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montrant exact observateur des lois. S'il parvint au trône par une usurpation, il se la fit pardonner, en prouvant qu'il était seul capable de maintenir Sparte dans le haut rang où elle s'était placée.

Les Lacédémoniens, informés que le roi de Perse faisait armer contre eux une escadre phénicienne, résolurent d'envoyer leur flotte assaillir ses États. Ils en donnèrent le commandement à Agésilas, qui, le premier des rois de Sparte depuis Agamemnon, se trouva ainsi à la tête des forces réunies de la Hellade. 11 jura, en partant, de contraindre le roi de Perse aune paix avantageuse, ou de lui causer les pertes les plus cruelles. Au lieu des dix sénateurs qui d'ordinaire accompagnaient à la guerre les rois de Sparte, à titre de conseillers, il en demanda trente.Lysandre était du nombre; comme il avait, plus que personne, fait du bien à ses amis et du mal à ses ennemis, il était extrêmement redouté des uns et trèsaimé des autres ; les petits tyrans de l'Asie Mineure lui témoignaient plus de respect qu'à Agésilas, qui le voyait avec déplaisir. Aussi, loin de lui remettre toute l'autorité, comme Lysandre s'en était flatté, il cherchait tous les moyens de le ravaler, jusqu'à le charger de l'administration des subsistances. En somme, Agésilas représentait le parti des hommes stationnaires', tandis que Lysandre voulait substituer à une législation stupide et désormais impuissante une législation plus conforme aux besoins des temps.

Tissapherne eut recours à ses artifices et à ses parjures ordinaires, pour entraîner Agésilas à sa perte; mais, plus habile que lui, le roi de Sparte les fit tourner contre le satrape, qui fut battu sur les rives du Pactole. La reine Parysatis, dont le cœur couvait une grande haine contre Tissapherne et contre quiconque avait contribué à la triste fin de son cher Cyrus, s'employa tellement à desservir le vaincu, que le roi envoya Tithrauste dans l'Asie Mineure, pour le remplacer dans le commandement et lui donner la mort.

Tithrauste essaya de gagner Agésilas parde riches présents, mais sa vie frugale éloignait de lui la tentation des trésors; il consentit seulement à porter ses armes contre la Phrygie, gouvernée par Pharnabaze. Grâce à l'alliance qu'il contracta avec le roi d'Égypte, rebelle envers la Perse, Agésilas mit obstacle aux grands armements qu'Artaxerxès, dont les flottes ne pouvaient plus naviguer dans les mers de l'Asie, avait espéré tirer de la Phénicie et de la Cilicie. Pharnabaze fut vaincu. Les satrapes humiliés tremblaient devant Agésilas, qui, connaissant désormais la faiblesse de l'empire, couvait déjà l'idée de le subjuguer ; il en méditait les moyens, quand ses projets furent renversés, non par le fer, mais par l'or.

Les Perses avaient appris, par une longue expérience, quel était le pouvoir de l'argent sur les Grecs; ils songèrent donc à susciter, au sein de la Grèce elle-même, des ennemis à Sparte; car ils comprenaient que la base étroite sur laquelle Agésilas voulait appuyer un si grand édifice, ne résisterait pas au plus léger choc. Timocratede Rhodes acheta, moyennant deux cent mille livres, Cyclon d'Argos, Timothée et Polyanthe de Corinthe, Androclide, Isménias et Galaxidore de Thèbes, qui commencèrent à élever la voix contre la tyrannie de Sparte, et à se récrier surtout contre le sacrilége qu'elle avait commis en ravageant le territoire sacré de l'Élide, crime, disaient-ils, que le ciel ne pouvait tarder à châtier. Sparte, il est vrai, n'avait appesanti que trop son joug sur les Corinthiens, les Arcadiens, les Éléens et ses autres alliés dans la guerre du Poloponèse; elle montrait d'ailleurs l'ambition de dominer partout. Les discours de ces démagogues furent donc écoutés avec faveur ; une ligue se forma entre Corinthe, Thèbes et Argos, ligue à laquelle ne tardèrent pas à adhérer les Thessaliens et Athènes, que Thrasybule excitait à consolider son indépen dance par la victoire. Les Thébains commencèrent les hostilités; Lysano<i?c.

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Lysandre, qui était accouru mettre le siége devant Haliarte, la place la plus forte de laBéotie, fut attaqué par les Thébains et les Athéniens réunis; la chance tourna contre lui, et il périt dans le combat.

Il mourut à temps, car les Spartiates ne pouvaient plus lui pardonner ses manières hautaines, orgueilleuses, et moins encore ses tentatives -pour substituer une royauté élective à la royauté héréditaire, sous le prétexte de favoriser le mérite de préférence au hasard, mais, en réalité, dans le but de parvenir lui-même au trône. Il avait fait parler les oracles et travaillé les esprits à cet effet; le peuple lui témoignait tant d'estime, que des fêtes avaient été célébrées en son honneur. Les Spartiates étant en difficulté avec les Argiens, au sujet de certaines limites, chacun déduisait ses raisons : La raison, la voici! dit Lysandre en portant la main à son épée. Il fut dévoré, dans ses dernières années, d'une fureur jalouse contre Agésilas, ingrat ami, dont il avait cru se faire un aveugle instrument et qui en défmitive était devenu son maître.

Les grandes rii'hesses qu'il fit transporter d'Athènes dans sa sa patrie, il ne les détourna point à son profit. Du reste, elles étaient inutiles à Sparte où l'on ne pouvait rien obtenir à prix d'argent; mais, par elles, il aspira à changer les moeurs spartiates et à se placer sur le trône (1). Les vieillards se plaignaient, et ses amis cherchaient à démontrer que l'argent était nécessaire pour le gouvernement, au lieu d'en aller mendier comme avaitfaitCallicratidas;

(I) Diodore, XIV, 13, § 2 ; Plutahque, XXIV.

Lysandre voulait encore mettre les citoyens en mesure de s'en procurer par le travail. L'assemblée prit un moyen terme ; elle décida que l'argent resterait, mais seulement pour les affaires de la république, et qu'on punirait de mort tout particulier qui en conserverait pour son compte.

Était-il possible que le citoyen méprisât pour lui ce qu'il voyait estimé pour le service public?

Il est certain que Lysandre mourut si pauvre que deux citoyens, fiancés à ses filles, les refusèrent lorsqu'ils connurent son peu de fortune : lâcheté qui les rendit infâmes. Quelqu'un ayant envoyé pour elles de magnifiques vêtements, Lysandre leur défendit de les recevoir, en disant : Ils feraient douter de votre vertu.

Le roi Pausanias, vaincu à Haliarte, revint à Sparte, où il fut condamné à mort. Agésilas, rappelé alors à grands cris, mit l'obéissance avant la gloire, et renonça à ses vastes projets sur l'Asie; il rentra en Grèce avec quatre millions et demi de francs et dix mille soldats. Le contact des Perses ne l'avait pas corrompu; il était assis sur l'herbe, faisant un frugal repas avec les autres soldats, quand les ambassadeurs du grand roi vinrent lui offrir en vain de l'or, de riches habits et toute espèce de mets recherchés (1). ataiiic de H fiten un mO's la route que Xerxès avait mis une année à parronéc.m. courjr> battit les alliés à Coronée, et assura de nouveau la suprématie à Sparte : mais, vers la même époque, Pisandra, s'étant laissé surprendre près de Cnide par la flotte de Conon, avait été défait. L'illustre amiral athénien, après la bataille d'^Egos-Potamos, s'était cïnon.6 retiré près d'Évagoras, tyran de Chypre, et l'avait aidé à policer ce pays qui ne sentait plus la dépendance de la Perse que par un léger tribut; mais l'Athénien, qui avait à cœur de relever sa patrie, cherchait à séduire Évagoras par la gloire d'abattre l'insolente domination de Sparte et de replacer à son rang la cité des lettres et des arts. Afm de parvenir à son but, il ne dédaigna point le secours de l'étranger, et se fit recommander au grand roi par Évagoras et Pharnabaze, au moment où Agésilas mettait en péril la puissance perse. Conon se présenta devant le monarque, et, dispensé de se prosterner à ses pieds, usage auquel répugnaient

(1) Quand le marquis Spinola et le président Ricardot se rendaient à la Haye, en 1608, pour négocier, au nom de l'Espagne, la première trêve avec les Hollandais, ils virent neuf ou dix personnes sortir d'un bateau, s'asseoir sur le rivage et se régaler du pain , du fromage et de la bière que chacun avait apportés. Ils demandèrent à un paysan qui ils étaient : Ce sont, répondit-il, nos seigneurs les députés aux états généraux. Et les ambassadeurs de s'écrier: Avec de pareilles gens, il ne serait pas possible de vaincre; il faut faire la pa is!

les Grecs, il lui démontra la nécessité de faire un grand armement maritime ; l'argent qu'il en reçut lui servit à rassemhler, avec une promptitude admirable, des bâtiments ioniens et phéniciens en assez grand nombre pour aller attaquer Pisandre et le défaire. Ce fut ainsi que Sparte perdit sur mer la prééminence qu'elle avait acquise durant les vingt-sept années de la guerre du Péloponèse. Conon, après avoir conquis les Cyclades, Cythère, et ravagé les côtes de la Laconie, se présenta dans les ports longtemps déserts Reconitmcde Munycnie, de Phalere et du Piree, et releva les murs d Athènes, d'Athènes, sa chère patrie.

On conçoit combien Sparte en conçut de déplaisir; voyant que la force ne lui suffisait pas, elle eut recours à l'intrigue. Le Spartiate Antalcidas, rival d'Agésilas, et jaloux de lui ravir l'occasion de se signaler dans les combats, se rendit en qualité d'ambassadeur près du roi de Perse, bien résolu à lui rendre Conon suspect. Antalcidas était un de ces caractères légers qui sèment de fleurs le chemin du vice; nullement Spartiate par ses mœurs, et non moins éloquent que rusé, il tournait en ridicule les lois austères de Lycurgue et faisait rire les courtisans perses aux dépens de Léonidas, de Callicratidas et d'Agésilas, dont les noms seuls les avaient fait trembler. Après de longues intrigues, il conclut le traité connu Pau iMntaisous le nom de paix d'Antalcidas. Dans ce traité, il fut stipulé M». « que les villes grecques de l'Asie Mineure, Chypre et Clazomène « resteraient sous la dépendance de la Perse; qu'Athènes conser« verait sa juridiction sur Lemnos, Imbros et Scyros; que la Grèce a d'Europe aurait pleine liberté de se'gouverner à son gré, et que « Sparte combattrait quiconque nadhérerait pas à ce traité (1). »

Sparte donnait ainsi à l'étranger des droits de souveraineté sur la Grèce, et reconnaissait lâchement le vasselage de ces républiques pour la liberté desquelles il avait été prodigué tant de sang et de valeur. On a dit qu'il était impossible aux Grecs de maintenir ces provinces indépendantes : oui, tant qu'ils ne faisaient que se déchirer les uns les autres; mais malheur au pays libre qui rive les

(l) Deux ans après la paix d'Antaleidas, Isocrate disait dans son Panégyrique ( chap. 34 ), en parlant du roi de Perse : « Maintenant il est le maître de la « Grèce, il intime des ordres à chaque peuple, et peu s'en faut qu'il ne mette « des gouverneurs dans les filles. Que manque-t-il désormais à notre honte? « N'est-il pas l'arbitre de la guerre, de la paix, le maître absolu de toutes nos « démarches? Dans nos querelles domestiques, n'avons-nous pas recours, pour « notre salut, à celui qui voudrait nous voir tous exterminés? Ne coûtons-nous « pas vers lui, comme étant notre souverain juge, pour nous accuser les uns « les autres? Ne l'appelons-nous pas le grand roi, comme si nous étions ses es« claves? »

HIST. UNIV. — T. II. 15

fers d'un autre! Les Perses, en renonçant à la domination sur les autres villes de la Grèce, obéissaient à une longue et douloureuse expérience. La cession des colonies de l'Asie avait d'ailleurs pour résultat nécessaire de faire prévaloir désormais en Grèce, non plus les forces maritimes, mais celles de terre (I).

Sparte s'était assuré, par la dernière clause du traité, la prépondérance en Grèce, puisqu'elle lui fournissait un prétexte de réclamer le secours du grand roi dans l'intérêt de la paix. On ne saurait même donner le nom de paix à cet accord momentané; car, bientôt après, Artaxerxès déclara la guerre à Évagoras, qui voulait, avec l'aide des Arabes et des Égyptiens, profiter de ses immenses richesses pour se rendre indépendant, et qui finit par être tué. Athènes et Sparte ne firent, de leur côté, que se traverser réciproquement durant huit années, en fomentant les dissensions entre Corinthe et ses bannis, les villes de la Macédoine et Olynthe; enfin, l'orgueil de Sparte ne cessa de multiplier les causes de mécontentement qui attirèrent sur elle de nouveaux désastres.

CHAPITRE XVII.

LA BÉOTIE. — ÉPANINONDAS.

Les Béotiens occupaient la vallée inférieure du Céphise, autour du lac Copaïs, et la plaine qui s'étend del'Hélicon au Cithéron, au Parnès, au Cérycium, au Ptôos : pays bien arrosé et des plus fertiles, qui avait été autrefois inondé par les eaux du lac; aussi ses habitants, pour sepréserverde nouveaux désastres, avaient-ilscreuséde véritables abîmes dans le mont Ptôos. Ils rendaient un culte particulier à Narcisse et aux trois muses, Mélété, Mnémé, Aœdé, c'est-àdire, méditation, mémoire, chant.Thèbesétait décorée de très-belles sculptures, et l'on y admirait de riches trépieds dans le temple d'Hercule. La contrée renfermait, dans un petit espace, plus de villes qu'aucune autre partie de la Grèce : c'était la patrie de Minerve, d'Harmonie, de l'aveugle Tirésias, de sa fille Manto, symbole de la poésie prophétique. De Thèbes, l'alphabet se répandit en Europe ; le trésor de Minyas à Orchomène attestait l'antiquité de l'art de l'architecture. L'air pesant et les esprits épais de la Béotie étaient en mauvais renom; elle a produit pourtant les historiens

( I ) Xénophon , Helléniques, V, 1.

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