge de Deucalion eut lieu sous Cranaiis, l'un de ses successeurs. Amphictyon renversa du trône Attis, son beau-père; mais lui-même fut détrôné par Érichthonius, à qui succéda Pandion, puis Érecthée, sous le règne duquel Cérés, venant de Sicile, aborda sur le rivage de l'Attique, c'est-à-dire que l'agriculture im s'y propagea.

Les premières institutions de ce pays dénotent une origine étrangère : l'aréopage et la distribution du peuple en nobles, en agriculteurs et en artisans, rappellent l'Egypte; on y trouve aussi des souvenirs de l'Inde, par exemple dans les sacrifices de famille qui devaient s'accomplir aux mêmes degrés de parenté que chez les Indiens (1). Mais l'immobilité orientale ne pouvait durer sur ce sol, et nous y verrons le peuple acquérir peu à peu la liberté. Athènes favorisée par sa position et par la nature de son territoire, protégée contre les incursions des hordes barbares qui ravageaient le reste du pays, atteignit le plus haut degré de civilisation.

L'un des plus anciens événements de l'Attique est la guerre entre le Thrace Eumolpe et l'Athénien Érechthée, qui remporta la victoire. La paix alors confirma la suprématie d'Athènes et son alliance avec Éleusis, alliance probablement cimentée par l'admission d'Athènes aux mystères de Cérès, dont la direction fut toujours réservée aux Eumolpides. Thésée, purgeant le pays des Tm^c. brigands et des monstres qui l'infestaient, l'affranchissant du tribut de sept jeunes garçons et d'autant de jeunes filles dû à la Crète, peut être considéré comme le fondateur de l'État athénien. Il donna de la consistance au gouvernement en réunnissant les quatre districts de l'Attique, indépendants jusqu'alors l'un de l'autre, et en faisant d'Athènes la capitale du pays.

On a rapporté de lui trop de choses pour qu'il soit possible de distinguer le vrai du faux, et l'on ne sait rien de ses successeurs jusqu'à Codrus. Quand les Héraclides envahirent le Péloponèse, 0odrus les Ioniens, chassés de leurs foyers, vinrent accroître la popula- '"». tion de l'Attique; les Héraclides de Sparte en conçurent de la jalousie et déclarèrent la guerre aux Athéniens. L'oracle avait prédit que la victoire resterait à celle des deux armées dont le chef périrait dans le combat. Codrus, en usant de stratagème pour se faire tuer par l'ennemi, assura le triomphe aux siens et rendit son

(1) Bunsen, dt Jure hereditario Atheniensium.Goêltingae, 1812.

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nom glorieux. Les Athéniens, touten l'admirant, ne voulurent plus avoir de roi ; ils se mirent sous la protection de Jupiter et se firent gouverner par un archonte, qui fut pris dans la famille de Codrus, pour être héréditaire et perpétuel : mais il devait rendre compte de son gouvernement; soumettre, dans les affaires d'État, son autorité à celle du peuple; dans les affaires criminelles, à celle de l'aréopage; dans les causes civiles, à celle du prytanée. Beaucoup d'Athéniens, mécontents de ce changement, passèrent dans l'Asie Mineure avec les Ioniens, et y fondèrent des colonies.

Les Athéniens firent un nouveau pas vers la liberté quand ils rendirent décennal, de perpétuel qu'il était, le pouvoir de l'archonte, toujours choisi d'ailleurs dans la descendance de Codrus. Mais finalement, sans que l'on sache par suite de quelles révolutions, les archontes furent portés au nombre de neuf, pour exercer le pouvoir une année. Les trois premiers d'entre eux remplissaient les fonctions attribuées jusqu'alors au chef de l'État.

Ces changements n'étaient toutefois favorables qu'aux familles issues des conquérants; de même que les patriciens à Rome, elles constituaient une tyrannie vigoureuse, ne choisissant que dans leur sein les archontes et les aréopagites. Les vaincus cependant ne se résignaient pas à la servitude, comme en Orient, et des conflits s'élevaient souvent entre le peuple et la noblesse; mais celle-ci, forte de son union, étouffait les réclamations de la foule, exerçait rigoureusement son autorité, rendait la justice à son gré, et opprimait les débiteurs au point de vendre leurs enfants.

L'archonte Dracon avait rédigé des lois sévères , comme toutes celles des aristocraties héroïques; ce n'était, à ce qu'il paraît, qu'un code criminel tracé, disait-on, avec du sang, parce qu'il punissait tous les délits de la peine de mort; selon lui, aucun méfait n'était assez léger pour ne pas mériter le dernier supplice, ni assez grave pour qu'on pût lui en infliger un plus grand. Aussi l'oisiveté était-elle un crime capital, et l'on procédait même contre les choses inanimées qui avaient causé quelque accident. Un tribunal de cinquante-cinq éphètes, auquel toutes les cours de justice devaient soumettre leurs décisions, fut substitué à l'aréopage.

Les Athéniens étaient ainsi tombés du pouvoir illimité des rois sous le coup de lois cruelles dont l'excessive sévérité fut un obstacle à tout bon résultat, d'autant plus que ces lois ne s'étendaient pas à l'organisation civile et n'avaient point en vue le peuple. Les dissensions héroïques s'envenimaient donc de plus en plus entre les trois classes, que distinguaient les noms de Pédiens, de Dia

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