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commandement : Eurybiade de Sparte y fut appelé par le vote des confédérés, et Thémistocle, bien plus capable que lui de l'exercer, n'en montra aucun dépit; il continua même de suggérer les mesures qu'il croyait les meilleures. Un jour, dans une assemblée de chefs, la discussion s'échauffa au point qu'Eurybiade leva le bâton sur lui; Thémistocle lui dit avec sangfroid : « Frappe, mais écoute ! »

Le passage intercepté par mer, les Grecs s'occupèrent de le fermer aussi parterre. Un défilé, appelé les Thermopyles, se Tlinmop,les resserre entre la Thessalie et la Locride; bordé, d'uni côté, par d'horribles précipices et les rochers du mont GEta, au leVant par des marais, il est tellement étroit en certains endroits que deux chariots n'y sauraient marcher de front. Les Phocéens y avaient de plus construit un mur pour arrêter les incursions des Thessaliens, La garde de ce ,passage fut confiée à Léonidas, roi de Sparte, qui ne voulut pas emmener avec lui plus de trois cents Lacédémoniens. Avant de quitter leur patrie, ils célébrèrent leurs propres funérailles par des jeux solennels. Au moment où Léonidas prenait congé d'elle, sa femme lui demanda :Quel souvenir me laisses-tu?Je te laisse, répondit-il, la recommandation d'épouser un homme digne de moi, qui te rende mère de fils dignes de tous deux. Sept mille Grecs environ se réunirent à cette poignée de héros.

Lorsque Xerxès, qui n'avait pas, en douze mois de marche, vu le visage d'un ennemi, apprit que les Spartiates l'attendaient, il leur envoya dire de rendre les armes. « Viens les prendre! » fut la réponse qu'il obtint. Il leur promit autant de terres qu'ils en voudraient et la suprématie sur toute la Grèce; ils répondirent qu'ils ne voulaient pas acheter la domination au prix de l'infamie, et que c'était avec le glaive qu'ils avaient coutume de faire des conquêtes. Ne comprenant pas encore comment quelques centaines d'hommes osaient résistera un déluge de peuples, Xerxès leur fixa un délai de quatre jours pour se rendre, passé lequel il les attaquerait. Le cinquième jour, les sentinelles criaient à ces héros : Voilà les Perses qui viennent sur nous! Eh bien ! répond Léonidas, marchons sur eux. — Mais, reprit un envoyé, ils sont si nombreux que leurs flèches obscurcissent le soleil. — Tant mieux, répliqua Diénécès, nous combattrons à l'ombre!

Ils combattirent et furent vainqueurs ; mais le Grec Éphialte, Bataille *» honte éternelle sur le nom du traître! enseigna à Xerxès un autre "u"U"' passage, qui lui permit de prendre les Grecs à dos. Us résolurent alors de battre en retraite; mais la loi disait aux Spartiates:

Mourez plutôt que d'abandonner votre poste. Léonidas resta donc avec ses trois cents et quelques centaines d'alliés: Je vous invite ce soir à souper chez Pluton, dit-il à ses compagnons, au milieu du repas qu'ils prirent avant le combat. Puis, la nuit venue, il se mit à leur tête et se jeta dans le camp des Perses, marchant droit sur la tente de Xerxès. Il était temps que le monarque s'échappât; mais les Spartiates passèrent au fil de l'épée beaucoup des grands de sa cour et tous ceux qu'ils rencontrèrent jusqu'au moment où, enveloppés, trahis par les Thébains et par le lever de l'aurore, ils tombèrent percés de coups à l'exception d'un seul. Pour le moment, ils n'eurent d'autres obsèques que celles de plusieurs milliers d'ennemis; plus tard, une inscription leur fut consacrée avec ces vers de Simonide : Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses saintes lois.

Cette défaite valut mieux qu'une victoire. Les Perses avaient appris qu'une poignée de patriotes suffisaient contre une nuée d'esclaves. La Grèce fut encouragée par l'exemple ; les noms de Léonidas, de Diénécès, des deux frères Maron et Alphée, répétés par toutes les bouches, excitaient à les imiter. Les éléments euxmêmes étaient hostiles à la flotte perse, que le grand nombre de ses bâtiments obligeait à rester au large. Plusieurs combats sans résultat furent engagés dans le voisignage du cap Artémisium; mais lorsqu'on apprit que les Perses, après avoir franchi lesThermopyles, envahissaient la Grèce, les républicains, dans la crainte que leur flotte ne fût enveloppée par celle de Xerxès qui se dirigeait sur l'Eubée , résolurent de prendre position entre Salamine et Athènes. Mais, en s'éloignant, Thémistocle laissa sur les rochers du rivage, où les alliés de la Perse devaient venir s'approvisionner d'eau, des inscriptions rappelant aux Ioniens la communauté d'origine, les secours reçus pour recouvrer leur liberté, et les invitant à secouer un joug honteux; ces paroles ne furent pas jetées au vent.

Xerxès, plein d'orgueil, s'avançait toujours, dévastant surtout les temples des dieux, en haine de l'idolâtrie que sa religion lui commandait de détruire. Il entra dans Athènes sans rencontrer aucun obstacle, et la réduisit en un monceau de ruines; mais la patrie est là où sont les citoyens.

L'incendie d'Athènes terrifia tellement les Grecs que la flotte était au moment de se disperser. Thémistocle s'y opposa vivement; mais, voyant qu'il obtenait peu de succès, il envoya donner avis à Xerxès que les Grecs, saisis de terreur, étaient près de se séparer: « Si vous leur donnez le temps de se disperser, lui mandait-il, vous aurez besoin de longs et pénibles efforts pour détruire tant de flottilles, tandis que vous pouvez les anéantir d'un seul coup, à présent qu'elles se trouvent réunies. »

Xerxès le crut ; il vint attaquer à Salamine, avec ses douze cents WgfJJJ* voiles, les trois cent quatre-vingts navires des Grecs, et fut vaincu. octobre. Artémise, reine de Carie, qui s'était opposée au combat, s'y comporta en héroïne, mais elle fut entraînée dans la fuite générale ce qui fit dire à Xerxès que, dans cette journée, les hommes avaient combattu comme des femmes et les femmes comme des hommes. Lorsqu'il traversait l'Hellespont, une tempête s'éleva, et le pilote déclara qu'il fallait alléger le navire. Alors les grands de la Perse, qui couvraient le pont, se prosternent devant le grand roi, puis se précipitent à la mer. La servitude a donc aussi ses héros!

Thémistocle, enhardi par le succès, proposait de couper le pont établi sur le Bosphore, et de retenir l'Asie prisonnière en Europe; mais l'avis de ceux qui disaient : Faites un pont d'or à l'ennemi qui fuit, l'emporta sur le sien. Le butin fut immense, et Ton envoya les objets les plus précieux au dieu de Delphes. Toute la Grèce proclama que la victoire était due surtout à Thémistocle, et, quand il parut aux jeux Olympiques, l'assemblée entière se leva et l'applaudit.

On ne pouvait, néanmoins, considérer la guerre comme termi- «»• née, puisque Xerxès, en se retirant, avait laissé à Mardonius trois cent mille hommes, la fleur de son armée. Ce général voulut d'abord user d'artifice, et chercha à détacher les Athéniens de la ligue commune; mais ils refusèrent, et Cyrsile, qui leur conseillait cette désertion , fut lapidé; la vindicte publique s'étendit jusque sur sa femme et ses enfants, qui furent massacrés par les femmes et les enfants. Aristide'fit instituer, à cette occasion, un rite par lequel on plongeait dans la mer des barres de fer rougies, en vouant aux Furies quiconque oserait traiter avec les Perses. On s'apprêta donc à combattre, et, dans les champs de Platée, les Grecs, commandés par le Spartiate Pausanias et par Aristide, défirent entièrement les Perses, dont ils tuèrent quarante mille. Mardonius fut au nombre des morts.

Tous les guerriers avaient juré, avant la bataille, de ne pas pré- B*pff^e *' férer la vie à la liberté et de donner la sépulture aux alliés morts les M "i"einDrcarmes à la main. Le premier serment, celui des braves , était accompli; pour satisfaire à l'autre, tout de piété, ils élevèrent des tombeaux sur le lieu même : là, chaque année, on renouvelait des sacrifices en l'honneur des braves qui avaient péri, et, tous les cinq ans, on célébrait des jeux solennels. Derrière un convoi de

chars couverts de guirlandes de myrte, marchait un bœut escorté d'un grand nombre de jeunes gens portant des vases de lait, du vin et des parfums; le premier magistrat de Platée s'avançait ensuite , vêtu de pourpre, un vase dans sa main gauche et une épée dans sa main droite. Cette procession traversait la ville et se dirigeait vers le champ de bataille; là, le magistrat puisait de l'eau à lasource voisine pour arroser les petites colonnes funèbres, sur lesquelles il versait aussi des essences; puis il immolait le bœuf et vidait une coupe en l'honneur des guerriers dont le sang avait cimenté la liberté de la Grèce. vjjtoirc de Le même jour qui vit la victoire de Platée, fut signalé par un événement non moins important. La flotte perse, forte de quatre cents voiles, s'était réunie près du promontoire de Mycale, dans l'Asie Mineure, en face de Samos. Les bâtiments ayant été tirés à terre et entourés d'une muraille, les hommes qui les montaient se mirent en mesure de se défendre contre les Grecs, auxquels s'étaient réunis les Ioniens de l'Asie Mineure. La bataille, dans laquelle commandaient, d'un côté Tigrane, de l'autre l'Athénien Xanthippeet le Spartiate Léotychide, fut meurtrière pour les Perses, qui, pour comble de maux, virent leur flotte livrée aux flammes.

Les journées de Platée et de Mycale enlevèrent aux Perses la fantaisie d'envahir la Grèce. Ils combattaient pour obéir à un monarque, les Grecs pour défendre leurs foyers. Chez les uns, les faveurs royales, les intrigues du sérail, l'espérance des richesses ; chez les autres, le gouvernement dans les mains du peuple, qui se trompe rarement sur ses véritables intérêts : point de récompense excepté la louange publique, le sentiment de la liberté et de la civilisation. Le seul Spartiate qui eût survécu au combat des Thermopyles, n'échappa à l'infamie qu'en mourant à Platée. Les Perses comptaient beaucoup d'hommes, peu de têtes et de bras; des troupes innombrables et pas un chef (1). Dans cette armée même, les Perses seuls étaient disciplinés; mais les délices de la Médie les avaient énervés. Leur cavalerie était trop nombreuse et armée seulement de javelots et de boucliers d'osier. Les Grecs, au contraire, habitués à la guerre, combattaient serrés l'un con",: tre l'autre, formant des phalanges qui n'avaient que seize hommes de profondeur : aux premiers rangs, la jeunesse ardente ; aux derniers, les vétérans : ceux-là prompts à l'attaque, ceux-ci inébranlables au choc. La victoire pouvait-elle être incertaine?

(I) Huic tanto agmini dut defuit( Justin). Xerxes intellexit quantum ab exercitu turba differat (sénèque). Multi homines, pauci aulem viri (hérodote).

Une expédition aussi désastreuse épuisa la Perse , dont la population avait été levée en masse. Les Grecs d'Asie voulurent en profiter pour recouvrer leur indépendance; ceux d'Europe les soutinrent, et, durant trente ans, la Perse, obligée de subvenir à une guerre défensive dans l'Asie Mineure, la plus éloignée de ses provinces occidentales, renonça à tout projet de conquête et perdit iflêrfie son équilibre intérieur.

Xerxès, de retour à Suse, se laissa circonvenir par la reine Flnde"crxè5, Amestris; puis, épris de sa belle-sœur, la femme de Masistès, il espéra se la rendre favorable en mariant une fille qu'elle avait, nommée Artaynta, à Darius, son fils aîné. La résistance de sa bellesœur continue, et il porte son amour sur Artaynta. Amestris, que la jalousie rend furieuse, se fait livrer la mère de cette princesse, mutile son corps, jette aux chiens ses mamelles, ses oreilles qu'elle lui fait couper, et la renvoie ainsi à Xerxès, qui en donne froidement avis à son frère Masistès. Xerxès périt bientôt après, victime d'une conjuration tramée par Artaban èt l'eunuque Spa- *"• tamitrès. 1

CHAPITRE XII.

SUPRÉMATIE D'MnÈlŒS.

Eschyle avait combattu à Marathon; Sophocle chantait, dans un chœur d'enfants, des hymnes aux dieux, en actions de grâces pour la victoire de Salamine; Euripide naquit le jour même où elle fut remportée; Hérodote se préparait à l'éterniser avec la plume, Phidias avec le ciseau. De pareils noms nous disent assez que c'est le temps où Athènes brille de tout son éclat ; mais est-ce un motif pour nous de taire ses turpitudes ?, Elle conservait, dans ses temples, un tableau représentant des processions de courtisanes, avec cette inscription de Simonide : Elles ont prié la déesse Vénus qui, pour l'amour d'elles, a sauvé la Grèce. Le jour même de la bataille de Salamine, trois prisonniers des plus jeunes et des plus beaux furent immolés à Iacchus sur le navire de Thémistocle, et Iacchus, que ce sacrifice rendit propice, ne manqua point de contribuer à la victoire par des prodiges.

LesGrecs avaient vaincu ; mais ils avaient près d'eux les satrapes mèdes occupés de corrompre, à prix d'or ou par le luxe et les voluptés, ceux qu'ils n'avaient pu dompter avec le fer, et qui réussi

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