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« Étre suprême. — Le monde ne fait que nous tromper; en Dieu « réside la vérité. — Que la richesse et le pouvoir ne t'enorgueil« lissent pas. — Que la chute de ceux que tu as vus élevés te « serve de leçon. — Une même fin nous attend tous, et quand la a mort nous pousse vers la tombe, qu'importe que nous partions « d'une couche royale ou du plus misérable grabat! le voyage « est le même. »

Ils nous raconteront aussi que Kaï-Kosrou fit inscrire dans son appartement: « Ne prenons pas de nous une trop haute opinion « parce que nous nous trouvons au-dessus du commun des hom« mes; car nous ne sommes pas plus sûrs de nos couronnes qu'ils « ne le sont de ce qu'ils possèdent. La couronne qui, après avoir « passé sur la tête de tant de monarques, pare aujourd'hui la « mienne, passera sur celle de mes successeurs. 0 roi, ne sois « pas vain d'un bien aussi incertain et passager! »

Leur histoire nous révèle ainsi ce caractère éminemment moral , que nous retrouverons dans toute la doctrine des Perses.

CHAPITRE II.

CYRUS ET SES SUCCESSEURS .

Les Perses, qui habitaient principalement les montagnes, de la frontière de Médie au golfe Persique, étaient divisés en dix tribus: trois nobles, les Pasargades, les Maraphins et les Maspiens; trois agricoles, les Pantaliens, les Drusiens, les Germaniens; quatre nomades, les Daanes, les Mardes, les Dropiques, les Sagartiens.

L'histoire s'occupe seulement des Pasargades, parmi lesquels était au premier rang la descendance d'Achémène (Schemschid), dont sortit Cyrus. Ce grand nom est l'anneau qui rattache les races primitives aux modernes, dont les Perses font eux-mêmes partie par l'esprit de conquête, source à la fois de tant de mal et de tant de bien, car la force elle-même devient un instrument de lumière.

Déjà, du temps d'Hérodote, l'histoire de Cyrus, qui datait à peine d'un siècle, était altérée par les fables, cortége ordinaire de tout nom illustre (1). Xénophon en recueillit aussi de la bouche

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des Perses eux-mêmes (1). Les traditions, tout à fait contradictoires, peuvent être ramenées aux faits suivants : Agradate, issu de l'une des tribus des Pasargades, et de la famille d'Achémène, s'étant signalé probablement par sa beauté, son courage, son habileté, et par sa haine pour le joug des Mèdes, fut élu chef de sa tribu, puis successivement de toutes les autres; il descendit des montagnes natales, assaillit les dominateurs, vainquit As560. tyage, leur roi, et mit fm à l'empire médo-bactrien. Devenu souverain d'un nouveau royaume de Perse, il rendit son peuple sédentaire en construisant Pasargade, et mérita le titre de Cyrus (Koresc), c'est-à-dire soleil. De nouvelles conquêtes rangèrent sous son obéissance les Bactriens, les Indiens, les Ciliciens, les Saces, les Paphlagoniens, les Mariandyniens, les Grecs d'Asie, les Chypriotes, les Égyptiens, outre les Syriens, les Assyriens, les Arabes, les Cappadociens, les Phrygiens, les Lydiens, les Cariens, les Phéniciens, les Babyloniens. Les historiens varient sur les détails; cherchons à les mettre d'accord (2).

Babylone et Ninive, assises sur l'Euphrate et le Tigre, qui se jettent dans le golfe Persique, devaient naturellement désirer de communiquer avec la Méditerranée, afin de profiter du commerce des deux mers; Cyrus dirigea donc ses premières expéditions contre l'Asie Mineure: la grande diversité et le nombre de ses habitants

(1) Le titre même de Cyropédie n'annonce autre chose que,l'intention de raconter l'histoire de l'éducation de Cyrus ; le but moral et politique y est si manifeste , qu'il exclut l'idée d'y chercher la vérité. La fin de l'ouvrage semble avoir été ajoutée par une autre main. Pour ne pas entacher son héros du crime d'usurpation , Xénophon fait Cyrus uaveu d'Astyage et le défenseur de son fils Cyaxare ; mais, dans son histoire de la retraite des Dix mille, il s'accorde avec Hérodote et Ctésias pour le dire monté sur le trône après en avoir renversé son aïeul Astyage. Voy. Fréret, Mémoires de VAcadémie des inscriptions, t. VII.

(2) Xénophon, après avoir dépeint Cyrus comme le plus sage et le plus humain des princes, le fait mourir dans son lit après un règne de trente ans. Hérodote le représente comme un conquérant, fléau de l'humanité; il le montre vaincu par Tomyris, reine des Massagètes, qui plonge sa tête dans un vase plein de sang, en disant : Rassasie-toi de ce sang dont tu étais si altéré! Diodore le fait crucifier par elle. Ctésias le dit mort de blessures reçues dans l'Hyrcanie. Son âge avancé et le tombeau de Pasargade, attesté par Arrien, indiquent qu'il mourut dans son lit, quoique la défaite dont il est question soit très-probable.

Il existe une ressemblance singulière entre les traditions relatives au fondateur de l'empire des Perses et celles qui regardent le fondateur de Rome. Astyage craint que sa fille Mandane ne mette au monde un fils, présage sinistre pour sa puissance. Amulius a la même crainte à l'égard de Rhéa-Sylvia. Cyrus est élevé par une chienne, Romulus par une louve ; l'un et l'autre se mettent à la tête de bergers, s'exercent à la chasse et à divers jeux, jusqu'à ce qu'ils délivrent leur pepple et fondent, l'un un empire , l'autre une ville.

l'avaient toujours empêchée de se réunir en un seul État. A l'occident, étaient les Cariens; les Phrygiens vivaient dans l'intérieur jusqu'à l'Halys; de l'autre côté de ce fleuve, habitaientles Syriens, les Cappadociens, et, dans laBithynie, les Thraces. L'histoire fait une mention spéciale des royaumes de Troie, de Phrygie et de Lydie. Nous avons déjà parlé du premier; quant aux rois de Phrygie, presque tous appelés Midas et Gordi us, leur histoire est environnée de fables.

Les Phrygiens sont un peuple antique, puisque Namacus, leur premier roi, est antérieur à Deucalion. Déjà civilisés, ils savaient tisserlesétc îîes(opus phrygiuin);'ùs inventèrent l'ancre, lecharà'quatre roues et l'art d'exploiter les mines. L'histoire fait mention d'un certain Darès, historien phrygien, et du fabuliste Ésope. Midas Ilf, sous le règne duquel le pays jeta son plus vif éclat, offrit au temple d'Apollon un trône magnifique. Midas V mourut sans laisser d'héritiers, et ce royaume tomba sous le joug de la Lydie.

Les Lydiens ou Méoniens, branche de la population carienne, étaient constitués en monarchie dès les temps les plus reculés; ils s'étaient accrus de gens de toute nation qui accouraient chez eux comme dans un pays où se faisait un commerce très-actif, surtout en esclaves, et où le fleuve Pactole et le mont Tmolus fournissaient de l'or en abondance, or qui, recueilli en paillettes, s'accumulait dans le trésor royal. Les premières hôtelleries pour les étrangers furent établies en Lydie; on fabriquait dans ce pays de petits objets de luxe et des jouets divers. Les poètes célèbres auxquels elle donna naissance, et parmi lesquels il suffit de nommer Homère, firent inventer la fable des cygnes; mais les mœurs des Lydiens étaient excessivement corrompues, et les femmes se faisaient une dot en vendant leurs faveurs.

Trois dynasties s'y succédèrent : celle des Atyades, tout à fait fabuleuse, régna jusqu'en 1292; celle des Héraclides, qui commença avec Argon, filsdeNinus, finit en 708; enfin, celle desMermnades, auxquels commencent seulement les temps certains. Gy* gès, ayant tué le dernier Héraclide Candaule, régna jusqu'en 670; continuellement en guerre avec les colonies grecques établies le long des côtes de l'Asie Mineure, il s'empara de Colophon. Ardyr II, qui régna jusqu'en 621, conquit Priène; mais sous lui le pays fut désolé par les incursions des Cimmériens. Sadyattes occupa le trône jusqu'en 610, et jusqu'en 559. Alyattes, qui expulsa tout à fait les Cimmériens, soutint une guerre contre Cyaxare et fit l'acquisition de Smyrne. Enfin, parut le célèbre Crésus, qui conquit Éphèse, subjugua l'Asie Mineure jusqu'à l'Halys, porta au plus haut degré de grandeur le royaume de Lydie, et fut près de réunir toute l'Asie antérieure en un seul empire. On rapporte que, dans Grésus. ses voyages, Solon, l'un des sages de la Grèce, étant arrivé à la cour de Crésus, ce prince, après lui avoir montré ses immenses richesses, lui demanda s'il avait jamais connu quelqu'un de plus heureux que lui.

Oui, répondit le sage; j'ai connu l'Athénien Tellus, qui vécut sans être ni riche ni pauvre, et mourut les armes à la main pour sa patrie en laissant deux fils dignes de lui.

Et après celui-là? reprit le roi.

Après celui-là, je crois que nul ne fut plus heureux que Cléobis et Biton, les fils d'une prétresse de Cérès. Les bœufs qui devaient la conduire jusqu'au temple pour un sacrifice solennel, tardant à venir pour être mis au char, ils s'y attelèrent eux-mêmes. Leur mère, transportée de joie, pria la déesse de leur accorder la plus grande récompense qu'un homme puisse obtenir. On les trouva morts tous deux le lendemain matin.

Et moi, tu ne me comptes donc pas au nombre des heureux? continua Crésus.

On ne peut dire que quelqu'un soit heureux tant qu'il vit encore.

En effet, Cyrus s'avança contre lui, le défit à Thymbrée, en Phrygie, et le condamna au supplice du feu. La légende raconte en outre que Crésus, enchaîné sur le bûcher (1), se rappelant 6*s. sa grandeur passée et la chute qui lui avait été annoncée, s'écria: 0 Solon, Solon! Cette exclamation fut rapportée à Cyrus, qui voulut en savoir la cause; l'ayant apprise, il s'appliqua la leçon et rendit la liberté à Crésus (2).

La bataille de Thymbrée , l'une des plus importantes de l'antiquité, décida de l'empire de l'Asie, et mit la région antérieure aux mains de Cyrus, tandis que ses généraux s'emparaient des colonies gr cques. Il fonda dans l'Asie Mineure dix satrapies qui eurent une grande influence sur l'avenir de la Grèce : la principale fut celle de Lydie avec la cité de Sardes, où séjournaient les rois

(1) Quand on connaît le respect des mages pour le feu, on est forcé de voir dans cet acte la preuve, comme nous l'avons dit tant de fois, que la religion des Perses différait de celle des Mèdes.

(2) Solon était mort, néanmoins, l'année où Crésus monta sur le trône. Plutarque ajoute que le fabuliste Ésope vivait alors à la cour de Crésus, et qu'il dit à Solon: On ne doit pas converser avec les princes, ou bien on doit leur être agréable. » Solon lui répondit qu'on ne doit pas les approcher, ou qu'il faut leur dire la vérité.

La chronologie est très-incertaine.

de Perse quand ils venaient visiter les rives fabuleuses du Méandre et du Caystre. Cyrus, voyant toutefois que les colonies grecques supporteraient difficilement le despotisme, inconciliable avec la liberté nécessaire au commerce, leur donna pour chefs leurs citoyens les plus marquants; et ses successeurs les gouvernèrent plutôt par l'adresse que par la force. La politique, ou peut-être la nécessité, lui fit laisser partout en vigueur les lois et la forme de gouvernement établies; il se borna à préposer un des siens à la surveillance générale.

Cyrus, étant retourné en Orient, assiégea Babylone, où régnait cguprend Balthazar, jeune homme inconstant et plein d'orgueil. Ce prince , afin de s'étourdir sur le péril, donna un festin splendide aux sei gneurs et à ses femmes; mais l'Hébreu Daniel vint troubler la joie del'orgie enlui prédisant la fin de son règne. Cette nuit même, en effet, Cyrus, ayant détourné le fleuve, pénétra dans la ville par !38' les canaux, et Balthazar passa de l'ivresse à la mort.

Cyrus trouva dans Babylone les Hébreux esclaves, auxquels il devint favorable à cause de la ressemblance des croyances; il fit alors publier dans tout le royaume que tous ceux qui voudraient retourner dans leur patrie, étaient libres de partir, et leur restitua les vases que Nabuchodonosor avait enlevés du temple de Jérusa- 536lem pour les placer dans les siens.

Cyrus agrandissait ses États soit par la conquête, soit par les soumissions volontaires qu'il acceptait, comme il fit à l'égard des villes de la Phénicie; sa domination s'étendit ainsi de l'lndus et de l'Oxus jusqu'à la mer Egée, et de la mer Caspienne au golfe Arabique. Mais, s'étant avancé contre les nomades de l'Asie antérieure, il fut défait au milieu de ses déserts, et mourut dans un âge avancé. « Son « tombeau, à Pasargade, était entouré d'un grand nombre d'arbres, « d'eaux abondantes et d'une riche végétation. La base, en pierre, a avait quarante pieds en carré; au-dessus s'élevait une cellule « aussi en pierre, où l'on entrait par une porte très-étroite. Là « était déposé lecercueil d'or avec les restes du héros, et, auprès, un « trône aux pieds d'or, dont les degrés étaient couverts de tapis « babyloniens. Sur le catafalque étaient étendus des vêtements « précieux, de diverses couleurs, d'un travail mède et babylo« nien; des colliers, des sabres, des pendants d'oreilles en or et « en perles. A côté s'élevait l'habitation des mages, auxquels, de « père en fils, était confiée la garde du tombeau. Le roi leur « donnait par jour un agneau, une mesure de blé et de vin, et, « chaque mois, un cheval à immoler à Cyrus. On lisait sur le « monument: Mortel, je suis Cyrus, qui assurai l'empire aux

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