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de la fabrication en grand et à une habile distribution du travail qu'est due cette modération des prix. On ne peut nier toutefois que la perfection, si recherchée des bibliophiles, ne saurait être atteinte par ce procédé tout manufacturier, qui peut être bon au point de vue commercial, mais qui conduirait bientôt l'art à une perte certaine. Qu'on n'oublie pas non plus que ce bon marché qu'on trouve dans les grands établissements dont nous venons de faire mention tient aussi à une autre cause: c'est que ces ateliers relient à la fois un grand nombre d'exemplaires du même ouvrage, ce qui leur épargne une partie des manipulations nombreuses et de la perte de temps auxquelles donnent lieu, non-seulement la diversité des livres confiés aux relieurs par des personnes de goûts et de fortunes différents, mais aussi la variété des ornementations exigées par les amateurs.

Que l'industrie cherche donc les moyens de diminuer les prix, elle en sera dédommagée amplement par le débit et la fortune; pour nous, notre devoir est de récompenser, par les témoignages de l'estime et de la gratitude publique, le dévouement des artistes dignes de ce nom, et de les encourager à perpétuer les bonnes doctrines par leurs exemples.

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Mais, depuis 1850, le nombre des journaux et revues s'est tellement accru dans l'Amérique du Nord, qu'on peut l'évaluer à présent à 4,000.

Ce nombre prodigieux est dû au partage de l'Union en plusieurs Etats et districts, et à l'esprit de localité qui caractérise la presse américaine. Les querelles intérieures de chaque Etat, les rivalités personnelles, les débats des diverses législatures et les candidatures locales, intéressent surtout le citoyen des Etats-Unis :

1 Il n'y a qu'un véritable amour de l'art qui puisse soutenir ces hommes désintéressés dans la voie ingrate qu'ils ont choisie. Le chiffre auquel s'arrête annuellement le produit des premiers ateliers des relieurs artistes, comme Bauzonnet, Capé, Duru, etc., etc., est vraiment décourageant, quand on le compare avec le bénéfice des ateliers montés en manufactures.

aussi s'attache-t-il presque uniquement aux journaux du territoire sur lequel il vit. Une autre cause contribue à multiplier les feuilles périodiques, ce sont les annonces. En Europe, les affiches sont un puissant moyen de publicité. Il en est autrement en Amérique : il faut que l'annonce aille solliciter le lecteur au fond des forêts; elle est obligée d'employer la voie des journaux; là où il n'en existe pas encore, l'annonce les appelle à la vie. La gazette est pour le colon une nécessité impérieuse; elle lui indique les jours de marché de tout le district, elle lui fait connaître le prix des denrées, elle lui apprend où il peut se procurer les objets dont il a besoin. En fait de politique, la gazette publie les actes du gouvernement, annonce les élections, désigne les candidats, discute leurs opinions et leur mérite; enfin, elle est l'almanach du Squatter et compose quelquefois toute sa bibliothèque. Il n'est donc pas étonnant de voir surgir un nouveau journal en même temps qu'une nouvelle cité. On se fera ́, une idée de l'accroissement rapide des feuilles, américaines, quand on saura qu'en 1775 il n'y en avait que 37, dont 36 hebdomadaires. Une seule, l'Advertiser de Philadelphie, paraissait trois fois par semaine, parce qu'elle était publiée au siége du congrès. Vingt-cinq ans après, en 1800, on comptait près de 200 journaux, sur lesquels 17 étaient quotidiens.

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Les feuilles principales de l'Amérique du Nord sont, à New-York, le New-York Herald. le Courrier and Enquirer, le Journal du Commerce et l'Evening-Post; à Boston, le Courrier › et l'Atlas; à Philadelphie, l'United North-American Gazette et le Ledger. Mais aucune de ces feuilles n'a, soit comme organe politique, soit comme entreprise commerciale, l'importance et l'extension des grands journaux anglais ou français, et aucune d'elles n'exerce sur l'opinion publique une influence aussi directe et aussi puissante. Cela tient surtout à la conformation politique du pays. Les Etats-Unis forment, il est vrai, une nation homogène; mais ils sont divisés en plusieurs petits Etats, dont chacun a sa métropole et son centre d'action. Il n'y a pas, dans l'Amérique du Nord, une capitale où se concentrent les forces vives du pays et d'où parte, une impulsion prépondérante. Les journaux de Washington tirent bien quelques avantages de cette circonstance, que le président et le congrès résident dans cette ville; mais ils ne sauraient rivaliser avec les feuilles principales des grands Etats du littoral. Le gouvernement américain n'a jamais senti le besoin de créer un journal officiel. Il n'y a tout au plus à Washington qu'une feuille semiofficielle. Cette position fut prise en 1800 par le National Intelligencer, lorsque le siége du gouverneur fut transféré à Washington. Ce journal fut créé pour expliquer et défendre la politique que Washington transmettait à ses

premiers successeurs. Cette feuille, organe du parti whig, conserva pendant quarante ans son caractère semi-officiel. Ce ne fut qu'en 1829, après la chute des whigs, que’les démocrates triomphants, le général Jackson en tête, fondèrent à côté du National Intelligencer le Telegraph, qui reçut les communications du gouvernement. Le Telegraph fut, en 1804, remplacé comme organe semi-officiel par le Globe, auquel succédèrent ensuite l'Union et la République. Maintenant presque chaque présidence nouvelle adopte un journal particulier. Elle n'a pas, il est vrai, les fonds nécessaires pour cet emploi; mais elle a le droit de choisir l'imprimeur des documents officiels et des publications innombrables du congrès. C'est là une source abondante de bénéfices, et l'imprimeur préféré est tout disposé à publier, par reconnaissance, un journal que rédigent les membres les plus influents du parti présidentiel.

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Les journaux de Washington, qui donnent exactement les débats du congrès, reçoivent des communications des divers chefs de parti, et tiennent au courant des menées et des intrigues que fait naître chaque élection nouvelle du président. Aussi sont-ils indispensables à quiconque s'occupe de politique, et ont-ils dans chaque Etat des lecteurs plus ou moins nombreux. Les grands journaux de New-York, de Boston et de Philadelphie n'ont comparativement qu'une publicité fort restreinte, parce que l'Américain s'inquiète très-peu de ce qui se passe dans les Etats de l'Union, autres que le sien. Les feuilles de Boston sont encore lues dans la Nouvelle-Angleterre, où plusieurs Etats, Maine, Vermont et Connecticut suivent la politique du Massachusetts. Celles de New-York ne se répandent que dans les Etats du centre et dans le Canada; colles de Philadelphie pénètrent tout au plus dans le Sud et dans l'Ouest. La plupart des journaux écrits en allemand trouvent accès dans les autres Etats, où ils ont les colons allemands pour abonnés. Il est remarquer qu'un journal débite sur place les six dixièmes de son tirage, les trois dixièmes dans l'Etat auquel il appartient, et un dixième seulement au dehors.

L'envoi des feuilles par la poste, dans tout le territoire de l'Union, y compris la Californie, ne coûte qu'un cent, cinq centimes et demi par numéro, et un demi-cent dans l'Etat où elles se publient. La poste ne distribue le journal à domicile que moyennant un supplément de prix.

Les Américains trouvent plus agréable et plus commode de recevoir le journal de leur localité que ceux de Boston, New-York ou Philadelphie, qui sont vingt-cinq fois et même cent fois plus chers, et ne donnent les nouvelles particulières que longtemps après les feuilles locales. Celles-ci se font adresser par le télégraphe tout ce qui peut piquer la curiosité publique, le cours des fonds, le prix des marchan

dises, etc. D'ailleurs, pour la majeure partie des citoyens, les affaires locales ont beaucoup plus d'intérêt que les affaires étrangères, et même que la politique de l'Union; ce qui le prouve, c'est que, dans tous les journaux, les débats de leur législature propre prennent plus de place que les discussions du congrès, que publient seuls avec une certaine étendue les journaux de Washington. Les autres se contentent du résumé expédié par le télégraphe; et c'est seulement quand des questions brûlantes sont agitées dans le congrès qu'ils empruntent aux feuilles de Washington les dis-, cours des orateurs les plus éminents.

Ainsi, aucune feuille américaine ne peut acquérir l'importance des grands journaux de Paris ou de Londres, d'autant mieux que. la concurrence est très-active. Ni la législation, ni l'impôt n'entravent la fondation d'un jour- › nal; un faible capital suffit. New-York, qui compte 700,000 habitants avec ses faubourgs et Brooklyn, a 15 journaux quotidiens, presque autant que Paris et Londres: Ces 15 journaux se distribuent à 130,000 exemplaires, dont les deux tiers sont fournis par six feuilles qui coûtent 1, ou 2 cents (de 5 1/2 à 11 centimes), de sorte que le tirage de chacun des grands journaux de New-York peut être évalué à 4 ou 5,000 par jour. Boston a 12 journaux quoti-, diens pour 140,000 âmes; Philadelphie, 10 pour 40,000, et Baltimore, 6 pour 170,000 habitants. Les deux feuilles principales de Philadelphie tirent au plus 15,000 numéros par jour; aucun journal de Boston n'a plus de 10,000 abonnés. Dans les Etats moins peuplés du Sud, où la moitié de la population se compose d'esclaves, les journaux sont beaucoup moins nombreux et moins répandus que dans le Nord. En résumé, on peut dire avec Horace Greeley, rédacteur d'une des feuilles les plus importantes de New-York, que les 250 journaux de l'Amérique du Nord distribuent un million d'exemplaires, ce qui donne pour chacun une moyenne de 4,000 numéros par jour.

Avec un nombre si restreint d'abonnés et la concurrence qui les force à réduire leur prix, les journaux américains ne font généralement que des recettes très-minces, insuffisantes pour couvrir les frais. Aussi la position des rédacteurs n'est pas brillante. Le gérant d'un grand journal à New-York déclarait, lors de l'exposition de Londres en 1851, qu'il connaissait un journaliste américain dont les appointements annuels étaient de 600 livres sterling (15,000 francs); mais que c'était là une exception. Le traitement ordinaire des rédacteurs des feuilles les plus accréditées varie de 2,500 à 7,500 francs. Or il faut considérer que dans l'Amérique du Nord les salaires sont beaucoup plus élevés qu'en Europe, et qu'ainsi un publiciste gagne moins qu'un habile ouvrier.

Le journal le moins cher de New-York est le

Sun, dont chaque numéro coûte un cent (cing centimes et demi). Son tirage est de 43 à 45,000 exemplaires, et 40,000 couvrent ses frais. Ce grand débit procure au journal une telle abondance d'annonces, que son propriétaire, M. Benjamin Day, a pu construire, pour l'établissement de ses presses et de ses bureaux, un édifice qui a coûté 468,750 francs. Plus tard, il a cédé la propriété du Sun moyennant 1,250,000 francs; et l'on ne trouvera pas ce prix trop élevé, si l'on songe que la vente quotidienne suffit à toutes les dépenses, et que les annonces rapportent par jour 15,000 francs.

Les journaux même à 2 cents le numéro (11 centimes) sont des entreprises lucratives. Comme le Sun, ils tirent leur profit des annonces, mais ils le consacrent à la rédaction. Les plus florissants sont le Herald et la Tribune, qui publient une édition du matin et une du soir et qui donnent, en outre, une édition hebdomadaire pour l'étranger. Sous ces trois formes, leur tirage est de 20 à 25,000 numéros. La Tribune, rédigée par Horace Greeley, fut fondée en 1841; en 1853, elle prit le format des plus grands journaux de New-York, qui comporte 8 pages. A cette occasion, les propriétaires avouèrent que le papier nécessaire à l'impression du journal coûtait plus que les abonnements ne produisaient. Les frais de rédaction, d'impression et de tirage sont donc entièrement couverts par les annonces. Le Herald est le principal organe des doctrines socialistes. C'est la feuille américaine la plus connue et la plus répandue en Europe. Cela vient de ce que son gérant a, dès l'origine, envoyé gratuitement l'édition hebdomadaire aux journaux et aux cabinets de lecture les plus importants en Europe. Ce numéro spécial réunissait toutes les nouvelles de la semaine. Il ne manqua pas d'être bien accueilli par les rédacteurs européens, qui, en général, sont très-peu au courant des affaires de l'Amérique. Ils puisèrent dans le résumé du Herald, en le citant textuellement, et bientôt il n'y eut plus guère que les feuilles de Liverpool qui continuèrent à tirer directement leurs nouvelles des Etats-Unis. Le Herald n'est pas fort considéré, à raison de ses excentricités fréquentes, bien qu'il ait contribué puissamment au progrès de la presse américaine. Pour avoir plus promptement les nouvelles d'Europe, il envoie des bâtiments à vapeur à la rencontre des paquebots qui sont forcés de relâcher à Halifax avant d'aborder à New-York. C'est le Herald qui, le premier, s'est servi du télégraphe pour organiser partout une active correspondance. En politique, ce journal n'a pas d'autre drapeau que le succès; il a cela de commun avec la plupart des feuilles américaines, qui n'en proclament pas moins leur indépendance.

(La suite prochainement.)

FAITS DÍVERS.

Dans sa séance du 13 novembre, l'Académie des inscriptions et belles-lettres a procédé à l'élection d'un membre titulaire, en remplacement de M. Dureau de la Malle, décédé. Le nombre des votants était de 34, et la, majorité absolue de 18. Au premier tour de scrutin, M. Alfred Maury, sous-bibliothécaire de l'Institut, a obtenu 18 voix, et M. Léopold Delisle, attaché au département des manuscrits de la · bibliothèque impériale, 16 voix. En conséquence, M. Maury a été proclamé membre de l'Académie.

Dans la même séance, l'Académie des inscriptions, sur la demande de M. le ministre do l'instruction publique, a désigné deux candidats pour la chaire de persan, que la mort de M. Etienne Quatremère a laissée vacante à l'école spéciale des langues orientales. Le nombre des votants était de 33 et la majorité de 17. Au premier tour de scrutin, M. Schefer, premier secrétaire interprète de l'empereur, a obtenu 11 voix; M. Charles Defrémery, 21; et M. Oppert, 1. Au second tour de scrutin, M. Schefer a obtenu 26 voix et M. Oppert 3. En consé–› quence, M. Defrémery a été proclamé premier candidat et M. Schefer second candidat de l'Académie à la chaire de persan.

Un legs important vient d'être fait à la bibliothèque de l'Institut. Il consiste en une série importante d'ouvrages, parmi lesquels se trouve le manuscrit du grand Dictionnaire de M. de Pougens.

On sait que l'un des plus grands succès littéraires de ce siècle est celui de la grande histoire grecque de M. Grote. Un agrégé de Leipzig, le docteur Théodore Fischer vient d'en extraire et de traduire les remarquables chapitres qui concernent la mythologie, les antiquités, la question homérique, la littérature, la musique et les autres arts. Ces extraits forment deux volumes d'environ 500 pages chacun, qui plairont tout particulièrement aux ennemis de l'interprétation symbolique et allégorique, si abusive en Allemagne. Avec ce caractère critique, indépendant, pénétrant et positif qui distingue l'histoire littéraire de W. Mure et en général la philologie britannique, M. Grote s'affranchit des écoles et des systèmes, et s'efforce d'expliquer la Grèce par la Grèce. Non-seulement il renonce à l'étude des influences orientales, mais il ne veut pas même dépasser la limite établie par le calcul des olympiades ainsi. que par l'existence des poëmes homériques. En revanche, il accumule les comparaisons et les analogies prises dans le monde historique proprement dit, et il en tire des applications géné- · ralement fécondes.

Paris imp. de Pillet fils aîné rue des Grands-Augustins,5.

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CHRONIQUE

DU JOURNAL GÉNÉRAL

DE L'IMPRIMERIE ET DE LA LIBRAIRIE.

Sommaire : La presse périodique dans l'Amérique du Nord (suite et fin). Revues littéraires étrangères périodiques anglais. Faits divers. :

LA PRESSE PÉRIODIQUE DANS L'AMÉRIQUE DU NOrd.

:

(Suite et fin.)

Le prix d'abonnement des journaux de premier ordre est de 8 à 10 dollars (40 à 50 fr.', non compris les frais de poste, que doit acquitter l'abonné. L'abonnementaux journaux à deux cents (11 cent. le numéro, coûte 30 fr. Il est payé d'avance; mais aujourd'hui l'abonnement est très-rare, du moins dans les villes où les journaux sont publiés. Il y a dans chaque localité des agents qui achètent, à leurs risques et périls, un certain nombre d'exemplaires, et qui les font crier dans les rues ou colporter à domicile. Les gens peu riches aiment mieux débourser un ou deux cents chaque jour que d'avancer le prix d'un abonnement. De leur côté, les journaux favorisent un système qui simplifie leur comptabilité, leur assure une recette quotidienne, et diminue les frais de distribution. Toutefois, comme nous l'avons dit, la vente et les abonnements couvrent à peine les frais le bénéfice n'est dû qu'aux annonces. Elles sont l'affaire importante, et elles ont pris, aux Etats-Unis, une extension incroyable. Tandis qu'en Angleterre tous les journaux réunis ne publient chaque jour que deux millions d'annonces, les feuilles américaines en contiennent au moins dix millions. Les journaux à deux cents le numéro ont quatre pages de rédaction et quatre pages d'annonces; ceux à un centn'ont qu'une page de rédaction et trois d'annonces. Plus on s'éloigne des bords de l'Atlantique, où les habitants ont encore des goûts littéraires, plus les annonces se multiplient. La capitale du Missouri, Saint-Louis, dont la population est de 80,000 àmes, possède un journal d'un plus grand format que le Times de Londres, et d'une impression plus fine et plus serrée. A l'exception de quatre colonnes de rédaction, il n'est rempli que par les annonces. Cette prodigieuse quantité tient surtout à leur bas prix. Une annonce de quatre lignes coûte, la première fois, 25 cents (1 fr. 37 c.), et peut être répétée indéfiniment Chronique, 1857.

moyennant 12 cents chaque fois. Des conventions particulières se forment entre ceux qui recourent à ce moyen de publicité et les gérants, qui louent fréquemment une certaine étendue de leur feuille. L'amodiataire est libre d'en disposer à sa guise. Dans l'Ouest, le prix des insertions est souvent acquitté par des prestations en nature.

Si les frais de rédaction sont proportionnellement très-minimes, les autres dépenses de toutes sortes sont considérables. La principale est celle des dépèches télégraphiques, quoique le tarif soit beaucoup plus bas qu'en Europe. Les cinq journaux de New-York à deux cents se sont réunis pour recevoir en même temps, par le télégraphe, un résumé des débats du congrès de Washington, un rapport sur les séances de la législature d'Albany et sur les élections. Cette dépense s'élève annuellement à 100,000 dollars (500,000 fr.), sans compter les nombreuses dépêches particulières. Chaque feuille importante de l'Amérique du Nord a son correspondant à Halifax qui lui expédie, par le télégraphe, les nouvelles d'Europe aussitôt après l'arrivée des paquebots. Elles entretiennent, en outre, des relations suivies, non-seulement avec les divers Etats du nord, mais encore avec les divers Etats du sud et avec l'Europe. Les journaux anglais se contentent habituellement de donner les nouvelles du continent; un journal américain est comme le panorama du monde entier. Il rapporte avec détails ce qui se passe au Brésil, au Pérou et au Chili, aussi bien que les événements de Paris ou de Londres, et il n'est pas rare de lire une lettre datée de Chine après une lettre de Constantinople. Le Delta et les autres grands journaux de la Nouvelle-Orléans publient chaque jour les nouvelles de la Californie et de l'Amérique du Sud, qu'ils se procurent en payant des sommes énormes, obligés souvent d'envoyer des exprès qui frètent des navires lorsqu'ils n'ont pas à leur disposition les moyens ordinaires de transport, ou lorsque leur traversée ne serait pas assez rapide. Ils donnent régulièrement, avant la poste, les nouvelles transatlantiques, qui leur sont transmises par le télégraphe, d'Halifax, de Boston, de New-York, de Philadelphie et de tous les ports où touche un bâtiment venant d'Europe.

Cette multitude de correspondances et de dé

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pêches prête aux feuilles américaines une physionomie singulière. Le lecteur européen a peine à se retrouver au milieu de cet amas de matières jetées sans ordre et comme au hasard. Les articles ne se détachent point les uns des autres par des caractères différents; les parties intéressantes du journal sont mêlées à d'autres qui sont sans valeur. Les annonces sont semées partout et elles frappenttout d'abord les regards. L'article qui appartient à la rédaction est toujours très-court; il prend à peine une demi-colonne. Suit une foule d'entre-filets; le même fait en fournit souvent trois ou quatre, disséminés çà et là, qu'on n'a pas eu le temps de fondre en un seul article. Les nouvelles locales sont si prolixes de détails qu'elles fatigueraient un lecteur européen. Il y a toujours deux ou trois listes de candidats, car les élections sont permanentes élections du congrès, de l'Etat, du comté, de la cité; élections de députés, de conseillers municipaux, de juges, de collecteurs d'impôts, d'inspecteurs urbains. Un citoyen actif d'Amériqne concourt presque journellement à quelque élection; son journal doit publier tous les noms des candidats. Les affaires comm ciales tiennent aussi beaucoup d'espace'; elles sont traitées avec soin et très-approfondies. Le cours des fonds et le prix des denrées sur toutes les places du monde sont enregistrés exactement; ils occupent deux ou trois colonnes. Tout cela ne suffit pas pour remplir la feuille, et l'éditeur, pour combler ses vides, prend tout ce qu'il trouve sous sa main, poésies, extraits d'ouvrages nouveaux, et même des romans découpés par fragments. Malgré tous ses efforts, la presse périodique n'offre rien de bien remarquable, et c'est avec raison qu'un écrivain anglais a dit : « Tout ce qu'il y a d'intéressant dans les journaux d'Amérique tiendrait dans une colonne du Times ou du Daily-News. »

commer

La presse américaine excrce sur les esprits une influence considérable. Elle est une condition essentielle de la vie nationale et le complément nécessaire des institutions politiques de l'Union. La presse seule anime et vivifie le vaste système électoral de l'Amérique : seule elle suscite et elle entretient les rivalités qui empêchent les élections de dégénérer en formalités illusoires; seule elle soulève les masses et les pousse à voter, en donnant aux noms des candidats une signification politique, et en faisant dépendre de chaque élection le triomphe d'une idée ou d'un parti. D'un autre côté, ce sont les journaux, dont les classes laborieuses font une lecture assidue, qui sont les instituteurs du peuple; ils lui apprennent quels sont ses droits civiques et comment il doit les exercer; ils les initient à la connaissance des hommes et des choses; ils combattent ses préjugés et quelquefois aussi ils les alimentent. Dans un pays où le suffrage universel est en vigueur, ce sont les journaux qui disposent des masses

et gouvernent les destinées nationales; aussi quand la majorité des feuilles américaines, dirige la nation vers un but déterminé, comme la paix ou la guerre, l'annexion du Texas ou la conquête de la Californie, et quand l'attention générale n'est pas détournée par quelque événement subit, les prédications incessantes de la presse dominent bientôt l'opinion publique. C'est là sans doute une puissance irrésistible; mais isolément, chaque journal ne possède qu'une faible part d'influence, et les gérants sont loin d'avoir la même importance qu'ils ont en Europe. Plusieurs, il est vrai, siégent dans le congrès (il y en avait, en 1851, six dans la chambre des représentants et quatre dans le sénat), mais il n'est pas certain qu'ils aient dû leur élection à leur qualité de publicistes. Quoi qu'il en soit, la chaire ou le barreau donnent plus d'influence et de considération que la position de rédacteur; c'est pourquoi l'on ne trouve des journalistes instruits que dans les grandes villes du littoral. Les deux tiers des feuilles américaines sont hebdomadaires; c'est la même personne qui les rédige, qui les compose et qui les imprime. Cette classe de journalistes vit au milieu du peuple, dont elle contracte les habitudes et partage les passions. Elle est l'écho fidèle des travailleurs et des planteurs qui l'environnent, elle épouse les querelles locales, porte dans les luttes politiques ses inimitiés personnelles et passe facilement aux insultes et aux voies de fait. Aussi représente-t-on le journaliste américain comme ayant toujours sur sa table des pistolets chargés, et ne sortant qu'armé jusqu'aux dents. Si ce tablcau est exagéré sur les côtes de l'Océan, il ne l'est pas bien certainement sur les rives du Mississipi.

La presse américaine est-elle libre? C'est là une question qui n'est pas aussi paradoxale qu'elle le paraît. Assurément la loi ne met à la presse aucune entrave, mais le public capricieux la tyrannise. Les journaux américains, qui n'ont que très-peu d'abonnés, vendent leurs feuilles au jour le jour; ils n'ont pas, comme les journaux d'Europe, une clientèle assuréc pour trois mois au moins. Quand le peuple est mécontent des opinions qu'émet un journal, il ne l'achète plus, et la rédaction est bien forcée de se conformer à l'humeur et aux préjugés du public. Quelquefois la foule exaspérée par un article envahit les bureaux du journal et les brise. Lorsque la question du Nicaragua, moins résolue qu'ajournée par le traité Clayton-Bulwer, enflamma les esprits et décida la guerre, le National Intelligencer resta muet. Cette réserve était d'autant plus frappante que cette feuille était alors en relation avec le ministère des affaires étrangères, et qu'elle était plus en mesure qu'aucune autre d'élucider la question pendante et d'énoncer une opinion. arrêtée. Ses collègues l'ayant pressé d'expl

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