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millions : États libres qui tenaient sous le joug six fois autant d'indigènes vaincus ou d'esclaves achetés qu'ils renfermaient de citoyens!

Nous avons donné la conquête pour origine de la servitude; mais, lorsque les Hellènes soumirent les peuples qui les avaient précédés, ils trouvèrent établies des inégalités politiques, produit de conquêtes antérieures. De là naissaient différents degrés dans l'esclavage. On rencontre chez les Doriens une classe non assimilée pour les droits à la population dominante, mais qui s'en rapproche sous beaucoup de rapports. On les appelait sujets (ômqîwoi), campagnards, forains ( ftophai ), voisins (TCEptomoi ) ; c'étaient probablement des Achéens, qui, s'ils n'entraient pas dans la société politique des citoyens > avaient une existence propre, une espèce de nationalité subalterne (1), une certaine participation à l'assemblée publique, puis des communes particulières, et enfin, dans quelques lieux, le droit de propriété > qui était un des droits les plus essentiels de la liberté civile (2).

Néanmoins, ils ne jouissaient pas, comme les citoyens, de tout le bénéfice des lois («rovof»fo); leurs terres payaient l'impôt, et l'éducation héroïque leur était interdite. Ils restaient pourtant Grecs libres, même aux yeux de leurs maîtres ; ils n'étaient pas exclus des jeux Olympiques, et si la rigide constitution dorique ferma toujours la cité aux Périèques, ils y furent admis dans d'autres lieux. Dans tout le pays ou dans quelque canton spécial, ils vivent épars sur la terre qu'ils ne peuvent posséder, et dont ils ne peuvent se détacher, cultivant à des conditions déterminées la propriété du conquérant. Tyrtée, poète dorique, les compare à des bêtes de somme succombant sous la charge et les coups (3). L'invasion d'une armée ennemie les déterminait à se soulever; de là, des précautions féroces pour les contenir.

Le revenu de la terre qu'ils cultivaient était fixé une fois pour toujours (4). A la différence des esclaves domestiques, entièrement abandonnés au maître, ils ne pouvaient être mis à mort sans jugement, ni vendus hors du territoire. A Sparte, en Crète, et peut-être

(1) Millier/Die Dorier, tome II, p. 22-30.

(2) Miiller croit que les t'érlèques de Sparle possédaient les deux tiers du territoire lacêdémônien.

(.3) Frag., page 68.

(4) Athénée, XIV; Epliore ap. Strabon, VIII, p. 365. — Milller assigne à Sparte S2médimnes pour chaque héritage (xXrjpo;) sur chacun' desquels étaient sept familles d'iloles. Domuk, tome 11, p. 55. Boeck le porte à un sixième du roduit.

dans les autres sociétés les plus aristocratiques, ils figuraient dans l'armée comme fantassins, soit pour servir leurs maîtres ou les retirer de la mêlée s'ils étaient blessés ou morts; ils servaient encore comme soldats armés à la légère ( <|/iXoi), et, en Thessalie, comme cavaliers. *

Les esclaves subissaient des traitements plus ou moins rigoureux dans les différents pays; on les traitait d'une manière déplorable dans la Thessalie et dans la Laconie, et moins durement que partout ailleurs dans l'Attique. Solon, en effet, y avait pourvu dans ses lois : il avait privé les maîtres du droit de tuer leurs esclaves, et défendu même de les battre en temps de guerre; ils pouvaient, en cas de mauvais traitements, se réfugier dans le temple de Thésée. Cependant le maître pouvait les mettre aux fers, les condamner à tourner le moulin, les employer à tout genre de service, quelque vil ou infâme qu'il fût. Mal nourris, appréciés seulement d'après ce qu'ils produisaient, il leur était interdit de boire du vin, d'user de parfums, d'assister à certains rites religieux, de prêter témoignage. Ils portaient des cheveux ras, une camisole courte, et n'avaient d'autre nom que celui de leur pays; plus tard il leur fut accordé d'avoir des noms propres, à l'exception toutefois de ceux d'Harmodius .et d'Aristogiton.

Il se faisait un commerce très-actif de ce bétail humain, qui se vendait au prix de trois cents drachmes par tête, le cinquième de celui d'un cheval. Tombait-on au pouvoir des pirates, on était vendu, à moins que des amis ne fournissent la rançon. Platon fut ainsi racheté moyennant mille drachmes ; Diogène resta esclave, et Xénocrate fut vendu pour n'avoir pu payer la taxe comme étranger. Un peu plus tard, à Déla en Cilicie, on vendit jusqu'à dix mille esclaves dans un jour, pour le service des citoyens de Rome (1).

Euphron, tyran de Sicyone, ayant été assassiné, on fit valoir, pour la défense de ses meurtriers, qu'il abusait de son autorité au point, non-seulement d'affranchir les esclaves, mais de les élever même au rang de citoyens (2).

Aristote, guidé par la logique, trace la véritable ligne de démarcation entre la liberté et la servitude, en appelant les esclaves une propriété animée, des instruments plus parfaits que les autres, qui diffèrent d'ailleurs du citoyen autant que le corps diffère de l'âme, et la brute de l'homme (3). Platon lui-même refuse à l'esclave jus

(1) Stharon.

(2) Xénophon , Helléniques, VII.

(3) Xénophon, Politique, I, ch. 2, § 4 et 13; Morale, VIII, ch. 1, § 11.

qu'au droit de la défense naturelle; néanmoins, entraîné par le sentiment, il recommande de le traiter comme un ami malheureux. Il est vrai que quelques sages élevaient dès lors la voix en faveur de l'humanité ; mais leurs noms ne nous ont pas même été conservés ,et nous ne sommes instruits du fait que par les réfutations du Stagirite (1). Nous voyons, au contraire, parles harangues de Démosthène (2 ), que Callistrate et Olympiodore mettaient à la torture l'esclave d'un citoyen dont ils héritaient, sur la simple supposition que le défunt avait caché de l'argent. Eschine, dans une affaire où manquaient les témoins, demande qu'on applique les esclaves à la torture pour leur faire déclarer seulement si tel individu est sorti de sa maison durant la nuit : il raconte luimême (3) que Pitalque, esclave public et bateleur, vit entrer dans son habitation plusieurs citoyens qui jetèrent ses meubles dehors, le lièrent à une colonne et le battirent jusqu'à ce que des voisins fussent accourus pour le délivrer; les coupables restèrent impunis, et leur victime obtint par grâce de se tirer saine et sauve du procès. Eschine, parlant dans cette circonstance du péché contre nature, dit ces paroles remarquables : On s'étonnera peut-être de ce que le législateur l'ait prohibé même sur les esclaves; mais , si vous y réfléchissez bien, vous reconnaîtrez qu'il l'a fait par rapport aux mœurs des citoyens. Peu lui importèrent les esclaves mais, pour déraciner un tel vice, il le défendit même envers eux (4).

On comprend que l'existence de tant d'infortunés devait profondément altérer les relations domestiques. Quant aux relations publiques, combien les Athéniens ne devaient-ils pas mépriser les professions mécaniques, lorsqu'elles étaient abandonnées à des mains si abjectes! Leur économie sociale différait donc essentiellement de la nôtre, fondée sur l'industrie.

Les domaines publics étaient évalués, à Athènes, à quarante économie mille talents en capital (5). La grande injustice par laquelle Solon Wique,

(1) Xénophon, Politique, liv. I, ch. n, § 3.

(2) Déhosthène , Plaidoyer contre Olympiodore.

(3) Eschine, 1, 54, Harangue contre Timarque.

(4) Dans sa réplique, Démosthène, qui défendait Timarque, accusé de ce méfait, ne sait répondre autrement à Eschine qu'en lui demandant de produire les registres des percepteurs de la taxe mise sur ces infamies.

(5) Polvbe, II, 62 : « L'estimation des terres, des maisons et de tous les biens de l'Attique ne monta pas à la somme de 6,000 talents. » Mais, ou le texte est altéré, ou il se trompe. Selon des documents positifs , on comptait dans l'Attique plus de 900,000 plèthres de terres cultivables, valant au moins 50 drachmes le piétine, ce qui donne 7,500 talents. 10,000 maisons dans l'enceinte d'Athènes, commença sa réforme en abolissant les dettes, dut rendre plus équitable la répartition des richesses; mais elles ne tardèrent pas à s'accumuler dans un petit nombre de mains; Les petites fortunes étaient celles qui n'atteignaient pas cinq talents ; entre cette somme et quarante talents se trouvaient les fortunes moyennes; les grandes dépassaient cette limite, comme dans les familles des Nicias, des Hipponicus, des Callias , où l'on comptait jusqu'à deux cents talents.

Anciennement, chacun avait le nécessaire, et les propriétés étaient très-morcelées; mais, après Alexandre, les classes infér rieures s'appauvrirent, et déjà , sous Antipater, on compte douxe mille habitants qui n'ont pas deux mille drachmes de capital. Un gouvernement populaire dut naturellement accroître les institutions chargées de multiplier les secours, même sans la condition du travail. Il en était assigné aux citoyens infirmes, et Pisistrate en fit distribuer au guerriers mutilés; le nombre des pauvres ayant augmenté dans la guerre du Péloponèse, on donnait une Qu deux oboles par jour ( 15-30 centimes ) aux faibles et aux indigents.

Le peuple votait les lois de finances, dont l'administration était confiée aux cinq cents sénateurs, qui lui en rendaient compte; il est donc probable qu'ils tenaient un registre en règle de ce qu'ils avaient à payer. Les impôts réguliers s'affermaient, ce qui dispensait le gouvernement d'avoir des employés pour leur recouvrement. Les sommes perçues étaient versées dans les mains des trésoriers, un pour chaque tribu, et qui dépendaient d'un trésorier général, élu pour quatre ans par le peuple. On ne trouve rienqui ressemble à un budget, et l'on ne limitait pas les dépenses ordinaires, qui variaient selon les besoins, les caprices, les ressources; il y avait plus de régularité dans les revenus.

Revenus Ces revenus de l'État consistaient d'abord en produits ordinaires, tels que ceux des domaines publics, des mines, des taxes sur l'industrie et sur la consommation, de la capitation sur les esclaves et sur les étrangers. Les marchandises payaient à Fen

estimées dix mines chacune, font 1,600 talents; si l'on ajoute 400 talents pour édilices hors de la ville , on arrive, pour la propriété foncière des particuliers , à 9,500 talents, outre le domaine public. Que l'on y joigne la valeur du bétail, de 360,000 esclaves valant une mine chacun, la propriété mobilière, et l'on trouvera le chiffre de 30 à 40 mille talents, qui s'élèveront à 50 en comptant les domaines publics, l'armée, la flotte et le mobilier de l'État. On aura donc en tout 255 millions au lieu des 30 ou 40 donnés par Polybe. Selon des hypothèses plus larges, cette somme ne représenterait même <pie le revenu du capital.

trée et à la sortie le cinquantième de leur valeur, plus quelque chose pour l'entretien des ports, et aussi pour la douane, si on les y déchargeait; un vingtième était perçu sur tous les objets importés ou exportés sur le territoire des alliés. Il paraît qu'annuellement , les propriétés publiques ne rapportaient pas plus de deux cent mille drachmes. Quant aux contributions directes, on ne connaissait ni l'impôt foncier ni l'impôt personnel. Seulement , chaque métèque ou étranger payait douze drachmes par an, et sa femme, six. La même taxe frappait quiconque, homme ou femme, faisait trafic de sa personne, Les esclaves payaient trois oboles par tète.

Les amendes et les confiscations étaient une seconde source de richesses; cette dernière peine, si immorale, était la conséquence de toute condamnation à l'exjl, au bannissement oq à la mort. L'Athénien qui épousait une étrangère, encourait une amende; l'étranger qui épousait une Athénienne, était vendu, ainsi que ses biens, dont le tiers revenait au dénonciateur. On vendait également les métèques qui avaient usurpé l'exercice des droits de citoyen, qui ne payaient pas la taxe ou n'avaient pas de répondant. Aussi, dans Athènes, beaucoup de gens ne vivaient-ils qu'en procurant des confiscations, et, dans ce but, ils employaient contre les riches la ruse et la calomnie. On peut juger si les confiscations étaient fréquentes, en songeant à la quantité de citoyens que chaque triomphe d'une faction sur l'autre chassait de leur patrie; le nom bre des exilés devint si considérable que Mégare en fut peuplée.

Il faut ajouter à toutes ces ressources le tribut des alliés, dont nous avons déjà parlé (1), et qui, d'Aristide à Alcibiade, s'éleva

(1) Aperçu du budget d'Athènes, recettes et dépenses:

Recettes. Produit des propriétés publiques 200,000

Impôts directs 380,000

Tribut des villes alliées 3,300,000

Prestations, taxes de guerre 250,000

Impôts indirects 400,000

Confiscations, amendes 1,500,000

6,030,000

Dépenses. Fêtes 1,000,000

Salaires, récompenses, secours 2,000,000

Edifices publics 300,000

Cavalerie en temps de guerre 600,000

Infanterie 1,800,000

Marine I,' 00,000

6,800,000

Voir sur les finances d'Athènes, sur son budget, le Cours d'études historiques de l'exact et savant Dadnou, t XI, p. 209-236; Paris, Didot, 1S45.

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