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térieurs; il profita de ces travaux, dont il examina les résultats, et les ramena à l'unité.

La dialectique de Platon èst }a philosophie telle qu'on la connaissait avant Aristote, ayant pour base l'idée, l'être distinct de la matière. Tout absorbé dans l'idéal du bien et du beau, Platon néglige l'expérience, et s'occupe peu de ce qu'il y^a de nécessaire ou de particulier dans Jes phénomènes. Aristote, au contraire, cherche à tirer chaque notion d'espèce suprasensible de l'expérience la plus positive et la plus déterminante; car la raison, selon lui, n'est pas quelque chose de primitif pour l'homme, et ne se forme que par le nécessaire. Ainsi l'idéal faisait place à l'observation des phénomènes, jusqu'à ce que l'on vînt à oublier qu'il faut observer dans les phénomènes quelque chose de plus que le sensible.

Les institutions d'Alexandre et des républiques grecques ont péri, les empires ont succédé aux empires ; mais les deux grands noms d'Aristote et de Platon subsistent encore pour représenter les deux grandes écoles entre lesquelles la science est partagée: l'une qui fait tout dériver des sens, l'autre qui croit à la nécessité de quelque chose de surnaturel. Platon, considérant la philosophie comme art, médita, dans une tranquille admiration, la perfection la plus élevée; Aristote, plus réel et plus profond, la considérant comme science, fil de la raison une faculté active, la force motrice, non pas de l'être humain seulement, mais de la nature entière, et résuma tout le savoir des Grecs. Le premier, supposant une plus haute origine aux connaissances humaines, s'abandonne à l'enthousiasme, au symbolisme, à l'inspiration, nobles élans de notre nature; l'autre s'applique au positif, resserre tout dans les limites du calcul et du système, n'admet que la raison et l'expérience. Ceux qui, jusqu'à présent, n'ont admis que ces seules données, ne sont pas encore parvenus à dépasser Aristote. A la suite de Platon vinrent ceux qui admettent une tradition supérieure de la vérité, si bien que sa doctrine fut considérée comme une grande préparation au christianisme.

Platon, avec la divine élégance de sa forme, n'était pas fait pour l'école; artiste et législateur de mœurs et de croyances, il n'embrassa point l'encyclopédie, et rejeta toute rigueur systématique. Aristote fut le précepteur de l'avenir et l'historien du passé; néanmoins, comme l'en accuse Bacon, il n'égorge pas ses frères pour régner seul. La grande influence d'Aristote est due précisément au caractère encyclopédique de ses œuvres; car il renferma dans un système l'ensemble des connaissances , et donna à ses travaux la forme didactique, encore inconnue de la philosophie , qui l'a conservée depuis.

Son empire, en effet, a surtout pour cause la logique, science toute de formes, qui peut être cultivée avec ardeur, sans distinction de principes philosophiques ou religieux. En conséquence, Aristote est l'homme qui, après les fondateurs de religions, a exercé le plus d'influence sur l'humanité. Dans le moyen âge, la scolastique le reconnut pour son chef jusqu'à ce que l'école platonicienne se relevât en Italie, mêlée de théurgie. Il fut préconisé dans le siècle dernier comme le coryphée de la philosophie de la sensation, et les adeptes de cette école reprochent à notre époque d'incliner de nouveau vers le spiritualisme et vers Platon. Sans vouloir repousser cette inculpation honorable, nous disons que notre siècle s'est remis à l'examen sévère et impartial des doctrines du passé, non pour y revenir, mais pour y puiser la force de marcher en avant dans cette voie de progrès où il se sent poussé par le développement de sa libre activité. S'il croit donc devoir avec Platon porter son attention sur les idées, il ne laisse pas, néanmoins, de scruter la science et les méthodes d'Aristote et d'en faire son profit (1). Loin de ne voir dans sa doctrine qu'un monument tombé en ruine, dont quelques débris seulement peuvent servir à des constructions nouvelles, il pense qu'elle doit se réconcilier avec le platonisme et revivre dans un système supérieur.

Ni l'un ni l'autre, néanmoins, n'élevèrent la morale jusqu'au bien absolu, mais tous deux la placèrent dans la perfection humaine. Or, la société étant pour celle-ci la condition la meilleure, ils ne firent qu'une seule et même chose de la sociabilité et de la vertu, de l'homme sage et du citoyen probe. L'éthique fait donc partie de la politique; l'homme n'a pas de valeur par lui-même, mais seulement par l'agrégation ; si la société le trouve bon, l'esclavage, l'infanticide et la conquête seront de droit commun. Ici donc succombe la dignité de l'homme; car il cesse d'être

(1) La preuve en est dans les nombreux travaux récemment entrepris sur Aristote par les Allemands Kopp, Schneider, Brandis , Stahr. L'Institut de France ouvrit, en 1835, un concours sur l'examen critique de la métaphysique d'Aristote, et les ouvrages qui remportèrent le prix ont été publiés sous ces titres: Examen critique de la métaphysique d'Aristote, par Michelet (de Berlin), Paris, 1836;£siai sur la métaphysique d'Aristote. par Félix Ravaisson, Impr. roy., 1837. Voyez, sur ces ouvrages, l'intéressant rapport de M. Cousin, 1er vol. des Mémoires de l'Institut, classe II. En 1837, le même Institut a couronné l'examen de VOrganon d'Aristote, par J. Barthélémy Saint-hilaire, De la logique d'Aristote.

la mesure de la moralité, qui repose uniquement' sur le bien social.

L'homme fut tiré de cet anéantissement, de cet état incertain ^giîTM^^11** entre l'instinct du plaisir et la loi du devoir, parÉpicure et Zénon. Le premier, né à Gargette, dans l'Attique, suivit d'abord les principes de l'Académie; puis il ouvrit à Lampsaque, et ensuite à Athènes, une école de philosophie. Selon lui, la philosophie est l'art de conduire l'homme au bonheur par le moyen de la raison. L'éthique est donc la partie principale de la science; la physique et la canonique (dialectique) ne sont qu'accessoires (1). Il croyait avec Démocrite que le monde avait été formé par le concours des atomes ; qu'on ne saurait le considérer comme l'œuvre d'une cause intelligente, si l'on envisage ses imperfections et si l'on réfléchit que la plus grande félicité des dieux est de vivre paisibles et heureux. Nous avons dit des dieux, car, au lieu d'arriver à l'athéisme où le conduisait son système, Épicure donna pour preuve de leur existence l'universalité des idées religieuses, et les supposa formés d'atomes plus fins et indolents. L'âme, matérielleelle-même, naît et finit avec le corps, et la mort n'est pas un mal. Il faut donc fouler aux pieds toutes les frayeurs, toutes les superstitions, et ne voir d'autre bien que le plaisir, qui consiste dans l'activité et le repos de l'âme, c'est-à-dire dans la jouissance des sensations agréables et l'absence des sensations pénibles. Toutes les sensations sont égales en valeur et'en dignité; elles ne diffèrent que par l'intensité, la durée et les conséquences (2). Les plaisirs de l'esprit l'emportent sur ceux du corps; savoir choisir est donc nécessaire au bonheur. La première vertu, par conséquent, est la prudence, source du droit; les conventions elles-mêmes n'obligent qu'en tant qu'elles sont avantageuses aux contractants.

C'en est fait avec un tel système des causes finales de Socrate; c'en est fait des idées platoniques de vérité, d'ordre, de bien absolu; c'en est fait des sacrifices qu'un particulier fait au bien général. Comment Épicure pouvait-il soutenir que les lois et les cou

(1) Nous n'avions d'Épicure que les fragments conservés par Diogène Laërte, quand on découvrit à Herculanum son traité Ilepl <pvaew;.

(2) Nonobstant cela, Épicure reconnaît que, si Pliommc ne possédait que de simples sensations, il ne différerait pas de l'animal, et ne pourrait point raisonner, puisque le raisonnement implique des notions générales, et que les sensations ne correspondent qu'à des objets individuels. Ces notions générales, il les appelle anticipations (npol^tii;), d'où suit que la raison humaine résulte de deux principes: l'un extérieur, qui est l'action des corps, l'autre intérieur, qui est la réaction de l'intelligence. Romagnosi avait fait revivre cette dernière partie de la Canonique d'Épicure.

tiimes dii pays rendent les actions pluè ou moins honnêtes, et constituent ainsi une morale? Les lois créeraient-elles un devoir qui n'est pas déjà tel par une raison absolue et antérieure? Pauvre philosophie morale que celle qui, pour seul motif de ne pas faire le mal, met en a;vant la crainte des conséquences (1) ! S'il est vrai, comme le rapportent les historiens, qu'Épicure fut d'excellentes mœurs et très-sobre, il n'en était pas moins très-facile à ses disciples de déduire de ses doctrines les conséquences les plus désastreuses; aussi son nom est-il demeuré le type de l'homme voluptueux, et servit-il, plus tard, à désigner ceux qui tte croyaient à rien en dehors des sens ni au delà de la tombe. Stoïcien». Tout au contraire, l'école de Zénon de Chypre, appelée stoïque, du portique (aW) où elle s'était établie, avait pour but de concilier deux éléments opposés :1e principe sensuel, qui ravale l'homme jusqu'à la brute, èt le principe spirituel, qui l'ennoblit. La philosophie est la science de la perfection humaine, qui se manifeste dans la pensée, dans la connaissance, dans lës actions. Sa partie principale est la morale, à laquelle la logique et la physiologie sont subordonnées. La logique de Zénon tendait à mettre un frein à l'incertitude des opinions, et donnait pour règle du vrai la droite raison, qui conçoit les objets tels qu'ils sont réellement. Il admettait dans sa physiologie Dieu, comme la loi suprême de la nature et la cause imminente de toute forme et de toute proportion. L'homme doit lui ressembler, en vivant selon les lois de la nature ; il n'y a d'autre bien que la moralité, d'autre mal que le vice. La vertu est une conduite réglée selon la maxime que le bien ne réside que dans des bonnes actions, et qu'en cela consiste la liberté. Le vice est une! manière d'agir inconséquente. Les hommes sont donc ou bons ou absurdes, sans moyen terme. Le vice est un, comme la vertu, et toutes les bonnes actions sont égales entre elles, de même que les mauvaises le sont l'une par rapport à l'autre. L'homme vertueux est sans passions, mais non insensible; l'âme est immortelle. Absfine etsustine était leur axiome, c'est-à-dire il faut supporter et mépriser la passion, s'abstenir de l'action du monde dela multiplicité et la mépriser.

Les stoïciens, en voulant tirer des sensations les idées du juste et du vrai, associer celles du devoir avec la fatalité, confondaient la nature et la liberté, la morale et le bonheur; de là, beaucoup

(I) Sénèque, qui vivait dans un temps où l'on devait lire les ouvrages d'Kpicure, écrivait ce qui suit : Illis dissenliamus cum Epicuro, ubi dicit, nihtt justum esse naiura, et ermina vitanda esse, quia vitarimetits non possil. Lettre 97.

d'inconvenances et un orgueil insociable. Les épicuriens et les stoïciens tombaient également dans l'excès; les uns et les autres tendaient au déplorable but de paralyser l'activité humaine, de briser les liens domestiques, de dissoudre la société en ne recherchant que le bien propre et individuel. Tandis que les épicuriens placent la félicité dans les plaisirs, et, par suite, excluent la volonté, les stoïciens virent que la félicité consiste dans la satisfaction, et que celle-ci exige, comme condition, un acte de la volonté qui permette à l'homme de se dire heureux et content.

Les épicuriens, néanmoins, furent utiles en combattant les superstitions, bien que leur doctrine sapât en même temps les croyances légitimes ; or, ces croyances détruites et le plaisir une fois proclamé règle suprême des actions, à quelles tristes conséquences une nature corrompue ne devait-elle pas se laisser entraîner? Les stoïciens, au contraire, étaient rudes, dédaigneux, grossiers même ; mais ils restaient inébranlables contre la corruption et le despotisme : ils relevaient l'homme en le déifiant par ses propres forces, en le faisant, par l'énergie de sa propre volonté, parvenir à un calme absolu comme celui de Dieu.

Mais ce Dieu était le tout. Dans Aristote , c'est un être séparé de la matière, qu'il revêt d'une forme; moteur immobile du monde, il imprime le mouvement à toute chose sans y participer lui-même. Les stoïciens, au contraire, selon la poétique exposition de Virgile, faisaient Dieu inséparable et dépendant de la matière qu'il anime, soumis comme elle aux conditions de l'espace et du mouvement : cause dépendante de ses propres effets, et qui n'est rien sans eux; loi qui obéit à ce qu'elle gouverne; Dieu-nature, identique avec le monde qu'il a formé, soumis avec lui et eri lui à la matière.

Toute la philosophie grecque roulait dans le cercle de ces AKonïeiie quatre écoles : celle des platoniciens avait les prétentions les plus hautes, et dédaignait les autres ; mais, pendant qu'elle combattait le dogmatisme de ses adversaires, ceux-ci jetèrent de l'incertitude dans le sein de l'Académie. Arcésilas de Pitane, en Éolie, riche m. de science, de vertu, de dialectique, se mit à opposer le doute à l'affirmation absolue de Zénon et de Crantor, et, de là, il passa à un scepticisme général sur les questions de l'être absolu et de la substance des choses. Le probable, le vraisemblable est l'idée que les néoplatoniciens voulurent insinuer partout, et qui les éloigne du maître. Cette idée fut développée par Carnéade de Cyrène, qui proclama que ni les sens ni l'intelligence n'offrentun témoi- ?>-.. gnage certain de la vérité objective.

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