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conception de l'unité nationale; les jalousies réciproques faisaient obstacle à la fusion et facilitaient la conquête.

Les nombreuses ressemblances du culte italique avec le culte grec n'échappèrent pas aux Grecs eux-mêmes; Denys remarque qu'il ne s'agit pas seulement des types et de leurs formes exprimant les idées de puissance ou de protection spéciale, mais encore d'attributs, de vêtements, d'usages traditionnels, de trêves religieuses, de pompes et de sacrifices, de formes rituelles des temples. Ces ressemblances précédaient l'invasion historique d'idées grecques, et c'est pourquoi on les attribue aux anciens Pélasges.

Quelques divinités furent introduites dans des temps connus, comme Apollon l'an 429 de Rome , Esculape en 459, le grand autel d'Hercule en 449 ; mais il est difficile de croire que les dieux supérieurs fussent admis après la constitution de ces sociétés, si tenaces dans leurs traditions, sans provoquer un bouleversement général, ou du moins une opposition que l'histoire ne pourrait avoir oubliée. Il faut donc supposer qu'ils vinrent avec les peuples eux-mêmes, surtout avec les Pélasges, d'autant plus qu'on trouve à ces divinités un air national, et qu'ils s'accordent avec les institutions civiles.

La diversité des cultes italiques atteste les différentes origines de la population. D'un fond de traditions primitives, où se trouvaient déposées les vérités révélées aux premiers hommes, les Italiotes tirèrent des idées sublimes de la Divinité, que nous découvrons dans de rares fragments. Dans les Vers saliens, Janus était appelé deorum Deus (1), et lui seul parmi les divinités anciennes n'est souillé d'aucune faute. Varron dit que la religion en Italie fut toujours dominée par l'intérêt (2); nous croyons que, par ces paroles, il n'entend que caractériser l'esprit éminemment pratique des habitants de cette contrée, d'autant plus que le mot latin religio indique lui-même un but social.

Le culte de Cérès, ce culte qui, par un magnifique symbole, fait de la déesse des champs la déesse de la civilisation, était italique; mais, réservant aux initiés les dogmes les plus purs, on of

(1) Macrobe, Saturn. IX : Saliorum quoque antiquissimis carminibus deorum deus canitur. Valerius Soranus, dans Varron, dit:

Jupiter omnipotens, regtim, rerumque, deumque
Progenitor, genitrixque deum, deus unus et omnis.

EtCicéron, dans les Tuscul., I :Anliqtiitate,quic quo propiusaberat ab ortu etdivina progenie, hoc mclius eaforlasse qux crant veracernebat;ctc, etc.

(2) De Rertistica.

frait un culte grossier de la nature au vulga ire, qui adorait le Tibre , le Numicius, le Vulturne. Les divinités se multiplièrent au point que chaque fontaine, chaque maison, chaque ville avait les siennes. Les Sabins, pour nous borner à cet exemple, vénéraient Matuta, déesse de labonté; Mamers (Mars) avec Nériène sa femme, déesse de la force; Vacuna, de la victoire; Féronia, de la liberté; Vesta, de la terre et du feu; Sancus, dieu aux trois noms ( Sancus, Fidius, Semon ); Soranus, Februus, ministre de la mort, elSumanus, de la foudre. Obtenaient un culte principal : Saturno-Ops, dieu-déesse de la terre; Diano-Diana, du ciel; Anna-Perenna, la mère nourrice, représentée par la lune qui préside à l'année; Palès, déesse des bergers, dont Rome, devenue même conquérante, continua à célébrer les fêtes avec les Féries latines et les Lupercales, en souvenir de son origine champêtre. Tous les travaux des champs étaient placés sous le patronage d'une divinité particulière, et Rome invoquait les dieux Vervactor, Repalor, Abaraior, Imporcitor, Insitor, Occator, Sarrilor, Subruncalor, Messor, Convector, Condilor, Promilor(\).

Le phallus est souvent représenté sur les monuments et sur les tombes. La Fortune, vénérée sous une infinité de noms, était interrogée à l'aide des pratiques superstitieuses les plus diverses : à Préneste, on se servait, à la manière des Germains, de petits bâtons mêlés et retirés au hasard; à Antium, les Volsques consultaient deux mannequins, i'un propice, l'autre contraire, qui révélaientpar des mouvements artificiels lafortune bonne ou mauvaise; dans le temple de Junon, à Véies, une autre image répondait par des signes de tête.

Le culte de Circé, la grande magicienne des transformations, qui apparaît sur les caps pour effrayer les navigateurs, conservait quelque chose de barbare et d'antique. L'esprit d'application se révèle tout entier dans le culte national des génies (2), culte qui, du fétichisme personnel et topique qui en est le caractère habituel, s'élève parfois à des conceptions abstraites d'un ordre transcendant. Toute unité, defait-ou d'idée, manquait à ces cultes locaux. Les divinités sévères n'étaient pas réunies en familles, mais hermaphrodites d'abord, puis décomposées en mâle et femelle, toujours stériles néanmoins, jusqu'à ce que les fables grecques se

(1) Buisson, de Formulis.

(2) Denys, Grec et admirateur des Grecs, rend justice aux religions italiques, bien que les faits démentent beaucosp de ses assertions (Archeologia, livre II).

Voir la Symbolique de Creuzer.

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fussent introduites. Lorsqu'on dit que les dieux n'avaient pas de statues, peut-être faut-il entendre qu'on ne leur donnait point de formes déterminées; en effet, le Mars sabin était vénéré sous la forme d'une lance, et, même après l'introduction du culte idolàtrique, le feu de la déesse Vesta continua de brûler sur l'autel, silencieusement et sans image. Dans les tremblements de terre, on priait sans invoquer un dieu connu et déterminé. Des cultes locaux se conservèrent plus tard, comme celui de Féronia près des marais et des fontaines, celui de Soranus sur les hauteurs, et de Circé sur les promontoires.

En même temps que la cité romaine engloutissait les autres cités d'Italie, les religions particulières étaient absorbées par celle des vainqueurs, et les dieux topiques par ceux de Home qui leur ressemblaient le plus. De là, le nombre infini de noms et d'épithètes attribués à chaque dieu, si bien que Varron compta trois cents Jupiters en Italie; mais le culte local et domestique, dont le caractère est tout italique, se conserva dans les dieux de diverses familles (sacra gentilia, dii gentiles). Quelques-uns des dieux sabins pénétrèrent même avec ceux des vainqueurs, comme Sémon Sancus, qui prit place à côté du Janus latin.

L'expiation, dès l'origine, fut poussée jusqu'aux sacrifices humains, qu'on remplaça dans la suite par des usages moins féroces. Dans les printemps sacrés, on faisait vœu d'immoler aux dieux tout ce qui naîtrait dans le printemps, et les pères égorgeaient leurs propres enfants; mais plus tard on se contenta d'envoyer former des colonies les hommes nés dans cette saison. Les Sabins, dont le sacerdoce tenait de celui des druides, avaient des rites terribles. Dans les graves circonstances de la guerre, les soldats, réunis dans une enceinte faiblement éclairée, devaient jurer soumission au milieu du silence, des victimes et des épées; d'épouvantables imprécations étaient prononcées contre quiconque désobéirait. A Faléra, on sacrifiait des entants à Junon ; les Hirpins descendaient du Soracte en passant nu-piedssurdes charbons ardents ; les Marses maniaient les serpents, comme ils l'avaient appris de la magicienne Angitia, qu'ils vénéraient dans le bois sacré près du lac Fucin(l). Ces faits et d'autres dénotent la férocité naturelle des anciens habitants, domptés ensuite par les thesmophores, qui vinrent d'autres pays pour dégrossir les populations primitives. Tels furent

(I) De nos jours encore, il vient du lac Gelano des charlatans qui manient les serpents, et les paysans, pour les morsures, ont pleine confiance dans saint Dominique de Crellino.

Jantts, Saturne, Picus, Faunus, qui, sous le nom de dieux, introduisaient les religions; ils élevaient ces peuples, ainsi que le pratiquèrent plus tard les jésuites, en les traitant comme des enfants , c'est-à-dire qu'ils leur offraient des repas communs et une nourriture frugale, au lieu de leur assigner des biens propres: aussi les nations postérieures, plus civilisées mais plus malheureuses, donnèrent-elles à cette époque le nom d'âge d'or (1).

Janus tient du Nord; il apparaît au milieu de peuples non encore établis (2). Saturne a le caractère oriental, et trouve une population agricole; peut-être il symbolise des colonies phéniciennes, qui, chassées de l'île de Crète, abordèrent en Italie. On compte encore parmi les thesmophores Italus, qui, au temps où Thésée réunissait les dèmes de l'Attique, établit la communauté des biens dans la péninsule inférieure, enseigna l'agriculture et les repas fraternels qui duraient encore au temps d'Aristote (3).

Par les soins des thesmophores, des asiles, placés sous la protection des dieux ou d'un chef de tribu, sont établis contre la persécution des forts. Les chefs de tribus deviennent patrons, les protégés clients, et les uns et les autres s'unissent pour subjuguer les ennemis, dont ils font des esclaves. Les thesmophores, ne pouvant abolir la guerre, la tempèrent par le droit fécial; un prêtre, en vertu de ce droit, se présente à l'offenseur et lui assigne un terme avant l'expiration duquel il doit réparer ses torts, sinon on lui déclarait les hostilités. D'autres prêtres promettaient des prodiges et faisaient des imprécations.

L'Italie, déjà civilisée, conserva quelques traces de la vie no

(1) Janus, comme nous l'avons dit de Manou, dut être le nom de quelqu'un des premiers sages, dont le souvenir se conserva parmi les peuples les plus divers. Ce nom paraît signifier seigneur. Chez les Phéniciens Jonn correspondait à Baal; en gallois, il veut dire seigneur, dieu, cause première. Bacchus lut appelé Janna, Jon, Jona, Jain, Jaungoiroa, dieu, seigneur, maître. Les Scandinaves appellent Jon le soleil, que les Troyeus aussi adoraient sous le nom de Jona (jaMeison's, Bennes scythicus, p. 60). Cet astre, en persan, s'appelle Javnaha , etjannan veut dire chef. Voir Pictet, Sur le culte des Cabires en Irlande, p. 104.

On dit que le Latium fut ainsi appelé parce que Saturne s'y cacha, laluit. Oi , en phénicien, saturn veut dire précisément latens (pokocke, Spécimen hist. Arabwn, p. 120. Oxford, 1806.) Les vers saturnins, les l'êtes saturnales, montrent l'antiquité de ce civilisateur et la grossièreté de son âge. Tôt sœculis (dit Macrobe, Saturn. I. 7) Saturnalia prxcedunt romanse urbis xtatem.

(2) Raoul-Rochette voit dans Joan, Jon, Janus, le chef d'une colonie ionique, arrivée en Italie en 1431. .

(3) Polit,VII., ».

made (1); les divinités pastorales, 1rs fêtes et les divisions de l'année relatives à la vie pastorale et à l'agriculture, et le culte du dieu Terme, rappellent les usages primitifs d'un peuple voué aux travaux des champs et au soin des troupeaux.

Les Marses étaient loués pour leur courage et leur frugalité ; les Sabelli, pour leur inculte honnêteté ; leurs femmes, ainsi que celles des Apuïiens et des Samnites, pour leur sagesse et leur sobriété. Aux Lucaniens pillards faisaient contraste les Sabins pieux et justes; aux mous et timides Picentins, les Péligmens et les Samnites belliqueux, qui voulaient mourir libres. Les Samnites avaient une éducation robuste, et, comme nous l'avons dit, des rites druidiques effrayants (2). Magnifiques dans leurs armes, ils menaient une vie frugale dans leurs maisons, élevaient des troupeaux et des poulains, tissaient la laine et se mariaient fort jeunes. Dans un jour solennel, on choisissait les douze jeunes gens les plus sages et les plus braves, auxquels on laissait le choix de leurs épouses (3); s'ils s'en rendaient indignes, ils en étaient séparés. Les Ombriens pratiquaient les ordalies, semblables aux jugements de Dieu de notre moyen âge (A), qui faisaient intervenir immédiatement la Divinité pour attester par un miracle la vérité en discussion ou l'innocence calomniée.

Les mœurs des Italiotes nous offrent des caractères par lesquels ils se distinguent des Grecs et des Asiatiques. L'atrium (ainsi nommé peut-être d'Adria) indique une manière de vivre en commun et à découvert; là, autour du foyer des lares, se réunissaient les enfants, les femmes, qui n'étaient pas renfermées dans les gynécées, et les esclaves eux-mêmes, dont le nombre était considérable.

L'agriculture prospérait beaucoup dans l'Italie d'alors; nonseulement le blé suffisait à tous les besoins, mais on en expédiait au dehors (5); lorsque la récolte était médiocre, on y suppléait

(1) Dorn Seifzen, Vettigia vitœ nomadicx tant in moribus quam in legibus romanis conspicua. Utrecht, 1819.

(2) Horace, Odes, III, 6.

(3) Peut-on trouver une plus noble institution? s'écrie Montesquieu (Esprit des lois, VI, 17). Et cependant la femme est réduite à l'intime condition d'être choisie sans pouvoir choisir ni refuser.

(4) "O(i.ppixoi 2tav itpè; àÀXïiXous lyrtaaiv àn^iap^Tïiuiv, xaTOitXidOîvTe; d>; èv ico/.É|iw nâyovTai, xai Soxoûei SixaiOTepa /iye'.v ot èvavrfou; àitoayâSavTe;. « Les Ombriens, quand ils ont un procès à vider entre eux, combattent armés comme en guerre, et pensent que celui qui tue l'autre a raison. » Nicolas Damascène , ap. Stoder, Serm, 13°.

(5) Olim ex Italix regionibus longinquas in provincias commeatus portabant. Tacite, Ann., XII.

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