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« augmentez aussi la patience, » elle témoignait par signes qu'elle faisait intérieurement de tout son cœur la même prière. Elle a expiré aujourd'hui à midi, âgée de soixante-cinq ans et dix mois, et trente-six de religion, laissant la communauté aussi affligée de sa perte qu'édifiée de sa pénitence. Nous vous demandons pour elle les suffrages ordinaires de l'ordre, avec une communion de votre sainte communauté que nous saluons très-humblement, etc.>>

Je ne doute pas, mon cher ami, que vous ne soyez touché comme moi de ce récit. Cette bonne trouvaille est une vraie relique que bien des gens m'envieront.

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1 Bien que l'exportation ne paye pas de droit en France, il y a toujours le prix du papier filigrané, qui se paye à l'administration. Le prix de ce papier est de 22 francs par mille feuilles ou 2 centimes 20 par feuille. Il faut pour un jeu de 52 cartes (à raison de 24 cartes par feuille) 2 feuilles 1/6; ce serait donc 0,5 à peu près par jeu; mais il faut déduire la valeur du papier; il doit rester 0,2 1/2 ou par grosse 3,60.

2 Aux 30 centimes du droit de bande, il convient d'ajouter les 2 centimes 1/2 du droit sur le papier, dont il est parlé dans la note ci-dessus.

3 La fabrication à Copenhague est un privilége dans les mains de M. Holmblad; les conditions ne nous en ont pas été indiquées.

Les cartes se vendent à la fabrique impériale d'Alexandrewski, près Saint-Pétersbourg, par paquet de deux jeux, au prix de un rouble argent par paquet, ce qui met le prix de chaque jeu à 50 kopeks ou 2 francs.

BIBLIOTHÈQUE DE L'ARSENAL.

La réouverture des séances de la bibliothèque de l'Arsenal a eu lieu le 16 septembre, dans des circonstances qui en font presque une inauguration, deux salles de lecture nouvelles, l'une pour les imprimés et l'autre pour les manuscrits, ayant été mises à la disposition du public. On se plaignait de la lenteur avec laquelle s'accomplissent les réparations extérieures, qui se font depuis plusieurs années dans cette partie des anciens bâtiments de l'Arsenal; mais les travaux intérieurs marchent plus vite, et, cette année surtout, les vacances ont été mises à profit. Les deux salles nouvelles ont été entièrement reconstruites, peintes et décorées dans l'espace de six semaines.

Un nouveau procédé de peinture à l'huile a été employé pour la première fois dans la décoration de ces deux salles, dans lesquelles il fallait replacer les livres et installer les lecteurs dans un si bref délai. Ce procédé remplace, par une combinaison savante et d'une efficacité parfaite, les essences siccatives employées habituellement dans la peinture pour obtenir la dessiccation rapide des huiles, et exclut surtout la térébenthine, dont l'odeur est si incommode et dont les émanations toxiques sont si malsaines. L'emploi de cette nouvelle peinture permet à l'administration de la Bibliothèque de faire replacer les livres presque immédiatement sur les tablettes nouvellement peintes, et d'éviter ainsi toute interruption générale ou partielle dans le service public. Les inventeurs, qui se sont réservé le secret de sa composition, se prêteront sans doute à tous les arrangements qui pourront en généraliser l'usage.

Malgré son éloignement du centre de Paris, l'importance de la bibliothèque de l'Arsenal et les ressources de tout genre qu'elle offre aux études sérieuses sont de plus en plus appréciées. L'ancienne salle de lecture était devenue insuffisante par l'accroissement progressiť du nombre des lecteurs qui la fréquentent. L'administration des travaux publics paraît disposée à donner à la restauration et à l'extension des bâtiments qui la renferment tous les développements qu'ils réclament. On sait que cette bibliothèque, fondée d'abord par le marquis de Paulmy, accrue plus tard d'une portion considérable de la collection du duc de la Vallière et des dépouilles des bibliothèques particulières des émigrés et des couvents, est installée dans les anciens appartements des grands maîtres de l'artillerie. Tout le monde visite les petits appartements, qui y sont conservés sous le nom de cabinet de Sully, témoins plus ou moins authentiques des conférences intimes du grand ministre et de son maître, et décorés, par les soins du successeur de Sully,

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M. de la Meilleraie, avec un soin et un luxe qui en font encore à cette heure une des plus rares curiosités de Paris, et l'échantillon le plus précieux peut-être et le mieux conservé de l'art merveilleux du dix-septième siècle. De nouvelles constructions, tout en respectant religieusement ce monument historique, doivent, lit-on, étendre de ce côté les bâtiments de la bibliothèque de l'Arsenal, qui gagnerait ainsi. sur le quai des Célestins une façade monumentale et clôrait dignement la magnifique ligne des quais qui s'étend de l'Arsenal au Louvre. L'art ne serait point oublié dans ces travaux. On a retrouvé à l'intérieur, et jusques sous les marches de l'escalier, d'anciennes peintures qui seraient restaurées et rappelleraient, à côté du cabinet de Sully inviolablement conservé, l'ancienne splendeur des appartements des grands maîtres de l'artillerie, qui furent un moment le centre des réunions et des fêtes de la haute société parisienne. Sur le fronton principal, on a retrouvé les traces d'un groupe équestre dont le rétablissement va, dit-on, être confié à l'un de nos grands artistes. Maintenant que le Louvre est terminé, l'administration des travaux publics et des beaux-arts va reporter sa sollicitude et les ressources dont elle dispose sur les monuments secondaires dont la capitale est décorée, et l'Arsenal, jusqu'ici l'un des plus négligés, entre, avec raison, en première ligne dans ses préoccupations.

MUSÉE BRITANNIQUE.

Nous empruntons à un rapport qui vient d'être publié sur le musée britannique de Londres les détails suivants :

La bibliothèque du musée s'est enrichie, pendant l'année 1856-57, de 10,434 volumes (y compris la musique, les cartes géographiques et les journaux). Les additions faites à la Section des manuscrits ont été nombreuses; elles comprennent plusieurs documents trèscurieux, tels que un bel exemplaire du Pentateuque samaritain sur vélin (A. D. 1441); l'histoire légendaire provençale fort rare des « Gestes de Charlemagne à Carcassonne, » alias Philomena, sur vélin; une chartre originale de Guillaume Ier à l'église Sainte-Marie, à Coventry, avec le sceau en bon état de conservation; un nombre considérable de documents relatifs à la Normandie pendant l'occupation de cette province par les Anglais, de 1355 à 1450; quantité de chartres originales concernant la France, l'Angleterre et l'Espagne; une série de Bulles des papes de Rome et des doges de Venise, etc.; une collection de miniatures d'un fini achevé et de marges enluminées provenant de missels exécutés pour le cardinal

Pallavicini et les papes Léon X, Clément VII, Pie IV et Grégoire XIII; un acte original de douaire par Ludovico-Marie Sforza Visconti, duc de Milan (1494); les livres originaux de comptes des rois Henry VII et Henry VIII d'Angleterre (1509 à 1518), signés partout par ces souverains; six volumes de correspondance du maréchal de Brézé avec le cardinal de Richelieu et autres; des notes autographes de Fénelon pour sa défense contre Bossuet, évêque de Meaux; un volume de lettres de Sarah, duchesse de Marlborough, et de Charles, duc de Shrewsbury, et de sa femme, adressées à la vicomtesse de Longueville (1703-13), et une très-considérable et très-importante collection de lettres et papiers provenant des ventes de feu Francis Moore, H. B. Ray, et R. Cope Lambe. Les antiquités générales récemment acquises sont nombreuses; elles comprennent la collection de feu l'honorable sir William Temple, ministre d'Angleterre à Naples, qui se compose de vases d'argile peints, de terres cuites, de bronzes, d'objets en fer, plomb, verre, or et argent, de monnaies d'or, d'ornements en or et en argent, d'objets sculptés en ambre, ivoire et os, de pierres précieuses gravées, et de scarabées, de mosaïques romaines et de bustes, d'urnes sépulcrales, etc.; 220 pièces de monnaie d'or, 480 d'argent et 930 de cuivre, en tout, 1,630, plus 5 monnaies cufiques en verre ont été acquises. Dans la section de l'histoire naturelle, 33,769 spécimens ont été ajoutés à la partie zoologique de cette collection, savoir: 2,735 d'animaux vertébrés, 14,542 de mollusques et radiés, et 16,492 d'animaux annelés. Les nouveaux spécimens sont trop nombreux pour être décrits: 6,700 spécimens ont été ajoutés à la partie géologique et minéralogique d'histoire naturelle, et dans la partie botanique, des spécimens fort précieux et très-intéressants ont été acquis.

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CHRONIQUE

DU JOURNAL GÉNÉRAL

DE L'IMPRIMERIE ET DE LA LIBRAIRIE.

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Sommaire : Application de la convention francosaxonne. Les Mémoires du maréchal Marmont. Nécrologie. M. Boissonade. Reliure des livres. Vente d'autographes. Lettres de Ducis et de Schlegel. Faits divers.

APPLICATION DE LA CONVENTION FRANCO-SAXONNE.

Sur la demande formée le 11 septembre dernier par M. Charles Perrotin, libraire-éditeur, à Paris, le Conseil de la ville de Leipzig a fait saisir comme REPRODUCTION ILLÉGALE l'ouvrage intitulé :

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse, de 1792 à 1841; 9 vol. Halle, 1857; W. Schmidt.

Par une ordonnance en date du même jour, il a DÉFENDU LA VENTE DE CETTE CONTREFAÇON.

NÉCROLOGIE

La mort récente de M. Boissonade, professeur de littérature grecque au Collège de France, a eu dans le monde savant et littéraire un profond retentissement. On comprend toute l'étendue de cette perte en lisant, dans la Revue de l'instruction publique du 17 septembre et dans le Journal des Débuts du 8 octobre, les notices si remarquables que M. Ph. Lebas et M. Egger ont consacrées à la mémoire de leur ancien maître. Ils avaient, pour le louer dignement l'autorité que donne la science et le sentiment que le cœur inspire. Aussi le portrait qu'ils ont tracé de l'éminent critique est-il complet.

Nous n'aurons pas la témérité de refaire, après eux, la biographie de M. Boissonade et encore moins d'apprécier la haute valeur de ses œuvres; mais nous devons à une bienveillante communication d'intéressants détails sur lès travaux inédits du savant professeur et sur sa bibliothèque, et nous nous empressons d'en faire part à nos lecteurs.

La première publication qui nous est promise réunira des dissertations philologiques, des traductions choisies, quelques-unes des leçons de M. Boissonade, et notamment la première qu'il fit, en 1811, à la Faculté des lettres, sur les trois premiers mots d'un dialogue de Platon. Chronique, 1857.

Plusieurs de ses élèves, devenus ses confrères à l'Institut, avaient conservé le souvenir de cette leçon et regrettaient qu'elle n'eût pas été recueillie. Ils seront heureux d'apprendre que le manuscrit vient d'être retrouvé.

La correspondance de M. Boissonade ne sera pas la partie la moins précieuse de ses œuvres posthumes. Sa modestie et son ardeur pour l'étude lui permettaient rarement d'accueillir les savants de tous les pays qui recherchaient son commerce aimable et sûr. Il les dédommageait en leur adressant des lettres où la grâce la plus familière s'alliait à l'érudition la plus profonde. Enfin, on complétera ce recueil par un choix de sa critique littéraire dans le Journal des Dėbats, à moins que ces articles ne soient assez nombreux et assez importants pour former une publication spéciale.

Le travail le plus curieux et le plus étendu laissé par M. Boissonade est sans contredit son commentaire sur l'Anthologie grecque. Nous craignons qu'il ne soit pas terminé, et, dans ce cas, il ne pourrait pas être publié in extenso. Il y ́a lieu toutefois d'espérer que cette savante étude ne sera pas entièrement perdue pour la phílologie.

La bibliothèque de M. Boissonade était considérable. La vente. qui aura lieu probable-ment vers la fin de la saison, sera confiée aux soins de M. Benjamin Duprat, libraire de la Bibliothèque impériale et de l'Institut. Cette collection est non-seulement précieuse par le choix des ouvrages, mais surtout par les notes manuscrites dont beaucoup de ses livres sont enrichis.

Indépendamment des trente volumes que M. Boissonade a publiés et qu'il a constammen revus et annotés depuis, nous citerons particulièrement Pindare, Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, Cicéron, Virgile, Horace, la Fontaino, Racine, Molière, dont les œuvres présentent, en regard du texte, un commentaire d'un valeur inappréciable. Ses exemplaires de la Biographie Michaud et du Dictionnaire historiqu sont également couverts d'observations. Ils seront consultés avec fruit lorsqu'on donnera des éditions nouvelles de ces deux ouvrages.

44.

RELIURE DES LIVRES.

Nous empruntons encore à l'Extrait des rapports du Jury l'article fort remarquable que M. Merlin a consacré à la reliure des livres.

Très-simple en apparence, l'art du relieur exige de nombreuses manipulations, qui toutes demandent autant de soin que d'intelligence, et dont la trace, disparaissant le plus souvent, cachée par des ornements ou par des opérations ultérieures, ne permet pas toujours de reconnaître si toutes les conditions d'une bonne reliure ont été remplies.

Ces conditions sont de deux sortes :

1° Celles qui se rapportent à la confection même du corps du livre, ce sont la régularité de la pliure, la solidité de la couture, celle du dos, l'élasticité des charnières, etc.; 2o celles qui constituent le mérite de la dorure ou des autres ornements dépendants du relieur luimême; celles-ci sont toutes extérieures.

Autrefois la reliure et la dorure s'exécutaient dans le même atelier, et souvent même par le mème ouvrier, comme il arrive encore généralement en province. Aujourd'hui, c'est presque toujours à des ouvriers distincts que sont confiés ces travaux, et particulièrement la dorure. Aussi doit-on reconnaître que celle-ci est infiniment plus parfaite maintenant qu'elle n'a jamais été, sinon comme goût, au moins comme exécution.

Jusqu'au dix-huitième siècle, on n'a guère connu que deux sortes de reliures, la reliure couverte en peau (veau, maroquin, etc.), avec nerfs apparents, et la reliure en vélin, telle qu'on l'exécutait si bien en Hollande. Celle-ci était une sorte d'emboîtage à dos brisé, mais dans lequel la solidité s'unissait à la souplesse et à la légèreté 1. La reliure dite en vélin cordé, dans laquelle excellaient aussi les Hollandais, était également une reliure en vélin, mais cousue sur doubles nerfs à dos non brisé, les nerfs apparents; elle était ornée d'estampages sans or. A la fois gracieuse et solide, elle fait encore aujourd'hui l'ornement des rayons in-folio et in-4o, car elle ne s'appliquait en général qu'à ces deux formats; il faut convenir cependant que la rigidité excessive du dos en rendait l'usage quelquefois incommode.

L'art des reliures hollandaises en vélin semble perdu aujourd'hui; nous ne connaissons plus que la reliure en peau, à nerfs, antérieure à l'origine de l'imprimerie, la reliure

1 Ces volumes étaient cousus sur nerfs de parchemin; un carton très-mince supportait le vélin qui formait la couverture, et les pointes des nerfs, passées dans les charnières, et collées sur le carton pardessous une bande de papier fort ou de parchemin que recouvraient les gardes, suffisaient pour maintenir le tout; des attaches de parchemin fixées sur le dos, et dont les bouts se collaient aussi sous les gardes, ajoutaient encore à la solidité,

en peau dite à la grecque, introduite dans le dix-huitième siècle1, la reliure dite à dos brisé, déjà en usage au milieu du siècle dernier2, et la demi-reliure 3, invention allemande plus moderne encore. Le cartonnage à la Bradel, qui eut tant de vogue il y a trente ans a presque disparu de nos bibliothèques ".

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La multiplicité toujours croissante de publi-、 cations qui se livrent en grand nombre au commerce, et qu'il faut donner à bas prix, a introduit un autre genre de reliure, qui n'est qu'un emboîtage recouvert d'une toile façonnée de manière à imiter la peau. Comme la couverture en est préparée et ornementée à l'avance au moyen de plaques gravées qu'on y applique par la presse, et qui forment un encadrement ou un dessin d'une dimension calculée sur celle du livre, comme elle porte avec elle ses cartons, on ne peut l'attacher au volume que par le simple collage des gardes. C'est donc une adhérence peu solide, puisque ces gardes ne consistent que dans deux feuilles de papier, étrangères au livre lui-même, et comprises seulement dans la couture du premier et du dernier cahier. Il résulte de ces dispositions que si ces feuilles de garde viennent à se déchirer, la couverture, cartons compris, se trouve séparée du corps du livre.

L'emboîtage a sur la vraie reliure l'avantage du bon marché, mais il est loin d'avoir la même solidité; aussi ne s'employait-il autrefois que pour les almanachs qu'on offrait en étrennes, espèces d'éphémères dont la reliure

1 On sait que la grecque est une entaille faite dans le dos des cahiers au moyen d'une scie; dans cette entaille se loge la ficelle des nerfs, et le dos du volume reste uni à l'extérieur.

Les règlements anciens, qui interdisaient sagement aux relieurs la couture à la grecque, n'avaient déjà plus d'action en 1762, puisque Dudin la décrit en détail.

2 Dans la reliure improprement appelée à dos brisé, la peau qui recouvre le dos ne tient pas aux cahiers, elle est collée sur une bande de carte introduite entre cette peau et le dos du livre, auquel la carte n'adhère pas. Par ce moyen, le volume peut s'ouvrir complétement sans revenir sur lui-même et sans que le dos de la reliure puisse se rompre, comme il arriverait aux reliures à dos fixe. Ce mode de reliure est surtout convenable pour les gros volumes et pour ceux qui doivent être feuilletés beaucoup ou rester ouverts sur un pupitre, comme les dictionnaires et les livres de lutrin.

3 Dans la demi-reliure, le dos et les coins sont seuls couverts en peau; les plats le sont en papier et souvent aujourd'hui en toile gaufrée. Le corps du livre est, comme dans la reliure pleine, soit à dos fixe, soit à dos brisé.

4 C'était une vraie reliure à dos brisé, où la tranche du livre n'était pas rognée, et dont le dos et les cartons n'étaient couverts que de papier. On l'employait principalement comme moyen de conservation provisoire pour les livres auxquels on projetait de faire mettre plus tard un riche habillement.

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n'avait pas besoin de survivre à la littérature qu'elle abritait.

Ce sont les Anglais qui, les premiers, ont appliqué aux livres de consommation générale le cartonnage emboîté. Chez eux, il a à peu près la même destination qu'avait en France le cartonnage à la Bradel; c'est une reliure provisoire, qui tient lieu, à Londres, de la brochure; aussi ne voit-on, en Angleterre, que très-peu de livres brochés.

Importé en France, l'emboîtage s'est étendu aux volumes illustrés; et aujourd'hui qu'il s'exploite en grand, il a reçu des perfectionnements et beaucoup plus de solidité. Jusqu'ici, toutefois, il a peu d'accès dans les bibliothèques sérieuses.

Dans celles-ci, la demi-reliure et la reliure pleine sont admises presque seules, encore les bibliophiles passionnés ne leur ouvrent-ils leurs cabinets qu'à de certaines conditions exceptionnelles : non-seulement ils exigent une confection parfaite du corps du volume, mais ils veulent encore une ornementation de bón goût, et où la pureté des lignes, le choix et la distribution gracieuse des ornements, révèlent dans le doreur et le talent du dessin et la sûreté de la main. Il en est d'autres qui, plus délicats encore, préfèrent ne donner à l'extérieur de leurs livres qu'une sévère simplicité, et réservent pour le maroquin, dont l'intérieur des plats est doublé, toutes les merveilles de l'art de la dorure.

(La suite prochainement.)

VENTE D'AUTOGRAPHES.

M. Laverdet vient de publier le catalogue d'une nombreuse collection d'autographes qu'il mettra en vente dans la salle Sylvestre, le 3 décembre prochain. Le plus grand nombre de ces lettres émane d'écrivains et d'acteurs qui ont illustré la scène en France, en Angleterre, en Allemagne et en Italie. Ces correspondances intimes sont la source la plus abondante et la plus sure où devra puisèr quiconque tracera l'histoire anecdotique du théâtre. Combien d'erreurs accréditées par la tradition ou basées sur des documents incomplets n'ont été rectifiées que par les lettres originales des personnages auxquels on avait prêté jusqu'alors un langage et des actes imaginaires! C'est donc rendre un éminent service à l'histoire politique et littéraire que de recueillir ces feuilles légères, témoignages vivants de nos mœurs et de nos idées. Aussi M. Laverdet a-t-il acquis en cette matière une autorité qu'il doit à son goût sévère et éclairé, non moins qu'à l'étendue de son érudition.

Il a bien voulu mettre à notre disposition les richesses de sa collection; mais l'espace nous manque pour énumérer seulement tous les noms dignes d'être cités. Nous ne copierons

que deux lettres; l'une est adressée par Ducis à Népomucène Lemercier, auteur d'Agamemnon; la seconde lettre est d'Auguste-Guillaume Schlegel, à qui son Cours de littérature dramalique, écrit en français, a valu autant d'attaques de ce côté du Rhin que d'applaudissements au delà. Elle est adressée à John Murray, ce fameux libraire de Londres qui fit une fortune considérable en éditant les œuvres de lord Byron, bien qu'il payât, dit-on, chacun de ses vers une guinée.

A M. Lemercier.

A Versailles, le 24 germinal an xii (14 avril 1804). J'ai reçu hier matin, mon cher et jeune ami, l'exemplaire (3o édition) de votre tragédie d'Agamemnon. Je vous en fais mes sincères remercîments. Cette tragédie a passé par l'épreuve, et c'est l'épreuve qui assure les vertus et les effets dramatiques. Je la lirai avec toute l'attention et tout le plaisir de l'amitié. Réalisés, je vous prie, le plutôt possible, votre bon mouvement de venir prendre votre cellule dans ma Thébaïde. Vous n'y serés plus Mercier, vous y serés frère Louis. Avec votre prodigieuse richesse dans les idées, avec votre sagacité et la finesse de vos apperçus, votre connoissance de l'homme et de la société, avec cette audace du génie qui fait les braves sur les terribles champs de bataille de Melpomène, il ne vous reste plus, selon notre poétique (car nous avons la même), que de laisser toutes ces acquisitions, toute cette puissance se reposer, s'éclaircir, s'étendre et se mettre en place et en harmonie dans le silence de la solitude. Votre chambre est prête et vous appelle. Je ne puis vous dire, mon ami, combien ce que vous avés déclaré sur la nature de mon talent, dans vos réflexions générales sur la tragédie et le public, m'a touché et pénétré de reconnoissance. Ah! si j'en pouvais mériter la moitié! Mais votre manière d'approuver ma manière tragique décèle la vôtre. Le génie seul, sans trop les connaître, soupçonne ses richesses. Il faut le laisser aller. C'est un chien qui flaire, qui doute et se jette dans sa voye. Venés donc, mon cher ami, vous verrez un jardin en fleurs sous mes fenêtres. J'ai de bon vin de Bourgogne; il finit, mais j'en attends au premier jour. Agitante calescimus illo. Venés, c'est avec une estime infinie et de votre talent et de votre caractère, c'est avec une tendre affection que je vous invite et que je vous embrasse.

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