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loin de son point d'appui, mais encore quelles sont les conditions requises pour l'équilibre. II observa Mars couvert par la lune, et remarqua que cette dernière planète nous tourne toujours la même face; il essaya de rendre compte de la scintillation des étoiles, par unie théorie opposée à celle d'aujourd'hui, puisqu'il fàit partir les rayons de l'œil; il connut la différente conductibilité de calorique des corps; enfin, il expliqua la rotondité dû spectre formé par les rayons solaires, passant par une ouverture quelconque, le refroidissement causé par un ciel serein, et la formation de la rosée qui en est la suite (1).

On peut dire que l'anatomie comparée fût une création d'Aristotè. Le premier il découvrit les nerfs, distingua peut-être les veines des artères, signala les quatre estomacs des ruminants. Il observa que l'homme a le cerveau plus volumineux que tout autre animal; que seul il dort sur le dos; que seul, parmi les mammifères, il a la pupille inférieure garantie par des cils, et que les vaisseaux sanguins portent au cœur; mais aussi il faisait passer de la trachéè au cœur l'air que noiis respirons, et supposait que le cerveau était un corps humide et froid, destiné a tempérer la chaleur du cœur.

Ce rie sont pas là les seules erreurs de son génie ;mais nous n'avons pas à les signaler toutes, parce qu'il suffit à la science de marquer les pas dont un grand homme l'a fàit avancer. Disons d'ailleurs que la méthode même tracée par Aristote facilitait les moyens de remédier à ses erreurs, et que, dans celles-ci, il s'éleva encore parfois à des conceptions ingénieuses. Que d'illusions et de méprises dans ses Récits merveilleux (2) et dans ses Problèmes ! et pourtant il chercha, non sans succès, à découvrir le mécanisme de la voix et de l'ouïe (3), à se rendre compte des changements que subissent l'air et la mer (4), de la violence et de la direction des vents; il fit mention le premier des concrétions cristallines que nous appelons stalactites et stalagmites; le premier il fit dépendre les marées dè la lune (5). Aristote, en un mot, ne poussa pas moins loin ses conquêtes hardies dans le domaine de l'intelligence^qu'Alexandre les siennes dans les champs de l'Asie, et celles du disciple furent d'un grand secours au maitre.

La géographie et l'histoire naturelle firent d'immenses pro

(1) De Part, anim., II, 2. — De Cœlo, IV, 4; II, 14.

(2) Ikpi 6cai(jia<jiwv àxou<j(juxT<av, De mirabilibus auscultatlombm

(3) Problèmes, §11.

(i)Ibid., §§ 23, 25, 26.

(5) De mirab. auscult., p. 1&43, u° eu.

grès, grâce aux voyages et aux conquêtes du héros macédonien, qui ouvrit les archives des Phéniciens et des Chaldéens, et réunit iiis'ore na- dans Alexandrie le fruit de leurs observations. Dans les contrées iureiie. Q^ la nature es(; plus féconde, il rencontrait ici l'ébénier, là le cotonnier ou le bambou; ailleurs des champs de sésame, au lieu du lentisque et des pois; près de Bactres, un froment gros comme les baies de l'olivier (1), des armées de singes et des animaux de toute espèce; puis il envoyait des échantillons de tout cela à son maître.

Puisque nous parlons des animaux, qu'il nous soit permis de remarquer que les anciens les regardaient avec une sympathie oubliée aujourd'hui; il courait sur eux mille traditions vulgaires, et les écrivains ne craignaient pas de rabaisser leur récit en les rapportant, comme s'ils eussent voulu multiplier, dans l'histoire, les êtres sensitifs, et ne pas séparer l'homme des animaux, qui contribuèrent tant à sa première civilisation. Homère parle des chevaux d'Achille et des chiens d'Ulysse, comme la Bible de l'ânesse de Balaam et du chien de Tobie; Plutarque leur emprunte beaucoup d'enseignements moraux. On disait que sur la tombe d'Orphée le chant des rossignols avait plus de douceur; qu'un dauphin avait sauvé Arion du naufrage; qu'un autre accourait à la voix d'un enfant qui l'avait guéri, et le prenait sur son dos (2); qu'un troisième avait arraché aux flots un Milésien qui l'avait préservé des pêcheurs, et que plus tard il amena d'autres dauphins sur sa tombe, comme pour lui rendre de pieux devoirs. Certains oiseaux du fleuve JEsépus emportaient de l'eau sur leurs plumes pour arroser la sépulture de Memnon (3); un éléphant prenait soin avec amour d'un enfant que lui avait confié sa mère mourante (4); d'autres oiseaux ne laissaient aborder que des Grecs aux îles de Diomède (5); le porphyrion ( poule sultane ) révélait les adultères des femmes mariées ses maîtresses (6). On rapporte encore d'autres faits de ce genre, qui peuvent sans doute faire sourire, mais qui montrent dans le narrateur une naïvete charmante. Il est fait aussi mention des mules employées par les Athéniens, lors de la construction de l'Hécatompède. On laissait paître en liberté celles qui étaient lasses; mais, un jour, on en vit

(1) Théophraste, Hist. des plantes Athénée, 1. VII.

(2) Athénée, Banquet, XIII, 85; IX, 43, etc.

(3) Pausanias, Phocid., XXXI.

(4) Athénée, XIII, 85.

(5) Akistote, De mirab. ausailt., p. 1545, n" 50.
(c) Athénée, IX, 40.

une laisser sa pâture et marcher en avant de celles qui travaillaient attelées, comme pour les encourager, ce qui fit décréter qu'à l'avenir elle serait nourrie aux frais de l'État. Près du monument funèbre de Cimon était le tombeau des cavales avec lesquelles il avait été trois fois vainqueur à Olympie. Un chien suivit à la nage le navire qui emportait son maître d'Athènes à Salamine, au temps de la guerre des Perses, ce qui lui valut l'honneur d'être enterré sur un promontoire qui conserva le nom de Tombeau du Chien (1).

Aristote abonde en détails de ce genre; mais, loin d'en faire d'indigestes récits, il réduisit l'histoire naturelle à l'état de science: science immense par le nombre et la variété des êtres qui appartiennent à son domaine, comme aussi par la multitude de problèmes que chacun d'eux présente. Il mit l'ordre partout, et assigna presque aux siècles futurs la tâche qu'ils auraient à accomplir dans chaque branche, déterminant à l'avance la méthode et la distribution du travail, et appelant l'observation sur les questions qu'il n'avait pas su résoudre, ainsi que sur les phénomènes dont il n'avait pas saisi les causes.

Chaque génération, malgré les obstacles et les erreurs, apporte des matériaux à l'édifice commun de la science. L'histoire naturelle n'avait été jusqu'alors que confusion et tâtonnements, qu' un recueil des phénomènes les plus frappants, ramassés au hasard, que l'on cherchait à expliquer à l'aide de systèmes capricieux, et plutôt par la poésie et la théologie que par une méthode exacte. Les Orientaux et les Égyptiens, parmi lesquels Hérodote recueillit tant de connaissances sur les corps naturels, n'avaient pas su la tirer de cet état (2). Aristote, en s'appliquant à l'étude de cette science, ne pouvait y apporter cette analyse et cette raison absolue qui, de la contemplation des harmonies de la nature et de ses lois immuables, remonte aux principes sublimes qui rapprochent et font converger à un foyer unique les résultats des sciences diverses; c'eût été trop prétendre que de l'exiger de lui. Mais, si nous plaçons le génie à son temps, au milieu des circonstances où il se trouvait, il nous apparaîtra dans sa véritable grandeur. Buffon, le juge le plus compétent en cette matière, a dit : « L'Histoire des animaux d'Aristote est peut-être encore « ce que nous avons de mieux fait en ce genre. Il paraît par son o ouvrage qu'il les connaissait mieux et sous des vues plus géné

(1) Plotarque, Vie de Caton. Voy. Rio, Essai sur l'hisloire de l'esprit humain dans l'antiquité; Paris, 1829.

(2) Hérodote mérite d'être consulté surtout pour les particularités qu'il nous a

transmises à ce sujet.

et raies qu'on ne les connaît aujourd'hui. Enfin, quoique les mo« dernes aient ajouté leurs découvertes à celles des anciens, je « ne vois pas que nous ayons sur l'histoire naturelle beaucoup « d'ouvrages modernes qu'on puisse hiettre au-dessus d'Aristote... « Il accumule les faits, et n'écrit pas un mot qui soit inutile: « aussi a-t-il compris dans un petit volume un nombre presque « infini de différents faits, et je ne crois pas qu'il soit possible « de réduire à de moindres termes tout ce qu'il avoit à dire sur « cette matière, qui paraît si peu susceptible de cette précision, « qu'il fallait un géh'iè comme le sien pour y conserver en même « temps de l'ordre et de la netteté ; et quand même on supposerait « qu'Aristote aurait tiré de tous les livres de son temps ce qu'il « a mis dans le sien, le plan de l'ouvrage, sa distribution, le choix « des exemples, la justesse des comparaisons, une certaine tour« nure dans lès idées que j'appellerais volontiers le caractère phi« losophique, riè laissent pas douter un instant qu'il ne fût lui« même bien plus riche que ceux dont il aurait emprunté (1). »

Nous ne devons pas enfin passer sous silence qu'au dire de quelques naturalistes modernes, on trouverait dans Aristoté la conception théorique de l'unité de la composition organique, que Belon essaya le premier de démontrer pratiquement, et qui forme aujourd'hui le point culminant où visent les zoologistes pour arriver à une conquête dont le résultat serait de changer entièrement l'aspect des sciences naturelles.

CHAPITRE XXIV.

'ITALIE.

PREMIERS HABITANTS.

En voyant apparaître cette terre chérie qui nous rattache à un beau nom, à de grands souvenirs, à de généreuses espérances, comme jadis les compagnons d'Énée lorsqu'ils découvrirent ses bords si longtemps cherchés, nous nous écrions avec une joie pieuse :Italie, Italie!

Du rocher de l'Atlantique contre lequel était venue se briser sa puissance artificielle, reportant sa pensée vers la patrie de ses

(l) Buffon, Histoire naturelle, tome Ier, premier discours. Voir aussi le Cosmos de Hutuboldt.

ancêtres, vers le théâtre de ses premiers triomphes, où les souvenirs de sa vie héroïque étaient les seules consolations de son exil, le grand conquérant de nos jours s'exprimait en ces termes: « L'Italie est environnée par les Alpes et par la mer. Ses lirhi- Position

. . I * . . . graphique.

« tes naturelles sont déterminées avec autant de precision que « si c'élait une île. Elle est comprise entre le 36e et le itie degré « de latitude, le 4e et le 16" de longitude de Paris; elle se divise « naturellement en trois parties : la continentale, la presqu'île « et les îles. La première est séparée de la deuxième par l'isthme « de Parme. Si de Parme, comme centre, vous tracez une demi« circonférence du côté du nord avec un rayon égal à la distance « de Parme aux bouches du Var, ou aux bouches d'Isonzo (soixante « lieues), vous aurez tracé le développement de la chaîne supé« rieure des Alpes qui sépare l'Italie du continent. Ce demi« cercle forme le territoire de la partie dite continentale, dont la « surlace est de cinq mille lieues carrées. La presqu'île est un « trapèze compris entre la partie continentale au nord, la « Méditerranée à l'ouest, l'Adriatique à l'est, la mer d'Iohie au « sud, dont les deux côtés latéraux ont deux cents à deux cent « dix lieues de longueur, et les deux autres côtés de soixante « à quatre-vingts lieues. La surface de ce trapèze est de six mille « lieues carrées. La troisième partie, ou les îles, savoir : la Sicile, « la Sardaigne et la Corse qui, géographiquement, appartient plus « à l'Italie qu'à la France, forme une surface cle quatre mille lieues a carrées; ce qui porte à quinze mille lieues carrées la surface de « toute l'Italie...

« Les Alpes sont les plus grandes montagnes de l'Europe, et Moniale». « peu de leurs cols sont praticables pour les armées et les voya« geurs. A quatorze cents toises d'élévation, on ne trouve plus de « trace de végétation; à une plus grande élévation, les hommes « respirent et vivent péniblement; au-dessus de seize cents toisés « sont les glaciers et les montagnes de neiges éternelles, d'où « sortent des rivières dans toutes les directions, qui se rendent « dans le Pô, le Rhône, le Rhin, le Danube, l'Adriatique...

« Toutes les vallées tombent perpendiculairement du sommet « des Alpes dans le Pô ou l'Adriatique, sans qu'il y ait aucune « vallée transversale ou parallèle; d'où il résulte que les Alpes, « du côté de l'Italie, forment un amphithéâtre qui se termine à la « chaîne supérieure. Le mont qui domine le col de Tende est élevé « de quatorze cents toises; le mont Yiso, de quinze cent quarante« cinq toises; le mont Genèvre, de dix-sept cents toises; le pic « de Gletsclicrbergsur le Saint-Gothard, de dix-neuf cents toises,

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