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convive est tenu de chanter à son tour; le efus de chanter est considéré comme une honte. Les jeunes gens sont exercés à des marches militaires qu'ils exécutent au son des instruments; chaque année, ils donnent une représentation de leur savoir dans une fête publique aux frais de l'État. Par là leurs législateurs ont voulu tempérer l'influence du climat rigoureux et de travaux manuels très-pénibles; mais les Cynéthéens négligèrent peu à peu ces sages institutions. C'est pour cela qu'ils devinrent féroces, et qu'entre eux et leurs voisins il éclata des rivalités et des dissensions terribles (1). »

Comme exemple de la connexion des sciences entre elles, nous ferons remarquer que les deux principaux systèmes de la musique grecque représentent deux phases de la civilisation : celui de Pythagore, fondé sur l'immuable calcul, exprime le dogme immobile de l'Orient et le despotisme qui en dérive; celui d'Aristoxène, supérieur à l'autre par ses richesses et ses agréments, mais n'inspirant plus l'idée de la beauté morale, l'amour de la décence et de l'ordre, exprimait par ses mille fantaisies cette liberté qui, dégénérée en licence et en orages, porta la ruine dans la Grèce (2).

CHAPITRE XXII.

PHILOSOPHIE GRECQl'E.

La philosophie, comme les autres sciences, doit être étudiée idéalement, comme un progrès de l'humanité tout entière, sans limites de temps, de lieu, ni de personnes. Pourtant, si l'économie générale de notre travail nous oblige à la considérer dans ses rapports avec chaque époque et chaque action, no us tâcherons au moins que les faits ne l'emportent pas trop sur les idées.

Nous avons déjà vu le développementconsidérableque, dans chacune de ses parties, la philosophie avait acquis chez les Indiens. Il est probable que la Grèce la reçut d'eux ou des Égyptiens; mais les Grecs surent la cultiver si bien qu'elle atteignit bientôt parmi eux à une immense hauteur. La Grèce, par suite de l'ap

(t) POLYBB.IV, 20.

(2) Voyez, pour la connaissance de la musique chez les anciens, le traité «le Phitarque ITspi lAouaixîj;, et le recueil de Meibom, Antiqux musicx attetores septem ; Amstelodanii, 1652.

titude merveilleuse qu'elle avait à l'originalité, s'assimilait aussitôt tout ce qu'elle empruntait aux autres peuples : ses erreurs mêmes sont instructives en ce qu'elles résument les tentatives antérieures, et font voir jusqu'où peut aller l'esprit humain abandonné à luimême.

Les Grecs eurent recours à l'Inde et à l'Egypte, comme aux sources de la science et aux dépôts des traditions antiques. Ils y trouvèrent avec le dogme le savoir renfermé dans les temples, d'où ils le tirèrent pour y joindre des éléments jusque-là inconnus, la liberté, le doute, l'esprit d'opposition et de vie, caractère de l'Europe.

Orphée, par l'introduction des mystères, par ses hymnes religieux et ses conceptions cosmogoniques, commença à dégrossir la nation; il doit être mis au premier rang parmi ceux qui, comme lui, furent tout à la fois philosophes, poëtes et prêtres. Musée décrivit le royaume des morts; Homère associa la politique à la religion, en traçantjle tableau de la Grèce antique; Hésiode rassembla les traditions éparses dans l'unité d'une grande épopée.

L'esprit sacerdotal se trouva ainsi vaincu de bonne heure chez cnomiqucs. les Grecs, et une morale civile, indépendante de la théologie, s'établit au milieu d'eux. La phase nouvelle est représentée par les sages adonnés à la pratique (gnomiques) qui réduisirent en sentences et en proverbes, à la portée de tout le monde, des préceptes faciles à retenir parle peuple, quoiqu'ils révélassent déjà une fine observation de l'homme et un sentiment élevé de la liberté et de l'égalité. De ce nombre sont les sept sages, qui exposaient les rapports de l'homme et du citoyen avec ses semblables, comme aussi les fabulistes, personnifiés dans le type idéal d'Ésope, qui appartenait peut-être à la classe servile, ainsi que le rapporte la tradition. Pour les uns comme pour les autres, toute la philosophie consistait dans la recherche de la sagesse ; elle avait pour but l'étude de la morale et de la nature, la connaissance du vrai bien et des causes premières, l'application des théories aux cas pratiques de la vie.

La variété des races influa sur les systèmes. Les Doriens, con- École ionique, servateurs et les aristocrates, s'occupèrent des causes internes et de la méthode rationnelle, du pourquoi plutôt que du comment, et des déterminations morales; les Ioniens, au contraire, mous et républicains, s'appliquèrent de préférence à l'étude de la nature des phénomènes, et ne traitèrent qu'accessoirement de la morale. Cherchant le principe élémentaire du monde, ils crurent le trouver par l'expérience et la méditation, appliquées à la matière des

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sensations i c'est le premier pas inévitable de la philosophie rationnelle; ellë s'empare de l'Opinion du vulgaire, l'élève au rang de la science, ët proclame avec lui que toutes les connaissances de l'homme ne sont que les images des choses, telles qu'elles nous sont offertes par les sensations. Puis la philosophie s'aperçoit de l'erreur; alors, pour interpréter ce langage du vulgaire, elle établit un principe de vérité, supérieur aux sensations, qui en examine la valeur, et les réduit à de purs effets d'activité intérieure, indiquant, mais ne représentant pas leur cause; enfin elle place la science dans les idées (école italique, fondée par Pythagore). Mais, comme elle ne saurait détruire la croyance vulgaire que les sensations représentent les choses, elle lui laisse une Valeur pratique comme opinion, tout en lui opposaht l'expérience et le raisonnement ( école éléatique, fondée par Xénophane de Colophon ); ou bien elle confond les deux sources des connaissances humaines (école atomistique, fondée par Leucippe d'Abdère), jusqu'à ce que, s'égarant entièrement, elle finisse par dégénérer en de misérables sophismes.

Thalès de Milet, instruit par de longs voyages, s'appliqua le premier, en dehors des théogonies sacerdotales, à la recherche de l'origine du monde, qu'il crut avoir trouvée dans l'eau et l'es-1prit moteur (1); on lui attribue encore, avec la première prédiction d'une éclipse (2), plusieurs inventions que d'autres lui contestent, mais qui, en tout cas, ont perdu le mérite de l'originalité, dès qu'on a pu croire qu'il connut la science des Indiens et des Égyptiens (3). Sa gloire réelle consiste en ce qu'il

(1) Il était, dit-on, de faintllé phénicienne, et put dès lors avoir emprunté" ce principe aux Phéniciens, qui supposaient que l'univers avait été originairement liquide.

(2) Le baron de Zach soutient que cette prédiction est une chimère, qui ne se trouve appuyée ni par la science ni par l'histoire, et qu'en général on doit regarder comme erronées les indications d'éclipsés dans les historiens anciens ; souvent même, dit-il, elles le sont chez les modernes.

(3) La doctrine ionique se combine avec celle de Kapila, auteur du système Sankhya, l'un des plus célèbres de la philosophie indienne, laquelle reconnaît un être procédant de la nature, comme source de toutes les intelligences individuelles et des autres existences. On trouve aussi dans l'école de kapila le principe ionique de l'oûSèv vive-rat ix/coù (xï) ôvto;, Rien n'est engendré de rien. Car il est dit: Ce qui n'existe pas ne peut recevoir Cexistence par aucune cause possible. L'école d'Élée correspond à celle de l'Indien Patandjali, qui fait Dieu suprême ordonnateur, âme distincte des autres, impassible, indifférente aux actions, tant bonnes que mauvaises, et à leurs conséquences. Parménide dit:

"li<rTi yàp oùÀOfuXé; Ts xai àTpe(«; ï]8' àyévritov.

(Plutarch. adv. Colot. t. II, p. 1633, éd. Didot.)

substitua des raisons à des opinions, l'examen aux dogmes, et osa penser par lui-même, devançant de tant de siècles la hardiesse ou la témérité de Descartes, qui n'admettait aucune vérité avant de l'avoir expérimentée et discutée. Noble effort, au moyen duquel lui et les autres Ioniens tentèrent de corriger l'inconstance qui avait succédé en Grèce à l'immobilité orientale. Dégoûtés de la multiplicité des dieux d'Homère, ils dépouillaient la philosophie du langage mystique, ce qui la rendait accessible à chacun, et cherchaient un élément qui eût produit tous les autres; mais en cela précisément apparaissait l'impuissance de la nature humaine, car sa plus généreuse tentative ne réussissait qu'à la précipiter dans l'erreur et le matérialisme.

De même que Thalès avait vu le principe universel des choses dans l'eau, Héraclite le trouva dans le feu; Anaximène, dans l'air; Empédocle, dans le mélange et la lutte des quatre éléments réduits à l'unité; Anaximandre, dans l'infini, qui embrasse tout en soi et dans lequel se produisent les changements continuels des choses, tandis qu'il reste immuable. Pour Phérécyde, les principes éternels furent Jupiter, le Temps et la Terre. Ils admettaient ensuite comme cause de la forme une force inhérente à la matière, qui, par l'antagonisme de son action, produit et détruit tous les phénomènes. Le principe matériel et la force inhérente n'étaient que Dieu répandu dans l'univers, source de la vie et de la puissance, même dans les êtres sensitifs, puisque sentir et penser n'était qu'une seule chose pour eux. Or, comme l'axiome fondamental de leur psychologie était que l'identique ne peut produire que l'identique, ils en déduisaient que l'âme se composait des mêmes éléments. Tous admettaient du reste les démons ou génies secondaires, à l'exception d'Héraclite, qui ne disait rien de la Divinité [i).

Mais cette école ionique est plutôt une invention des écrivains postérieurs, qui voulaient attribuer les distinctions de leurs philosophes aux penseurs de la plus haute antiquité. Du reste, Thalès, Anaximandre, Anaximène, Anaxagore, les seuls nommés dans cette école, ont vécu à des intervalles différents, séparés quelque fois par deux siècles, et qui sont remplis de fables et de doctrines

Parménide et Patandjalijvont à un idéalisme qui tombe dans la négation du monde matériel.

(1) Voy.^TENNEMANN, Manuel de l'histoire de philosophie. Buhle , Histoire de la philosophie. Meiners, Histoire des sciences dans la Grèce et à Rome. De Salinis et De Scorbiac, Precis de l'histoire de la philosophie; Paris, 1835.

très-dissemblables entre elles. Il est vrai que ces doctrines représentent assez bien la vie ionique, dont le fondement est le sensualisme en toutes choses: volupté dans les mœurs; inclinations démocratiques et habitudes serviles dans la vie ordinaire; recherche de la grâce plus que du reste dans les arts; anthropomorphisme dansla religion, et, dans la philosophie, qui est l'expression générale du caractère d'un peuple, empirisme plus ou moins ingénieux, curiosité qui s'élance en avant, mais sans sortir du cercle de la sensation. Comme résultat, on prit ce qui apparaît pour ce qui est, et l'homme et son habitation devinrent, conformément à l'apparence, le centre de toutes choses (1). écoip iu<iqnr. Ceux dont nous venons de parler, s'occupaient de philosophie Di .1sorc. jsomenj.. majs pythagore fonda une véritable école, distincte des Ioniens, en ce qu'elle continua, sous des formes nouvelles, les spéculations théologiques et métaphysiques de l'Orient, tout à fait abandonnées par les autres (2).

Il faut distinguer deux personnages dans Pythagore, le vrai et l'idéal; c'est au second, devenu le type des premiers philosophes sociaux, que sont attribuées les inventions les plus disparates et les aventures les plus étranges : il voyagea dans tous les pays du monde, démontra le problème du carré de l'hypoténuse, et trouva les rapports entre la longueur de la corde et les sons qu'elle rend; il donna la première théorie des isopérimètres et des corps réguliers, les éléments des sciences mathématiques, l'algorithme encore mystérieux ; il expliqua la conversion de l'eau en air, et réciproquement, l'opacité de la lune, l'identité de l'étoile du matin et de celle du soir, la sphéricité du soleil, l'harmonie des mouvements des corps célestes, c'est-à-dire le rapport des masses et des distances, la position oblique et la mobilité de la terre, partout habitée et jouissant d'une égale répartition de la lumière et de l'ombre; il connut le véritable système du monde, reproduit en Italie, vers la moitié du quinzième siècle, par le cardinal Cusa, et appelé plus tard système de Copernic. Seul, parmi les anciens, il soutint que la génération des animaux s'opère toujours par semence; il devina les deux forces opposées imprimées aux corps célestes, qui déterminent chez eux un mouvement curviligne : pressentiment lointain d'une vérité qu'Herschel considère

(1) Cousin, Nouveaux fragments philosophiques.

(2) Terpstre, De sodalitiipy thagorxi origine, conditione, consilio. Utreclit. KniscuE, De societatis a Pythagora conditse scopo politico. Gcetlingue, 183G. Cramer, De Pythagora, quomodo educaverit el instituent. Stralsund, 1833.

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